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Comment et pourquoi les symboles de la COVID-19 influencent nos comportements

Statistiques, masques et cie. Nos réactions ne sont pas toujours rationnelles.

23 juin 2020
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Le vent de panique autour de la COVID semble s’être estompé dans les derniers jours. On compte de moins en moins de morts, les cas déclarés sont en baisse, le premier ministre ne s’adresse plus aux citoyens quotidiennement – sauf pour annoncer des mesures de déconfinement – et les militaires commencent à quitter les CHSLD.

Ces symboles semblent nous indiquer que ça va mieux, mais la signification qu’on leur donne prend parfois le dessus sur les discours qui les accompagnent. Lorsqu’on nous annonce qu’on ne dénombre aucun mort en nous disant du même souffle que la partie n’est pas gagnée pour autant, qu’on doit continuer à maintenir la distance ou à porter le masque, ce qu’on retient ce n’est pas le discours, c’est le symbole fort : la mortalité est au neutre = le danger est écarté, la fête peut commencer.

Qu’est-ce qui explique ce décalage? Pour mieux comprendre, on s’est entretenu avec le psychologue Pierre E Faubert.

Quels ont été les symboles forts, les événements qui ont façonné notre façon de réagir, depuis le début de la crise?

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Un symbole c’est toujours la moitié de quelque chose, c’est un signe qu’une partie n’est pas là. Elle viendra, mais pour l’instant on ne le voit pas. C’est à nous de le compléter. D’ailleurs, ses racines grecques veulent dire «mettre ensemble». On complète donc les symboles dans notre imaginaire, dans notre esprit.

Ainsi quand le premier ministre cesse de tenir des conférences de presse quotidiennes, pour certaines personnes ça peut vouloir dire que la situation de crise est finie. D’autres vont se sentir abandonnés, parce qu’ils n’ont plus la figure paternelle qui est là pour nous rassurer.

Pendant la crise, on a aussi beaucoup parlé de la situation dans les CHSLD. Les descriptions de ce qui s’y passait nous font penser à ce qu’on pourrait vivre dans un pays en guerre, comme si on habitait un pays qui n’a pas les moyens de s’occuper de ses citoyens. C’est comme si on avait été attaqué, les personnes vulnérables en premier lieu, par un ennemi invisible qui cherchait à nous faire disparaître. Ça sentait la mort.

C’est comme si on avait été attaqué, les personnes vulnérables en premier lieu, par un ennemi invisible qui cherchait à nous faire disparaître. Ça sentait la mort.

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Il y avait quelque chose de terrifiant, mais de fascinant en même temps. Les Européens même s’ils ont été fortement frappés par la pandémie étaient plus habitués à ce climat de guerre. Nous on n’avait jamais connu ça sur notre territoire. Dès les premiers jours, on utilisait le langage de guerre, on voyait même les soldats en CHSLD. Quand on parle de symbole, celui-là est très visible.

L’autre symbole, c’est l’argent. Il n’y en a jamais eu autant de dépensée : on l’a imprimé vite, pis on l’a sorti vite. Ça a rassuré la population.

Il y a donc des symboles d’une puissance, qui nous dit qu’on va triompher et d’autres qui témoignent de notre fragilité, de notre vulnérabilité et de notre grande solitude.

Et comme symbole fort, on ne peut pas passer à côté du masque, c’est un incontournable.

Au départ, on disait que porter le masque n’était pas nécessaire, puis on s’est ravisé. Est-ce qu’on n’a pas joué avec ce symbole, avec sa signification?

Je dirais que le masque a été le meilleur symbole de l’ambivalence. Autrement dit, c’était le point faible. Ça a été un point de fragilité, un trou dans l’armure de nos dirigeants. La preuve qu’ils ne contrôlaient pas tout.

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Sur le plan psychologique, le masque c’est aussi l’image que je projette. Ça a été un symbole fort, parce que ça fait référence à l’identité. Quand on porte un masque, on voit seulement les yeux. On peut cacher notre personnalité derrière un masque.

Et pourquoi les symboles nous affectent-ils autant? Pourquoi lundi quand on a vu qu’il n’y avait aucun mort, on s’est empressé de crier victoire?

La pandémie se mesure par des statistiques. C’est notre référence. Combien de gens ont vu une autre personne mourir? Il y en a très peu.

Alors quand on entend ça, c’est facile de se dire « ça y est c’est fini »! C’est comme l’armistice, c’est comme la fin de la guerre. On sort dans les rues et on fête, même si 10 minutes avant on restait terrés dans nos maisons.

On a envie de sortir. On l’a vu avec les attroupements dans les parcs, aux chutes de Rawdon. Les gens sont collés les uns sur les autres. On a envie de célébrer le fait qu’on a gagné, mais aussi qu’on est vivant. On a survécu, donc on est fort. On célèbre notre survie, le fait qu’on va vivre longtemps.

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Ce sentiment d’invincibilité est-il dangereux? N’y a-t-il pas un risque de devenir imperméables aux consignes des autorités en matière de santé publique?

Oui parce que les réactions ne sont pas réfléchies (comme le voudrait la santé publique), elles sont spontanées. On a tellement été confronté au danger de mort, et c’est traumatisant, qu’en ce moment on veut juste célébrer la vie. Ça a atteint notre intégrité physique, morale et personnelle.

Il y a aussi les dommages collatéraux: les séparations, les chicanes de famille, la perte d’un emploi. Les blessures sont profondes, les gens n’ont pas mesuré l’ampleur des émotions qu’ils ont vécues. Il y aura des discussions à avoir pour réparer les fractures.

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