Coup de ballet

Comme une majorité d’être humains de nos jours, mon temps d’attention maximum a été réduit à 2 secondes trente dixièmes, à peu près celui d’un nourrisson ou d’un labrador et… Oh, un papillon! Arf!

Excusez-moi.

Comme une majorité d’êtres humains de nos jours, je suis totalement inculte. (cf paragraphe du dessus, et merci internet).

Bon, j’exagère, pas inculte-inculte, je peux citer la 1e phrase de « La Recherche » de Proust, si si, ça commence par « Longtemps je me suis couché de bonne heure, en mangeant des chips, du coup ça grattait dans le lit après ».

Oh, un papillon! Arf!

Mais soyons honnête, je connais mieux la vie de Peter Parker ou les dialogues de « How I Met Your Mother » que le tome 6 des Misérables. Il n’y a pas de Tome 6? Qu’est-ce que je disais.

En fait, ma culture est avant tout une subculture. Ca ne me gêne pas tant que ça, celle de mes amis aussi. Mais c’est normal, ils bossent tous dans la pub.

Seulement voilà, je ne vous apprendrai rien, la France est un pays qui se la pète grave. Mais comme en pratique notre population passe son temps à regarder « Les Anges de la Télé Réalité» ou des histoires de naines justicières avec des pouvoirs magiques, nos instances culturelles s’inquiètent.

Après tout, la culture, c’est un des rares trucs sur lesquels on peut agir, à défaut de résorber le chômage ou d’empêcher nos usines de fermer.

Et puis on le sait,  les Français sont souvent des littéraires. Ce qui ne veut pas dire qu’ils aiment lire, mais qu’ils ne savent pas compter.

Je vous livre donc cette retranscription d’une réunion du Ministère de la Culture :

– … Bon, qu’est-ce qu’on n’a pas encore vendu à Abu Dhabi ?
– La Joconde, non ?
(bruit de porte)
– Eh les gars, mauvaise nouvelle, apparemment, 78% des Français n’ont jamais vu un opéra  ni un ballet !
– Nom de Dieu, Jean-Gonzague, 78%*?! Il faut faire quelque chose !
– Et si on se mettait tous nus ?
– Oh oui!
– Oh oui!

* ce chiffre de 78% est absolument fantaisiste, mais probablement très proche de la réalité, comme tous les chiffres fantaisistes. Prenez Pi, par exemple : ne me lancez même pas sur 3,1416… N’importe quoi. 

Une fois rhabillés, nos hauts-fonctionnaires ont donc eu une idée : une opération nationale vise d’ailleurs à prouver que « L’Opéra et la Danse ne sont pas réservés à une élite ».

Ca tombe bien, une jeune femme de ma connaissance me propose d’aller voir « Orphée et Eurydice », un ballet (sur des airs de Gluck, qui n’était pas le dernier des canards) monté par Pina Baush à l’Opéra de Paris.

Ca commence moyen :  je sais que Pina Bauch est morte donc, à la question d’un afficionado qui me demande « Vous avez déjà vu Pina Bauch? », je réponds :  « Non. Ils vont faire comment, ils vont animer le cadavre avec des fils? ».

Ca ne le fait pas rire.

Mais une fois les lumières éteintes, surprise, la danse contemporaine, c’est génial.

Bien sûr, c’est un peu comme on le dit :  ils ont l’air de ramasser des trucs avec leurs mains, ils se cachent le visage, ils marchent très lentement. En règle générale, ils font des trucs impressionnants mais pas surhumains. Parce que c’est pas du Parkour, c’est du cheminement, vois-tu.

En plus, j’arrive à suivre. Bon, le mythe d’Orphée, je connais, c’est le type qui va chercher sa copine en Enfer et qui n’a pas le droit de la regarder avant d’être arrivé à la surface de la Terre (parce que c’est connu, l’Enfer est en sous-sol, prenez le métro à Paris, vous verrez).

Evidemment, il finit par la regarder, et ils finissent tous les deux en Enfer. Je le comprends, moi je fais pareil quand je vais chercher une pizza,  je ne peux pas m’empêcher d’en manger une pointe avant d’être arrivé chez moi. Et je me brûle, également.

Tout est chanté en allemand. Parce que, oui, il y a des cantatrices sur scène, au milieu des danseurs. Elles disent des trucs comme « Shttuürm das lieber waaaaas shtuuürm »  ou « Unf », et c’est très joli, même si je ne parle pas allemand. Wunder Royal au bar, Gluck.

A la sortie, je me dis que si ça marche sur moi, je commence à les comprendre l’utilité de l’opération. Si ça peut marcher sur moi, ça peut aussi marcher sur un gosse de 13 ans qui aime les Manga et les films de Luc Besson.

Ouais, peut-être pas les films de Luc Besson.

Mais je repense aussi à cette scène d’Intouchables où Omar Sy se moque d’un opéra (en allemand, en plus).  Ok, la scène est drôle, mais tellement facile : l’Art avec un grand « A » serait incompréhensible et réservé aux bourgeois.

Je crois commence à être d’accord avec les gars du Ministère de la Culture.

Attendez-moi les gars, j’enlève mon slip!

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