Comment les attentats de Paris m’ont mené à « Nous sommes un grain de sable dans l’univers »

ou la fois où j’ai essayé d’être engagé

Comme tout le monde, voilà une semaine que je digère tranquillement ce qui s’est passé. Une semaine à lire des “Dans quel genre de monde on vit!”, “Comment l’homme peut être capable de telles atrocités?”, et comme vous vous en doutez, ça, c’est quand le débat ne prend pas tout bonnement des tangentes de “Les islams vont toutes nous tuer, on devrait leur envoyer une bombe nucléaire!”, “Les réfugiés ont juste à rester chez eux pis régler leurs problèmes comme du monde”, je crois même que j’ai vu un “Sauvons nos valeurs catholiques!” quelque part dans le tas.

Jusqu’ici, rien de trop surprenant, les gens ont peur et ils réagissent comme des gens qui ont peur, on est tous un peu con quand on a peur. On est des animaux, c’est un réflexe de survie.

Comme à peu près tout le monde, moi aussi j’ai eu ce frisson dans la colonne vertébrale, ce sanglot contenu au coin de l’œil en voyant coup après coup ces images de gens terrifiés qui fuient pour leur vie, ces gens qui avaient possiblement prévu passer une petite soirée tranquille d’humain du 21e siècle de pays économiquement développé, et ont dû en l’espace d’une seconde, beaucoup pour la première fois de leur vie, devenir des animaux en mode survie.

C’est poignant à voir des gens qui ont peur de mourir. Néanmoins, aussi triste à dire que ça puisse paraître, vendredi dernier, tout ce que j’ai été capable de voir c’est des gens qui tuent des gens parce qu’ils sont des gens. C’était comme ça à Babylone, c’était comme ça au Moyen-Âge, c’était comme ça en 1914, c’était comme ça en 1939, c’était comme ça en 2011, c’est comme ça aujourd’hui.

Des gens qui tuent des gens, c’est dans notre nature j’imagine.

Je suis de ces gens, comme vous avez certes commencé à le comprendre, qui considèrent l’humain comme un animal au même titre que le tigre, le tamanoir ou le mille-pattes. Nous sommes des animaux, nous l’avons toujours été, et le monde des animaux en est un de cruauté froide et d’injustice. Certains diront que nous sommes “plus évolués”, que nous avons une “âme”, des “émotions”, que pour ces raisons nous n’appartenons pas au cycle, mais hélas, je crois que ce n’est pas à nous d’en décider.

Plus évolués?

Oui, nous sommes des animaux “intelligents”, mais des animaux néanmoins. Cette “intelligence” dont nous nous targuons constamment, il est facile d’oublier que ce n’est que notre stratégie évolutive de survie, au même titre que cette capacité qu’ont les pieuvres de changer de couleur pour échapper aux prédateurs. Être “intelligents” c’est un mode de survie comme un autre, ça ne nous élève au-dessus de rien.

Une âme? De l’électricité dans le cerveau… Je pense que les coccinelles ont ça aussi. Des émotions? Le cerveau des épaulards leur permet d’en ressentir des plus complexes que les nôtres, parait-il…

Nous sommes des animaux qui ont eu du succès, on a tellement bien géré notre survie qu’on en a réussi à sortir de la chaîne alimentaire. Faut être un peu con aujourd’hui pour être victime de la chaine alimentaire… Résultat, on a tout bonnement continué à suivre les instructions de notre instinct de survie, on s’est reproduit, on s’est reproduit sans prédateurs naturels et on est devenu nuisible.

On est devenu nuisible pour l’environnement, nuisible pour les autres animaux et maintenant (maintenant s’étend pas mal jusqu’à l’âge de pierre…) on est nuisible pour nous-mêmes. Surpris? Pas moi. Quand trop d’animaux d’une même espèce se retrouvent dans un territoire restreint (au point où on en est, la planète), ils entrent inévitablement en compétition, et s’entredétruisent pour survivre.

Tuer pour survivre, tuer pour exister; des gens qui tuent des gens.

En écrivant ceci, je viens de jeter un coup d’œil à mes chats qui dorment. Eux aussi, on les a sortis de la chaine alimentaire. On les a embarqués de force dans notre spirale évolutive de relative sécurité, et maintenant eux aussi il leur arrive de se reproduire comme de la vermine et devenir nuisibles… J’imagine qu’il nous fallait un compagnon, on est bien seuls ici, hors de la chaine alimentaire.

Bref, des gens qui tuent des gens, rien de nouveau. J’imagine qu’un jour on va réussir à s’entretuer suffisamment pour en revenir à un semblant d’équilibre… Si on a pas anéanti la planète entre-temps. En fait, je raconte n’importe quoi, la planète va très bien s’en tirer sans nous. On aura beau la polluer sens dessus dessous, gaspiller nos ressources naturelles jusqu’à l’extinction, la vie trouvera toujours un chemin et une autre espèce se hissera sur la pile de nos cadavres qui ne laisseront même pas l’ombre d’un souvenir à l’échelle planétaire.

Un autre chapitre du roman de la vie, oublié à jamais dans les ténèbres glaciales de l’univers.

Sérieusement, on en est à quoi, la quatrième, cinquième extinction massive sur Terre? Eh oui les cocos, nous n’avons pas toujours été les rois de notre minuscule coin d’univers. Fut une époque où les dinosaures avaient les fesses confortablement installées dans le trône de “qui call les shots” et aujourd’hui ce sont des illustrations de boîtes de céréales. Avant eux, il y a eu des mille pattes de la tailles de petits autobus, des scorpions géants dans le fond des mers, et toutes ces choses ont arrêté d’exister du jour au lendemain, quoi? Quatre ou cinq fois? Et hop!

En l’espace d’une seconde, toutes ces formes de vies, tous ces petits rois du monde ont été relayés au rang de souvenir flou. Un souvenir flou aux yeux d’une espèce qui s’emmerde tellement de ne plus avoir à survivre qu’elle a eu le temps de creuser la terre et faire des assomptions éduquées sur les résidents passés de son grand appartement au cœur d’une galaxie qui s’en fout.

Je me demande si la prochaine espèce dominante se souviendra de nous, je me demande si à l’image du T-Rex on se retrouvera sur leurs boîtes de céréales. Pauvre T-Rex… Il y a “roi” dans son nom… Je me demande s’il savait qu’il était le roi des dinosaures, le roi de son époque. J’imagine que non, les dinosaures n’ont pas eu le temps de s’interroger sur le concept “d’être au-dessus de ses affaires”. Il a été couronné roi alors qu’il n’existait plus depuis des millions d’années, par une espèce qui s’emmerde tellement de ne plus avoir à survivre qu’elle met des dinosaures sur ses boîtes de céréales.

Personnellement, je trouve ça très rassurant d’être un animal comme un autre.

Ça aurait été trop lourd à porter d’être autre chose. Nous ne sommes ni l’espèce suprême ni le cataclysme de la fin du monde, nous sommes simplement une autre espèce qui a tenté de survivre pour inévitablement disparaître. Dieu merci…

Dieu, ah! Ça, c’est un concept amusant! Tout le monde s’entend pour dire que les religions primitives n’étaient que des explications farfelues de nos ancêtres pour mettre des mots sur ce qui leur faisait peur, mais ne pouvaient comprendre; le tonnerre, la nuit, la mort. On leur attribuait un dieu qui joue du tambour dans le ciel, une dame céleste qui enveloppe la Terre dans un manteau étoilé, un squelette en robe de chambre avec un article de jardinage.

Personnellement, j’aime bien les mythes scandinaves. Des dieux qui tuent et qui se baisent entre eux, à l’image de leurs créateurs. Pourtant aujourd’hui si j’avais l’idée d’annoncer aux gens que je croyais bel et bien en Thor et Odin, qu’après la mort j’allais passer l’éternité à manger du sanglier et boire de l’hydromel à l’infini avec eux au Valhalla, le réflexe initial serait de se dire: “Ça y est, Charles a fini par devenir complètement ”les lumières sont allumées, mais il n’y a personne à la maison”.”

Triste… Triste de réaliser qu’aux yeux des gens ces dieux-là font moins de sens que celui qui dit aux catholiques de manger du pain sans levure, aux musulmans de faire le ramadan, aux juifs de briser un verre quand ils se marient. Triste de réaliser qu’on est devenu une espèce qui s’emmerde à ce point de ne plus être dans la chaine alimentaire qu’on s’entredétruit au nom d’un dieu qui existe autant que Thor et Odin…

Parfois j’aime me rappeler à quel point notre existence est inconséquente à l’échelle de l’univers. Sur Jupiter, il y a des tempêtes de gaz dont la puissance ferait pâlir nos bombes nucléaires. À l’autre bout de la galaxie, des étoiles meurent et deviennent des supernovas qui réduiraient notre planète en poussière en l’espace d’un battement de cils.

Comment vous voulez que j’accorde quelle que importance que ce soit à un débat sur le vote voilé en sachant que beaucoup d’étoiles dans le ciel se sont déjà éteintes et que la seule raison pour laquelle nous les observons encore c’est qu’elles sont tellement éloignées que leur lumière n’a pas encore fini de nous parvenir?

Rien n’a véritablement d’importance…

Inévitablement, notre soleil finira par s’éteindre et notre planète arrêtera d’exister. Nous ne laisserons pas même une cicatrice dans l’univers en souvenir de notre existence. Un jour, nous n’aurons jamais existé et tout continuera comme tout a toujours continué, dans un grand vide spatial où nous ne sommes qu’une fraction de seconde.

Face à la tragédie, j’aime me rappeler à quel point nous ne sommes que bien peu de choses, des insectes qui survivent, des gens qui tuent des gens, peut-être un jour des dinosaures de boites de céréales…

Pour lire un autre texte de Charles Beauchesne: Comment j’ai réussi à devenir le meilleur ami du pire chat du monde. 

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