Comment Safia Nolin m’a aidé à sauver la planète

« Mes vêtements tuent la planète ? Comment de si belles choses pourraient tuer la planète ? La Texaco tue la planète. Pas mon linge. »

J’aime m’habiller. Orner mon corps de jolies banderoles conçues pour épouser mes filiformes de jeunes hommes et sortir dehors avec un air de m’as-tu-vu.

J’aime ça et je le fais pour moi. M’habiller est ma façon de me sentir moi-même, et ce depuis mes jeunes années. Comme si je mettais un beau « safe space » 100 % coton qui s’agence avec mes souliers.

M’habiller est ma façon de me sentir moi-même, et ce depuis mes jeunes années. Comme si je mettais un beau « safe space » 100 % coton qui s’agence avec mes souliers.

C’est une forme d’expression quotidienne qui m’apporte une plus grande satisfaction que n’importe quel massage ou gratouille d’un coin de dos inaccessible. J’aime être capable de représenter, par les tissus qui cachent ma peau, le sentiment que je ressens. J’aime trouver les couleurs qui émanent de mon aura. Bref, j’aime trouver la voiture parfaite pour mon Jacques Villeneuve de « body ».

C’est ma façon de m’aimer. Je ne sors pas de chez moi si, en me regardant dans le miroir, je ne peux pas exprimer un senti « YAS QUEEN » comme s’il était sorti directement de la bouche d’Ilana Glazer.

Néanmoins, j’ai dû remettre ma passion en question. Durant mes heures passées à découvrir l’Internet (activité qui occupe au moins soixante pour cent de ma semaine), un tweet de Safia Nolin a capté mon attention.

Mes vêtements tuent la planète? Comment de si belles choses pourraient tuer la planète? La Texaco tue la planète. Pas mon linge. Pas mes beaux souliers en suède que j’ai trouvés chez Winners, voyons.

Mais si c’était vrai, quelle serait la solution? Aller dans les friperies? « Si jachètt pu de linge den lé magazin. Yora pu de linge dan lé fripri pi on sra pa plusse avensé lollllllll » me dis-je.

S’informer, c’est pas si compliqué

Seulement, les opinions que partage Mademoiselle Nolin concordent généralement avec mes valeurs. Je décidai alors de faire ce qu’aucune personne ne semble faire de nos jours durant ses temps libres : m’informer.

Je me suis donc informé.

Épelaye.

Gang?

Comment dire…

Eh la la…

Ça va pas.

Épelaye + 2.

On l’a échappé.

Pas « yink » un peu.

Avec une simple recherche google, j’ai pu trouver plusieurs sources citant toutes les mêmes informations : l’industrie de la mode pollue. Beaucoup.

« Safia é po une manteuzz!?!?1616 ». Et non. Elle a émis une opinion après s’être informée. Qui l’aurait cru.

Pour faire un seul t-shirt, ça prend 2700 litres d’eau. Une paire de jeans : 5000 litres. Juste dans ma chambre, j’ai approximativement 235 000 litres d’eau. Cinq piscines hors terre qui fittent dans ma commode et mon garde-robe.

J’étais pourtant convaincu que j’étais une bonne personne. J’ai voté QS aux dernières élections et je fais même mon épicerie dans les magasins en vrac. « Alexandre, tu sauves la planète avec tes pots Mason » pensais-je. Mais non. Qui aurait cru que mettre mon amour-propre et une passion dans les mains de multinationales aurait pu mal tourner.

Quand les multinationales «cockbloquent» le plaisir

Je ne vous mentirai pas, je suis un peu fourré dans cette situation-là. Certains d’entre vous le savent peut-être, mais je fais de la scène. Ma façon de m’habiller fait partie de mon identité. On m’engage pour ce que je dégage. Les vêtements sont une façon d’exprimer ma personnalité. Si j’arrête d’acheter des beaux vêtements, niveau carrière, je me tire dans le pied. Les deux pieds. Un peu dans les bras aussi.

J’aimerais bien aller dans les friperies, mais il n’y a rien pour mon frame de chat. Tout est X-large pour les hommes. Peu importe que j’achète là-bas, j’ai l’air d’un parachute avec une petite tête.

Je suis plus que conscient que je chiale la bouche pleine. J’ai carrément la chance d’avoir ce problème. Je trouve ça quand même ridicule que mes options, selon mon budget, soient gérées par des compagnies qui se contre-crissent de l’environnement et de la condition humaine dans leurs usines.

Je suis plus que conscient que je chiale la bouche pleine. J’ai carrément la chance d’avoir ce problème. Je trouve ça quand même ridicule que mes options, selon mon budget, soient gérées par des compagnies qui se contre-crissent de l’environnement et de la condition humaine dans leurs usines. C’est même un peu particulier que ce ne soit pas empêché par nos lois.

À cause de l’ingérence de multinationales et de leur irresponsabilité, cette charge revient donc sur mes épaules. Ce serait donc pas aux compagnies de se responsabiliser, ce serait à moi de faire le choix à leur place? C’est ridicule. Mon plus gros diplôme est une attestation d’études collégiales en blagues. Je suis pas la personne qui devrait avoir à faire ce choix-là. Ce sont eux qui ont créé le marché. Ce sont eux qu’on devrait empêcher de faire ces vêtements. Pourquoi vous faites de moi un méchant juste parce que j’aime décompresser aux Galeries d’Anjou!?

Mais bon. Je vais quand même faire plus attention à ma consommation de vêtement. Je ne peux pas continuer à manger mon gâteau en sachant que quelqu’un a chié dedans. Certes. Je trouve ça nono.

Sauf que j’en voulais du gâteau.

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