Comment j’ai survécu à ma belle-famille raciste dans le temps des Fêtes

C’est extrêmement difficile de coexister avec le racisme « naïf ». Celui qui n’est encore qu’un commentaire déplacé. On se sent tellement impuissant.

« Ma fille, c’est une Québécoise, elle va sortir avec un Québécois. » Le père de ma première blonde était un vrai Québécois. Il se souvenait. Des patriotes à l’accord du lac Meech, sa crainte des autres venait d’être renforcée par la chute des tours à New York. Nous sommes en 2002, dans un souper du temps des Fêtes et j’ai 17 ans.

Il venait de Québec. Oui, je sais, ça sonne cliché. Nous sommes 15 ans avant la montée de La Meute. Les raisons étaient les mêmes qu’aujourd’hui : notre langue, notre culture, notre patrimoine. Souverainiste as fuck, son Québec idéal ne garderait que les pures laines. Cette fameuse expression qui sous-entend que je suis de laine impure. C’est plutôt désagréable pour moi qui n’ai habité que 6 mois à l’extérieur du Québec, mes six premiers.

Son Québec souverain de rêve serait exempt d’anglophones et d’ethnies. Sa demeure venait d’être infiltrée par une race.

La genèse du racisme

La peur est irrationnelle. J’ai beau me vanter d’être éduqué pis toute, mais mets-moi une araignée sur la main et je perds mon sang-froid. Je vais crier tellement aigu que tu vas me demander pourquoi je ne suis pas devenu chanteuse d’opéra.

Quoi faire devant les propos racistes?

Rien. Ça ne donne rien. Tu ne les convaincras pas. Ils sont terrifiés. Il est impossible de raisonner une personne en état de panique. Surtout qu’ils pensent qu’ils sont la petite bestiole et non la grande main puissante.

J’ai beau me faire crier après mon cousin à Noël que les araignées sont sans malice : j’ai vu sur internet que certaines sautent. ELLES SAUTENT TABARNAK!!!

En fait, c’est important de quand même déclarer ton désaccord. Le raciste, conscient ou inconscient, doit absolument réaliser que des proches ne marchent pas dans la même direction que lui.

Il n’y a qu’une seule solution : l’immersion. Il faut qu’une mygale se dépose sur ma main et que je la laisse vivre. Ça ne sera pas facile. Je serais inconfortable. Je devrai non seulement passer par dessus mon propre corps et mes convictions, mais aussi toutes les histoires de tarentules qui pondent des œufs sous la peau et tous les films d’arachnides tueuses auxquels j’ai été exposé. Je devrai l’apprivoiser afin de réaliser qu’elle est inoffensive.

Ensuite seulement, je pourrais croire que peut-être, peut-être, la grande majorité des arachnides est inoffensive. Seule ma propre expérience répétée pourra me calmer. Ça sera difficile si je ne suis pas confronté aux araignées sur une base quotidienne.

En fait, c’est important de quand même déclarer ton désaccord. Le raciste, conscient ou inconscient, doit absolument réaliser que des proches ne marchent pas dans la même direction que lui. Ensuite, change de sujet, personne ne se convertira à l’idéologie de l’autre. Il ne deviendra pas tolérant. Tu ne deviendras pas raciste, du moins, je l’espère.

Quand la peur devient de la haine

Si un membre de ta famille commence à devenir trop intense dans ses paroles ou dans ses gestes, rappelle-toi que ton seul vrai levier est dans ta présence dans leur vie. Parfois, c’est un ultimatum qu’il leur faut. C’est moi ou tes convictions hostiles. Ça suffit. S’il choisit la haine, c’est que sa décision a été prise il y a longtemps.

 

Mon ancien beau-père était raciste, mais il n’était pas que raciste. Il voulait ce qu’il y a de mieux pour sa fille.

C’est extrêmement difficile de coexister avec le racisme « naïf ». Celui qui n’est encore qu’un commentaire déplacé. On se sent tellement impuissant. Il faut se rappeler que ces personnes ne sont pas unidimensionnelles.

Mon ancien beau-père était raciste, mais il n’était pas que raciste. Il voulait ce qu’il y a de mieux pour sa fille. Bien que ça impliquait d’entretenir des préjugés douteux, ça impliquait aussi de prendre son maigre salaire pour envoyer sa fille à l’école privée et prendre le temps de souper en famille. Il a fini par réaliser que le garçon né en Colombie qui la fréquentait voulait aussi la même chose.

Il l’a réalisé lorsque moi aussi, je soupais en famille, avec lui. Je suis resté sept ans avec mon ex. Son père voulait qu’elle sorte avec un Québécois. C’est ce qui s’est produit.

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