Paranoïa autour du coronavirus : plusieurs cas qui vont vraiment trop loin

Le texte qui ne vous rendra pas super fier de l’humanité.

Un parent d’un élève inscrit dans un collège privé de Laval a écrit un courriel la semaine dernière pour demander à la direction de changer son enfant de place dans la classe. Raison invoquée : son voisin de pupitre est d’origine chinoise et avec l’épidémie de Coronavirus qui fait couler des hectolitres d’encre – en plus de mettre la planète sur le gros nerf –  on n’est jamais trop prudent.

L’établissement a très bien réagi, en calmant rapidement le jeu et en refusant d’obtempérer aux requêtes farfelues des parents inquiets.  

J’aimerais vous dire que cette histoire est inventée, mais elle s’est malheureusement produite au collège Letendre, un établissement secondaire qui accueille 1700 élèves. « On a deux parents qui ont manifesté des inquiétudes la semaine dernière. Nous avons aussitôt envoyé à tout le monde un communiqué de la Direction de la santé publique, à l’effet que le risque de transmission est faible et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter », a indiqué hier Geneviève Robitaille, la responsable des communications du collège .

L’établissement a d’ailleurs très bien réagi, en calmant rapidement le jeu et en refusant d’obtempérer aux requêtes farfelues des parents inquiets.  

Ce cas semble heureusement isolé, mais la paranoïa autour du coronavirus demeure bien palpable, hélas, comme en font foi des comportements racistes perpétrés à l’endroit des communautés asiatiques parisiennes, sans oublier l’exemple de ces deux Trifluviennes prises en flagrant délit de port du masque totalement inutile.

En point de presse la semaine dernière, le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, ne mâchait d’ailleurs pas ses mots pour exhorter la population à prendre son gaz égal au sujet de l’épidémie qui a fait jusqu’ici – rappelons-le – ZÉRO VICTIME en sol canadien.

« La peur, c’est une très mauvaise conseillère. Elle fait des affaires qui n’ont pas de criss de bon sens », avait lancé le docteur Arruda, en recommandant un bon vieux lavage de mains au lieu de la construction d’un abri nucléaire aseptisé.

«La peur, c’est une très mauvaise conseillère. Elle fait des affaires qui n’ont pas de criss de bon sens.» – Horacia Arruda

Et à lire cet article de ma collègue Jasmine, il ne faut pas s’étonner du vent d’anxiété qui souffle présentement dans le monde. Bombardé de reportages et de fictions flattant notre hypocondrie dans le sens du poil, le Québec n’échappe pas à cette psychose collective. 

Difficile dans ce contexte de condamner ces parents du collège Letendre. Bon OK, on a le droit de les juger un peu pareil. Clairement le genre qui empêchent leurs enfants de passer l’Halloween le 31 octobre parce qu’il pleut trop fort ou qui badtrip à bord d’un avion transportant des passagers arabes (DONC ASSURÉMENT TERRORISTES).

Anyway, ils ne détiennent surement pas le monopole du délire démesuré dans l’ensemble du système scolaire .

Pour le savoir, j’ai contacté quelques commissions scolaires de la grande région de Montréal.

Celles des Affluents et des Patriotes n’avaient pour leur part aucun cas de paranoïa à signaler. « On s’apprête à envoyer une lettre aux parents en collaboration avec le service de police, mais ça se veut préventif et non réactif », a assuré la  conseillère en communications de la Commission scolaire des Patriotes, Marie-Michèle Blais, au nom de plusieurs écoles en Montérégie.

Tout est sous contrôle aussi du côté de la Commission scolaire Marie-Victorin, qui représente pourtant plusieurs écoles fréquentées par des élèves d’origine asiatique (à Brossard, notamment). « Certains parents ont fait part de leurs préoccupations, mais ils ont été rassurés par leurs échanges avec nos directions d’école », a indiqué un porte-parole, ajoutant que la commission scolaire travaille en étroite collaboration avec la Direction de santé publique de la Montérégie et veille à faire respecter les recommandations du gouvernement.

Le porte-parole de la Commission scolaire de Montréal a pour sa part décliné ma demande d’information, se contentant de m’orienter vers la Direction de la santé publique pour toute question relative au coronavirus.

L’impact des fausses nouvelles

Parce que je suis sans doute le dernier journaliste rigoureux en Amérique, j’ai  voulu savoir si la paranoïa s’étendait au-delà du cadre scolaire.  

J’ai donc passé un coup de fil au buffet chinois Fu Lam de Boucherville. « Il y a un client par diner, environ, qui demande aux employés s’ils rentrent d’un voyage en Chine. Possible que ce soit juste des blagues, aussi », m’a confié Ling, une gérante.

«Il y a un client par diner, environ, qui demande aux employés s’ils rentrent d’un voyage en Chine. Possible que ce soit juste des blagues, aussi.»

Ling ajoute avoir eu vent de commerces chinois boycottés à Brossard en raison de la crise, notamment un supermarché victime de fausses rumeurs à l’effet que des employés auraient été hospitalisés à cause du coronavirus (ce qui – on le rappelle une fois encore – est impossible puisqu’il n’y a AUCUN CAS RÉPERTORIÉ AU QUÉBEC).

J’ai contacté le supermarché en question, le marché C&T de Brossard, où le gérant m’a confirmé faire les frais de cette campagne de désinformation. « Des gens appellent pour savoir si on est ouvert, et on a vraiment moins de clients », déplore Leon, qui a contacté des avocats pour voir s’il peut prendre des moyens légaux contre les gens à la source de cette fausse rumeur. « Il n’y a pas de cas au Québec, tout est parfaitement normal », insiste Leon, en encourageant sa clientèle à revenir.  

Morale de l’histoire : la paranoïa est encore plus contagieuse que le coronavirus.

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