Logo

Cours, Cathé, cours

Publicité

Quand je suis entrée dans la boutique, j’enlignais la paire de runnings bleus. Les beaux. Mais à peine ai-je eu le temps de me rendre compte de ce qui m’arrivait que je courrais comme une perdue dans le magasin sous le regard attentif d’une spécialiste du mollet et je repartais avec une paire de bateaux. D’immenses bateaux qui n’allaient pas me mener tant loin.

J’ai la hanche fertile et le petit genou par en-dedans. Dans une compétition INTERNATIONALE de séduction par la rotule, j’assure grave. Je maîtrise, et ce de naissance, l’art de créer l’émoi d’un furtif rond de jambe, et le bon. Mais en matière de course à pied, j’avais grand besoin d’une sémillante chaussure qui relève du domaine de l’orthopédie et d’un peu de confiance en moi.

J’ai eu une sémillante chaussure. On peut pas tout avoir.

Ce que j’ignorais avant de m’embarquer (why. WHY?) dans cet audacieux projet de coucou qu’est celui de courir lousse dans la nature, c’est que trouver le calvénusse de chouclaque adapté à tes cannes se traduit inévitablement par une humiliation précédée de huit chancelants essais de runnings devant la petite vendeuse qui se demande si elle va faire de l’overtime et s’il lui reste une paire de snikes « juste un peu plus orthopédiques pour ta condition » dans le backstore pour pallier à tes jambes qui sont davantage conçues pour faire la danse des petits pains avec les fourchettes de Charlie Chaplin que pour s’élancer avec grâce sur une piste de course participante.

Publicité

Les plus blanches.
Avec les plus grosses semelles argent et turquouèse que t’auras jamais vu de ta vie.
C’est elles qui m’ont choisie.

Je suis sortie de là bien équipée (on m’a même remis une petite casquette pas de top avec une palette. Ne me manquait que le sac banane identifé d’un « IL S’AGIT BIEN DE MA PREMIÈRE COURSE, JE NE SUIS PAS EXACTEMENT À L’AISE, SALUTATIONS »). J’étais fin prête. Malgré tout, j’étais pas sûre sûre de m’assumer pleinement.

C’est que j’ai toujours craint/évité avec la rigueur d’une (rock’n’)nonne la course en tant que hobby. À la moindre initiative olympique dans un lieu public, je suis le genre de fille dans le visage de qui les écureuils se jettent sans lendemain pour protéger leurs petits d’une imminente plaie d’Égypte.

Y’a eu les grenouilles qui tombent du ciel.
La mort des troupeaux.
Et moi qui cours.

Incorrigible entertainer, c’est jusqu’ici avec l’habileté d’une panthère que j’ai su esquiver toute situation qui risque ne serait-ce que D’EFFLEURER la course. Mais v’là-ti pas qu’un chummy m’a inscrite à une espèce de compétition sportive (je déteste la compétition sportive) qui me pétrifie au plus profond de la petite Cathie qui a passé sa vie à citer l’Album du peuple dans les moments critiques pour qu’on oublie à quel point elle lançait pas le yâbe au ballon-chasseur.

Publicité

Sauf que là, j’ai les souliers et ça m’a coûté 160 piasses. Une folle d’une poche; j’y vais, fourche première. Mais mince. Je m’habille comment? – lire: ça s’habille comment, une Amazone qui veut pas avoir l’air d’avoir perdu ses eaux chez lululemon et qui haïrait pas que ses chaussures donnent l’impression d’avoir été roughées par une couple de triathlons?

Je sais. SORS JUSTE PIS COURS, MAUDITE CONNE.

Neeeeeeo. Une fille comme moi, ça s’assure de passer incognito. Ça veut pas qu’on lui remarque le saut de biche hésitant. Je vais m’étouffer avec une corneille et tomber dans un trou de canal BIEN AVANT de m’afficher la virginité du 50 mètres, oui monsieur.

C’est pourquoi dès que je suis sortie, fouillez-moi pourquoi, mais la première affaire qui m’est venue à l’esprit en arrivant au coin de la rue (après une dizaine d’enjambées au cours desquelles je me suis dit que c’était pas si pire), fut de courir sur place avec le style et l’aisance de l’imposteur. En attendant la lumière.

FALLAIT PAS QUE JE PERDE MON ÉLAN.

Publicité

Je vous dis que mes runnings avaient du rebond. Y’était certainement pas question que les chars qui attendaient que ça vire au vert puissent lire toute la détresse masquée par cet habile sur-place 100% comedia dell’arte. Et quand tu commences un sur-place, tu peux pas arrêter. Faut que t’ailles jusqu’au bout de l’affaire. J’assurais grave.

Si je m’étais croisée, je me serais lancé des œufs sur le kit. Le genre de moment qui mérite un «ta yeule» avec une voix de métal, même si y’a pas un mot qui sortait de ma bouche crispée.

Après ce qui m’a paru comme trentre mille ans d’attente, la lumière a changé et j’ai sacré mon camp dans le parc. Une furie.

Forte de trois visionnements consécutifs du reportage sur la course à pieds à Découverte, je savais comment poser mon pied sur la terre battue en tabarslaille. Un bijou d’aérodynamisme, le théorème appliqué avec minutie. Tellement que j’avais le goût d’arrêter le monde pour leur expliquer qu’ils ne se mouvaient pas comme dans la vue. COMME DANS LE THÉORÈME.

Publicité

Ledit reportage ne spécifiait cependant pas comment se sortir le pied d’un sacrafaïce de poème de sac blanc du IGA qui virevoltait par-là et qui, manquablement, est venu m’arracher le filet de dignité qui me restait en s’agrippant sur mon élégante espadrille avec plus de misère sur le pauvre monde à chaque petit coup de patte pis de désespoir que je lui donnais en mime-sacrant.

Premier arrêt, extraction du sac blanc de marde. Dépôt dans une poubelle. TORRENT DE HONTE.

Je suis tout de même venue à bout de faire trois tours de parc en quatre tounes des B.B., en respirant fort mais surtout en tâchant de croiser les autres coureurs à peu près au même endroit chaque fois pour pas avoir l’air de la fatso de service qui traîne de la patte.

Eille; s’il y a une affaire dont les gens se sacrent quand ils courent, c’est du parcours de la fatso qui traîne de la patte. Mais la fatso qui s’est pris la patte dans un sac blanc? C’EST UNE AUTRE AFFAIRE.

Pourquoi tant de considération pour le regard d’autrui? Une vraie feuille au vent, la Queen Latifah en berne. Je suis pourtant pas de même, dans le régulier. Lourd.

Publicité

Dès le lendemain matin, au réveil, j’avais l’impression d’avoir chevauché une génisse en poussant des cris westerns toute la nuitée: cuisses confites, hanches de nonagénaire et démarche de cowboy qui a mal à sa selle. Ça m’a pris quatre jours à m’en remettre. Et Charles Tisseyre ne m’était d’aucun secours.

Ça fait que là, j’ose plus courir d’ici la compétition sportive de demain, de peur de pas être capable de sortir du vestiaire sans marcher tout écartillée, la serpillère au peteux et le crest de beginner au front. Je manque déjà de souffle.

Ça va être FUN.

La bise.

Commentaires
Vous voulez commenter?
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
ou
Aucun commentaire pour le moment.
Soyez le premier à commenter!

À consulter aussi

Publicité
Publicité