Cécile Gariépy

Confessions d’un magicien de fêtes d’enfants

Erik Evans sait cracher du feu, faire le clown, chanter, marcher sur des échasses, jouer de la mandoline et du ukulélé… Pour tout vous dire, il est même membre du band folk-bluegrass Canailles. Mais sa première passion, c’est la magie. Depuis le Noël de ses 7 ans, il s’entraîne consciencieusement à épater son entourage, ce qui l’a amené à donner des centaines de spectacles de magie devant petits et grands… Alors, traumatiser des enfants, éviter des catastrophes animalières et se faire engueuler par des parents, il connaît ça. On lui a demandé de nous livrer ses meilleures histoires.

Lucie : Les enfants sont-ils un bon public pour la magie ?

Érik : Un enfant, c’est facile à émerveiller parce que, pour lui, la magie, ça existe. C’est comme si tu lui confirmais que ce qu’il voit dans les livres et les films, c’est vrai. Sauf qu’au bout d’un moment, il s’en fout de comment c’est fait ; il veut juste que tu fasses apparaître n’importe quoi, n’importe où. C’est vraiment un autre regard, beaucoup plus naïf.

Rendu vers 10 ou 11 ans, il ne veut plus se faire avoir comme un enfant. Il est gêné de participer, puis il essaie de percer les tours. C’est le fun, parce que tu vas le laisser deviner, jusqu’à ce qu’il ne comprenne plus rien. C’est là qu’il décroche et qu’il se met à rire. Tu redécouvres un peu l’enfant en dedans.

 

Mais ce qui est drôle avec les publics d’adultes, c’est qu’ils s’en viennent fâchés. Ils se font avoir et se sentent un peu humiliés. Ils pensent que tu fais ça pour te moquer d’eux, alors qu’ils pourraient juste se laisser émerveiller.

L : C’est quoi le tour préféré des enfants ?

E : Il y a eu un boom, à un moment donné, qui concordait avec la sortie des livres et des films de Harry Potter. Je prenais une carte et une fourchette en guise de baguette magique, puis je faisais la fameuse formule « Wingardium Leviosa » ! La carte se levait dans la main de l’enfant, puis volait autour de moi. Sauf que quand les enfants y croient trop, parfois, c’est quasiment triste. Ils peuvent passer une heure à essayer le tour eux-mêmes, à répéter la formule, mais rien ne se passe.

L : As-tu déjà eu affaire à des enfants franchement désagréables ?

E : Ça arrive qu’il y ait des enfants particulièrement sceptiques, qui sont là juste pour te saboter. Dans ce temps-là, je me concentre sur ceux qui sont là pour avoir du fun.

À l’opposé, il y a aussi les enfants qui t’aiment juste trop. C’est arrivé quand j’étais clown-magicien à la Récréathèque de Laval. Un enfant avait décidé de s’accrocher après ma jambe et de ne plus me lâcher. J’avais beau essayer de le pousser et de le semer à travers les modules, j’arrivais pas à m’en débarrasser. Sauf qu’il fallait vraiment que j’aille aux toilettes… J’ai finalement réussi à me cacher et à me faufiler jusqu’à la salle de bain. Mais, une fois assis dans la cabine, j’ai entendu un enfant à côté me demander : « C’est quiiii ? » et passer sa petite tête en dessous de la porte parce qu’il avait reconnu mes souliers. J’ai été forcé de lui répondre gentiment avec ma voix de clown-magicien. Cette fois-là, c’était un peu cauchemardesque.

L : Ça t’arrive de rater des tours ?

E : Pas des tours au complet, mais des petits accidents, ça arrive. Par exemple, j’aime bien jouer avec le feu. Mais une fois, j’ai mal calculé ma flamme, et elle est allée directement dans mon visage. Le public se posait des questions parce que ça sentait le cochon brûlé. J’ai fini mon show, mais avec les petits cils un peu retroussés…

Et puis les tours avec des oiseaux, c’est toujours un peu imprévisible. On les garde dans l’obscurité pour qu’ils s’endorment en attendant leur tour. Donc souvent, la première chose quand ils apparaissent, c’est qu’ils font leurs besoins. Il faut garder ça caché, parce que sinon, toute l’attention des enfants est focalisée sur le caca.

L : Ils sortent d’où, ces animaux-là ?

E : Il y a un bout de temps, j’ai décidé de m’acheter deux colombes : Monsieur Popcorn et Lolita. Ce que je ne savais pas, c’est qu’elles peuvent vivre jusqu’à 20 ans et qu’elles ont un chant particulièrement désagréable, le matin… Par contre, elles sont vraiment bien entraînées et j’ai beaucoup de fun avec elles. Elles savent donner des « high five ! » aux enfants.

Parfois, quand ils « trippent » trop, je leur dis que la colombe veut aller faire dodo. Ou bien, comme elle est capable de cacher sa tête sous son aile, je fais semblant de lui croquer le cou. Sauf que devant des enfants de 3 ou 4 ans, c’est pas toujours une bonne idée… Une fois, il y a une plume qui s’est collée sur ma bouche, et en même temps, j’ai mis du maquillage rouge sur la colombe sans faire exprès. Toute la salle s’est mise à brailler en une seconde. Je me suis dépêché de faire réapparaître la tête.

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