Comment devenir un(e) allié(e) de la diversité : le cas Sophie Bienvenu

Le monde est rempli de bonnes intentions. Mais parfois, calvaire !

Le monde est rempli de bonnes intentions. Mais parfois, calvaire… mon sang de métisse bouille en dedans.

Pour sa 40e édition, le Salon du Livre de Montréal a organisé plusieurs activités, dont une discussion sur la représentation de la diversité en littérature jeunesse.

Jusqu’ici, tout va bien. J’aime cet esprit d’ouverture.

Mais quand on parcourt la liste d’invités, devinez quoi? Pas un seul membre issu d’une minorité culturelle

L’autrice Sophie Bienvenu (derrière, entre autres, l’excellent Et au pire, on se mariera, récemment porté à l’écran par Léa Pool), était invitée d’honneur du Salon et faisait partie des participantes dudit panel. Or, elle a mis son pied à terre.

Sur Facebook, le 14 novembre dernier, elle expliquait qu’elle se retirait de ce groupe de discussion parce qu’elle était très inconfortable de parler de diversité entourée uniquement de collègues blancs.

Là, tout à coup, je passe de la frustration à l’exaltation.

L’importance de s’affirmer

Révélation intime : cette situation m’a brièvement replongée dans mon primaire, à Joliette. Ma gang voulait recréer le groupe des Spice Girls; ma candidature n’a pas été retenue, ni même évoquée pour incarner Scary Spice. J’étais pourtant la seule métisse du groupe! J’avais expliqué à Josianne, la boss, que j’avais le physique de l’emploi, mais bon, elles ont pris quelqu’un qui revenait du sud… Du. Sud.

Toujours est-il que je n’avais personne pour me soutenir ou juste pour comprendre mon point de vue ; je n’avais pas d’alliée. J’étais la minorité seule dans mon coin.

D’où, peut-être, mon besoin de souligner le geste de Sophie Bienvenu, qui elle, n’a pas l’intention de laisser les auteurs jeunesse dans un coin.

Preuve : cette réponse dont l’éloquence impressionne.

Très chers lecteurs et lectrices,

Vous le savez peut-être, je suis invitée d’honneur au Salon du Livre de Montréal cette année. Comme le titre l’indique, c’est un grand honneur.

J’ai été invitée à participer à plusieurs activités, dont un panel sur la diversité en littérature jeunesse, samedi à midi, auquel vous aviez peut-être prévu d’assister.

Malheureusement, je ne pourrai y participer.

La représentation de la diversité étant un sujet qui me tient particulièrement et sincèrement à cœur (pas seulement parce que c’est la mode), j’aurais été très inconfortable de parler de diversité entourée de collègues, certes talentueux, mais plus Blancs que Blancs.

Je tiens à m’excuser pour les problèmes que causeront ma décision et ma dissidence aux organisateurs du Salon, à mes éditeurs, ainsi qu’à vous. J’en prends l’entière responsabilité.

Merci de m’avoir lue.

Non, merci à toi Sophie.

Devenir un(e) allié(e) en trois étapes faciles

Les personnes racisées ne doivent pas être les seules à jouer le rôle de la surveillance éthique (et ethnique) dans les médias (ou ailleurs).

Pourquoi faire l’autruche, se dissocier des enjeux qui ne nous touchent pas, ou au contraire prendre toute la place dans une discussion dont on n’est pas le sujet? Pourquoi, alors qu’on pourrait simplement être de bon(ne)s allié(e)s pour les personnes qui subissent de l’oppression?

C’est presque facile. Étudions ici le cas de Sophie Bienvenu.

Étape 1 : Faire l’inventaire de nos privilèges.

Pas besoin de remonter l’inventaire jusqu’à la fois où votre père vous a donné la permission de boire une bière à 16 ans. Concentrons-nous sur les privilèges du type : avantages dont on jouit à cause de notre sexe, notre statut social, notre classe, notre culture et/ou tout ce qui nous permet de prendre le dessus sur autrui. Quand on commence à faire la liste, des fois on est surpris… Une femme peut être discriminée pour son sexe, mais une femme racisée ou présentant un handicap peut être discriminée sur plus d’un front.

Étape 2 : Se renseigner

Pour être un(e) bon(ne) allié(e), il faut comprendre l’enjeu, mais par plus d’une perspective. Si on ne l’analyse que de notre position, on se soumet à plusieurs angles morts. Quand on veut épauler une communauté, c’est impératif de la consulter pour connaître les dessous de ses revendications, la nature de ses oppressions. Et ces informations s’acquièrent par la rencontre, l’écoute, la prise de conscience, l’ouverture. Le genre d’affaire qu’on peut vivre en participant à une table ronde sur la diversité, par exemple. Ce qui nous amène à la prochaine étape.

Étape 3 : Trouver notre place

Si on a bien étudié, on peut se positionner [plus] correctement dans un débat et éviter des attitudes discriminatoires, comme faire dévier le sujet sur un autre débat (qui nous concernait davantage) ou aiguiller les actions vers des résultats qui favoriseraient notre position dominante. Par ailleurs, on peut être le meilleur orateur de la planète, on peut avoir les meilleures intentions du monde, mais des fois, il faut qu’on se taise, qu’on laisse la place et la parole aux personnes directement concernées.

Comme l’a fait Sophie Bienvenu.

Être un(e) allié(e) de la diversité, c’est non seulement célébrer tous les groupes qui constituent notre société, mais aussi contribuer à réduire la domination des voix majoritaires.

Malgré tout, un peu, thumbs up le Salon du livre

Parlant de justice, ce serait injuste de ne pas admettre que malgré tout, le Salon du livre de Montréal a fait preuve cette année d’une certaine ouverture et d’inclusion avec l’espace Diversité culturelle. En collaboration avec les éditions Mémoire d’encrier et la librairie Zone libre, on y présentera Refonder les histoires : les écrivains disent non au racisme, une activité qui culminera dans un spectacle littéraire et multilingue intitulé Montréal dit non au racisme.

Je réalise les efforts des organisateurs pour une certaine intégration et une reconnaissance du talent d’ici et d’ailleurs. Mais je les encourage à aller plus loin. Idéalement sans que Sophie Bienvenu ait besoin de leur faire la leçon.

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