L’homme libidineux et infidèle a toujours fasciné le public québécois.
Les 3 p’tits cochons, Les Invincibles, Québec-Montréal, Le déclin de l’empire américain… Ça fait longtemps que nos productions culturelles sont des terrains de jeux où se mélangent désir et transgression, surtout nos comédies. Un gars qui trompe sa blonde, mais qui retourne auprès d’elle à la fin du film, c’est un méchant à qui on peut pardonner. Et au Québec, on est fort là-dessus, le pardon.
On a beau avoir séparé l’Église et l’État, la porte n’a jamais vraiment été verrouillée.
Éprouver du désir et vouloir le vivre en dehors de la monogamie, est-ce que ça fait obligatoirement de quelqu’un le méchant ou la méchante de l’histoire? « Moi-même, j’ai fait plein de films sur des gars qui utilisent la sexualité comme prétexte. Qui croient que leur problème, c’est qu’ils fourrent pas. J’avais un intérêt pour ce stéréotype-là dès le départ », raconte le coscénariste et réalisateur de Folichonneries Eric K. Boulianne.
Folichonneries, c’est une comédie comme il s’en fait au Québec depuis plusieurs décennies, mais qui aborde le cul avec un enthousiasme et une sincérité encore inédits dans le canon cinématographique de la Belle Province. On en parle beaucoup, et on en voit beaucoup aussi. Folichonneries, c’est un film sur ce qui se passe après s’être marié avec la femme de sa vie et lui avoir fait deux beaux enfants. Ça commence là où la grande majorité des films romantiques finissent.
C’est inconfortable, mais c’en est aussi tout l’intérêt.
Un film d’amour
Folichonneries raconte l’histoire de François (Boulianne) et Julie (Catherine Chabot), qui forment un couple depuis 16 ans et ont perdu le feu sacré en raison du poids des responsabilités au quotidien. Après une conversation à teneur hautement sexuelle lors d’un souper entre amis, François a une idée : et s’ils ouvraient leur couple?
« À la base, c’est l’histoire d’un couple qui essaie des affaires. Qui se donne le droit de se tromper pis de recommencer. La sexualité, ça peut s’exprimer de plein de manières différentes, pis y’a tellement de monde qui se prive de presque tout ça », poursuit Boulianne.
Le constat de François risque de déranger plusieurs spectateurs parce qu’il met des mots sur un sentiment difficile à exprimer : il se sent aimé, mais il ne se sent plus désiré. « Le désir de baiser et se sentir désiré, c’est deux affaires différentes. On n’est pas à la même place. François et Julie reconnectent ensemble, mais ils reconnectent aussi avec leurs désirs et ça, c’est vraiment le fun », explique Catherine Chabot.
Cette reconnexion ne se fera toutefois pas sans heurts. François et Julie se lancent dans l’aventure et se retrouvent vite tout nus en présence d’étrangers. L’eldorado érotique dont rêvait François se retrouve confronté à la réalité imparfaite et un peu maladroite des inconnus qui apprennent à se connaître intimement sur le fly. Tenez-vous-le pour dit : il faut être à l’aise avec la nudité non érotique pour regarder Folichonneries sans plisser des yeux.
« Je voulais montrer des corps dans leur quotidien, dans leur banalité. Sortir la nudité de la connotation érotique. On n’est pas dans La Vie d’Adèle », affirme Boulianne.
Pour Catherine Chabot, la nudité était devenue tellement naturelle sur le plateau de tournage qu’elle en venait parfois à l’oublier. Les défis de son rôle étaient ailleurs : « Mon corps, c’est mon outil de travail. Du moment où tu te mets tout nu, tu n’y penses plus. C’est pas ça qui était vulnérabilisant pour moi. Quelque chose d’intime, comme jouer un orgasme, était beaucoup plus intimidant. Quel genre de son ça allait être? Est-ce que ça serait un son emprunté? Est-ce que je devais penser à un animal intérieur? C’est plus ça qui me stressait », confie-t-elle avec aisance, comme si elle parlait d’une simple performance sportive.
Format familier, idées différentes
Si Folichonneries réussit à aborder la question du désir et des nouveaux modèles amoureux avec autant d’énergie et de franchise, c’est parce qu’Eric K. Boulianne et ses complices étaient dédiés à la tâche et ouverts aux nouvelles idées.
Pendant le tournage, certains moments ont été plus surréalistes que d’autres, notamment les scènes tournées au Club L à Montréal qui comptaient un grand nombre de personnes nues. « On a engagé des acteurs pornos pour ces scènes-là. Mine de rien, c’est pas tout le monde qui peut maintenir une érection pendant toute une journée de travail », raconte le coscénariste et réalisateur en direct d’une des chambres du légendaire club libertin. « Si j’avais voulu montrer de la pénétration, j’aurais pu. Ils arrêtaient pas de me proposer de fourrer en arrière-plan en prétextant que c’est leur métier. Ils se sentaient peut-être un peu inutiles! »
Cette journée de tournage au Club L a aussi marqué Catherine : « C’était vraiment inspirant de travailler avec eux. Ils sont comme devenus les chorégraphes non officiels des scènes où il fallait un peu plus d’expérience au niveau technique. Ils nous ont conseillés avec bienveillance. C’était très décomplexant. »
Bien que Folichonneries contienne effectivement des éléments du scénario classique mettant en vedette un chum ou un mari libidineux, ce dernier admet généralement ses torts, reconnaît la valeur du couple monogame et tout le monde est heureux. Or, ce n’est pas ce qu’Eric visait. « Des films d’amour qui suivent le modèle monogame, on en a. Là, je voulais explorer le couple ouvert pour vrai. C’est pas un film où les personnages se rendent compte que l’important, c’est le couple puis de rester ensemble. »
Folichonneries prendra l’affiche le 30 janvier dans un cinéma près de chez vous. Je ne vous empêche pas d’aller le voir avec vos parents si vous avez envie d’avoir des conversations assez rocambolesques en sortant de la salle, mais le film pourrait provoquer quelques syncopes chez un public moins averti. En ce qui me concerne, j’ai du mal à ne pas aimer un film qui reprend une forme familière pour amener la réflexion sur l’amour en dehors du cadre un peu trop rigide qui gère notre perception de celui-ci.

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