Comment j’ai échoué à accomplir la transaction la plus simple du monde

en inventant des règles sociales qui n’existent pas

Disons-le simplement, les choses ne peuvent simplement jamais être simples. J’ai souvent cette sinistre impression que tous les chapitres de ma vie, aussi banals et sans intérêt soient-ils, sont inévitablement destinés à se transformer en labyrinthe de merde en forme du cube rubik duquel j’émerge généralement confus et désorienté avec cette petite saveur supplémentaire d’essence naturelle de totale humiliation. Restons brefs, fouillez-moi, j’ai trouvé le moyen de vivre le pire des cauchemars en essayant d’acheter un sandwich au dépanneur… C’est à croire que je suis en train de développer une certaine expertise à ce genre de choses.

Tout d’abord, j’aimerais préciser, et regardez bien toute la crédibilité de ce billet disparaître en fumée, que je suis un de ces coquins de consommateurs de marijuana récréative. Oui, quand je disais disparaître en fumée c’était littéralement… Qu’est-ce que vous voulez, il faut choisir son poison pour échapper à la lourdeur du quotidien et l’alcool ne me fait tout simplement pas. Je me transforme en monstre, je dis à tout le monde qu’ils sont mes meilleurs amis, j’étale à qui veut bien l’entendre (aucun humain sur terre) ma théorie selon laquelle les gens de l’autre côté du miroir sont les seuls à vraiment exister et nous ne sommes que des réflexions qui imitent sans le savoir tous leurs agissements dans une réalité parallèle, et  la plupart du temps ça se termine à avoir l’impression de dormir dans une barque dans mon lit à me réveiller aux dix minutes pour aller vomir comme si un troll me sortait de la gorge. Non, aussi bien s’intoxiquer volontairement à quelque chose qui rend un tant soit peu créatif, entre en scène cette bonne vieille fée verte qui d’un coup de baguette magique fait disparaître tous les problèmes du monde! Oui bon, ça sonne excessivement malsain dit comme ça, mais dieu sais que c’est le genre de choses qui aide quand on souffre de cet handicap de trop réfléchir. Et pour ce qui est de trop réfléchir, j’aimerais vous rappeler que vous êtes en train de lire les tribulations d’un gars persuadé que ses Alphabits lui envoient des messages de l’au-delà… Donnez-moi un proverbial break!

Bref, toujours est-il que j’étais en train de m’adonner à une de ces bonnes vieilles soirées “en mou” à écouter du pop japonais en trempant une saucisse à hot dog dans un pot de beurre de peanut quand soudainement las, je fus pris de la fantaisie d’accompagner tout ça des pains généralement associés aux hotdogs parce que j’ai fait l’erreur de croiser mon reflet dans un miroir et ça devenait vraiment pathétique. Oui, quand j’ai dit que j’étais allé m’acheter un sandwich en début d’article c’était surtout pour mieux faire éventuellement passer la réalité que c’était en fait juste un de ces sac de pains à hotdogs villagio, qui tentent tant bien que mal de simuler un quelconque rapport qualité/prix italien…

Je descendis donc mollement au dépanneur du coin en pantalons de jogging et t-shirt de L’étrange Noël de Monsieur Jack avec la fervente intention de venir à bout de la quête épique de me faire de hotdogs dignes de ce nom. À mon grand désarroi, le cauchemar ne se fit pas prier à se manifester sous la forme d’un voisin en shorts de lycra qui s’étirait déjà dans l’ascenseur en prévision de son jogging nocturne. Voyons! Faites-moi croire que c’était statistiquement nécessaire de tomber sur le seul humain du monde qui part courir à 23h30 et, qui plus est, trouve nécessaire d’engager la conversation avec nul autre que clairement le stoner du bloc!

– Ah ben! Le voisin du 716! Je pense qu’on s’enligne pour une belle soirée. On est chanceux, ils annoncent pas de pluie pis en plus la lune va être gibbeuse! Ma blonde me dit toujours de me trainer une lampe frontale, mais pas ce soir, non monsieur! Je me demande pourquoi on appelle ça une lune gibbeuse? L’autre jour j’ai essayé de checker sur Wikipédia, mais la connection nous a chié dans les mains, je pense qu’on es dû pour changer de fournisseur. Bell a l’air de donner des saprés bons forfaits, mais en même temps on dirait que je leur fais moins confiance depuis que Benoit Brière est plus porte-parole (blablablablablabla)…

Mon cerveau eut heureusement le réflexe de le mettre en sourdine quelques instants, le temps que je décide si oui ou non j’allais lui défoncer le crâne entre les portes de l’ascenseur en appuyant à répétition sur le bouton “fermeture”. Pourquoi, par la barbe de Lucifer, les gens se sentent toujours obligés de me donner droit à une simulation de Christiane Charette quand je suis prisonnier avec eux dans un espace restreint?

-Pis vous?

Bon, shit! Une question à développement alors que j’étais en train de très brutalement ne pas écouter… Je réponds quoi? Il doit bien y avoir une façon de s’en tirer avec une réponse suffisamment floue pour acheter la paix sans nécessairement relancer ce sombre crétin.

– Ah moi vous savez… On est jamais certains tant que… Des fois le revers de la médaille… On a beau se faire l’avocat du diable… En tout cas, j’ai un ami qui pense comme vous pis laissez-moi vous dire que… C’est jamais simple simple ces affaires-là hein?
-Oui, mais êtes vous pour ou contre?
-Je… C’est mon étage!
-Ben voyons, on est au sixième pis cet étage-là est encore en construction!
-Oui, mais… justement, je suis… contremaître et il faut que j’aille inspecter les… canalisations? En tout cas, bye là!

Et voilà! Un autre contact humain évité de main de maître signé Charles Beauchesne.

À bien y penser, les escaliers de secours étaient très probablement la meilleure option pour arriver au niveau du sol sans croiser un autre dragon conversationnel à combattre… Donc, une bon vingt minutes plus tard pour cause de m’être arrêté contempler un graffiti d’une grand-mère sur un skateboard qui fume une cigarette avec un alien, j’arrivai finalement au Mordor de ma quête, incarné ici par mon dépanneur 24h de quartier. L’opération achat de pain à hotdogs se déroula sans notoire anicroche, outre accrocher avec mon coude un deux litres de lait au chocolat qui explosa au contact du plancher, mais avec un peu de chance j’allais être bien loin quand le commis découvrirait le pot aux roses. Tout allait pour le mieux, quand à mon grand malheur, ledit commis fit la monumentale erreur de me demander…

-Est-ce que ça va être le montant exact?

Le montant exact??? Qu’est-ce qu’il veut dire par là, au juste? (Évidemment, il était en train de me demander si je voulais retirer de l’argent, mais j’aimerais vous rappeler que j’étais dans un état d’esprit particulièrement Snoop Doggesque.) Est-ce que… Est-ce qu’il est en train de me demander subtilement un pourboire? On donne des pourboires au dépanneur? Hmmmm… Bon, là est-ce que j’ai affaire à une convention sociale que j’ai oubliée parce que je suis stoned… Ou une convention sociale que j’ai inventée parce que je suis stoned? Shit! Est-ce que ça fait quinze minutes que je le regarde sans rien dire? Vite! Réponds quelque chose! Fuck it! J’y vais avec l’hypothèse du pourboire!

-Euh… Donnez-moi un dollar tiens!
-Un dollar monsieur???
-Allright, deux dollars! J’imagine que c’était… un bon service?
-Quoi?
-Quoi?
-Euh… Allright, deux dollars… Et voilà monsieur!

À ce moment précis, je poussai l’absurdité de la situation quelques kilomètres plus loin en trouvant le moyen de me dire: “Ah! C’est cute, il me rend ma monnaie par bienséance pour que je puisse lui donner son tip en main propre. Ça me semble un peu cérémonieux, mais pourquoi pas!” Je glissai donc le deux dollars sur le comptoir avec un sourire débonnaire.

-Et voilà pour vous mon brave!
-Monsieur?
-Votre deux dollars?
-Monsieur, c’est pour vous. C’est… C’est vous qui m’avez demandé de…
-Nonon, j’insiste, gardez la monnaie!
-…
-Voyons, qu’est-ce que tu veux que je fasse de plus??? Que je le fasse spinner dans les airs avec mon pouce pour qu’il tombe dans ta casquette? Prends ton deux piasses!
-Mais monsieur c’est vous qui…
-Regarde, je vais le laisser sur le comptoir et m’en aller lentement. Officiellement, ce qu’il advient de ce deux dollars ne sera plus de mon ressort quand j’aurais passé la porte. Bonne soirée!

La vérité de la situation me tomba dessus comme une tonne de briques en passant la porte. Charles, personne n’a jamais donné de tip dans un dépanneur! Et là naturellement je peux certainement pas lui expliquer ce qui vient de se passer sans avoir l’air totalement Dr. Jekyll et M. Hyde…

Sacre ton camp! Sacre ton camp tout de suite Charles, on finira bien par trouver un autre dépanneur de quartier au Mexique!

Les choses ne peuvent simplement jamais être simples… Surtout qu’il me faudrait encore attendre d’être de retour à la maison pour réaliser que j’avais oublié mes pains à hotdogs.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up