Comment cruiser une féministe, partie 2 : la débandade !

Entrevue avec un coach en séduction.

En août 2017, en collaboration avec la brillante Lili Boisvert, je concevais un guide très léger sur les pratiques à adopter pour cruiser une féministe. Par exemple : comprendre le consentement, ne pas avoir des valeurs de marde et être propre du sexe. La base.

Je me souviens qu’à l’époque, sur les réseaux sociaux, ça s’était un peu excité. Or, rien de bien démesuré. Sauf que là, le 3 mars dernier, URBANIA a repartagé l’article… Et y’en a qui n’ont vraiment pas trippé.

Voyez par vous-mêmes.

Tout ça pour dire qu’il y a quelques jours, j’ai remarqué une pépite dans le lot de mes tristes inbox « autres ». Ce message, d’un certain Steve : « Un ami a affiché votre article sur Facebook et j’ai vraiment ri aux éclats. Quelques secondes après que je sois retourné à mon fil de nouvelles, je vois des pubs de techniques de cruisage de femmes… Big brother is watching

La pub ciblée en question était celle de L Code Séduction. On pouvait y lire : « Comment aborder une femme sans perdre confiance? »

En voyant ça, je me suis spontanément dit : voilà une façon de mieux comprendre les vives réactions suscitées par notre petit guide! S’il y a des hommes qui ne veulent pas de nos conseils, peut-être qu’ils prendraient ceux d’un expert… Peut-être que tout ce qu’ils veulent, c’est un diplômé de la cruise! Alors j’ai appelé David, le fondateur de cette école qui, depuis 2013, a accueilli plus d’un millier d’hommes cherchant à comprendre les rouages de la séduction. C’est un habitué des médias – vous l’avez peut-être déjà vu aux Francs-Tireurs ou à Salut Bonjour.

Je lui ai demandé quels conseils il donnerait à ses élèves pour courtiser une féministe. Et j’ai appris qu’en fait, il le leur déconseillerait.

Résumé de notre entretien… surprenant.

David, comment décrirais-tu ta business?

C’est une école de formation professionnelle en séduction respectueuse. C’est comme au secondaire : tu as un prof en avant, un cahier de formation et un cours magistral. 

Et qu’est-ce qu’on apprend, dans un cours de séduction?

J’ai décidé de défendre le mot « séduction », mais ça aurait pu s’appeler un cours de « communication hommes-femmes ». Présentement, mes services s’adressent aux hommes. Mon but ultime, c’est d’augmenter leur potentiel d’attirance. Je leur enseigne donc votre langue dans une formation de 18 heures. On y voit les différences biologiques entre hommes et femmes; le savoir-être (soit tout ce qu’un homme se dit dans sa tête, par exemple : « elle est trop belle pour moi, j’ai trop de bédaine, pas assez d’argent, etc »); le savoir-vivre (notamment sur Internet); et les approches en personne. Puis à travers tout ça, j’insiste beaucoup sur l’importance de l’honnêteté.

Tu attires quel genre de clientèle, avec cette formation?

Depuis 2013, j’ai formé plus de 1 000 personnes de partout dans la province. Des gars de 18 ans comme de 72, toutes professions confondues… Sauf avocat! Ce sont des gars avec une certaine humilité et qui sont prêts à travailler sur eux. Par ailleurs, je crois être le seul coach qui collabore avec un psychologue. C’est comme si je m’occupais des fleurs et que lui se chargeait de prendre soin des racines en dessous. On est complémentaires!

Je suis curieuse : depuis #MoiAussi, est-ce que tes formations ont changé? Parce que la séduction change, elle…

Les concepts que j’enseigne n’ont pas changé, par contre dans la période de questions, je vais mettre plus de crémage sur certains aspects. Par exemple, si un gars me dit qu’il est intéressé par une fille à son travail, avant je lui aurais répondu que ce n’est pas une bonne idée. Maintenant, je dirais que ce n’est VRAIMENT pas une bonne idée.

Est-ce que tes élèves te posent plus de questions sur le consentement?

Non! C’est correct ce mouvement-là, mais le monde ne sait pas qu’il existe. Toi oui, t’es journaliste, je comprends. Mais tu serais étonnée du nombre de gens qui ne savent pas du tout c’est quoi. Puis ceux qui ont suivi ça marchent sur des œufs, maintenant. Il y a plusieurs méthodes pour obtenir le consentement et en fait, je pense que #MeToo a amené plus de confusion là-dedans. Moi, en tant que professionnel, ça me donne plus de clients. Tant mieux…

Juste pour m’éclairer sur tes approches : si plus de gens suivaient ta formation, est-ce qu’on recevrait plus ou moins de dickpics?

Y’en aurait beaucoup moins! Un gars saurait qu’il est solide dans le champ s’il fait ça.

C’est un bon début. Entrons maintenant dans le cœur de ma quête : comment conseillerais-tu à un homme d’aborder une féministe?

Féministe ou pas, ça ne change pas grand-chose à l’approche. Je vais te donner une technique qui fonctionne à tout coup. Le fameux premier souper au restaurant! Qu’est-ce qu’il faut faire?

Je ne sais pas, éviter l’ail?

Premièrement, on arrive à l’avance. Le gars doit spotter les lieux, regarder où sont les banquettes, comment est faite sa salle de spectacle…

[J’hurle d’un rire incrédule.]

Quoi? Faut qu’il choisisse une place qui va faire du sens! Ensuite, il faut qu’il accroche le serveur et qu’il lui dise : « À la fin, je veux que tu m’amènes deux factures, mais que le montant inscrit sur celle de la fille soit : une cenne. » Ça, ça va faire POW!

À tout coup?

Les féministes vont être plus en réaction, c’est certain. Si tu leur dis ce truc-là, il y en a une sur deux qui va dire qu’elle, tu ne l’aurais pas. Mais ça, c’est parce qu’elles veulent se protéger autant que possible. Éviter de se faire manipuler. C’est un mécanisme de défense conscient! Elles sont plus en mode « essaie pas de me pogner » dans leur cerveau moderne. Mais l’attirance, ce n’est pas dans le cerveau moderne que ça se passe, c’est dans l’ancestral.

… Et mon cerveau ancestral veut se faire payer le souper?

BEN OUI! Et en pognant les femmes – féministes ou non – avec le truc de la facture, tu contournes tous leurs blocages psychologiques. Tous les hamsters qui spinnent, du type : « Si je suis intéressée par lui, je ne veux pas lui démontrer que je suis à l’argent » ou « Si je ne suis pas intéressée, je ne veux pas lui devoir quelque chose. » On ne veut pas activer ces hamsters-là en demandant une seule facture, tu comprends? Et il faut savoir que la féministe a justement plus d’hamsters que la moyenne… Mais sur les grands fondements d’approche, il n’y a pas de différences entre les femmes. Une féministe, c’est une adulte avec des responsabilités qui a besoin de décrocher, comme toutes les autres. Par contre, il y a des différences dans certaines de ses valeurs. Donc mes élèves – qui sont des bons gars –, quand ils entendent le mot « féministe », ils se disent « fuck off ».

Est-ce qu’ils savent ce que ça veut dire, ce mot-là? Soit : vouloir l’égalité?

En fait, il y a quatre niveaux de féministes.

Hum, ok… C’est une théorie qui vient d’où?

De mes gars! Je les ai consultés avant de te parler. Niveau 1 : La fille qui se pense féministe parce que c’est à la mode, mais qui n’a aucune notion là-dessus. En jasant avec elle, on réalise qu’elle est cool, qu’elle respecte nos opinions et que ce n’est pas une frustrée de la vie qui veut écraser les hommes…

Mais ce n’est pas ça le féminisme.

Je ne te dis pas que c’est vrai, je te parle de perceptions! Bref, cette fille-là va pogner. Niveau 2 : La fille qui a des notions, mais qui n’en parle pas vraiment. Elle va pogner aussi. Niveau 3 : La fille qui réagit rapidement à tes propos qui, selon elle, vont à l’encontre de ses croyances. Elle est réactive et… oh boy. Puis, niveau 4 : La crinquée qui hurle partout. Elle, on se sauve en courant!

Moi, je suis une féministe crinquée et je pogne en tabarnac. T’expliques ça comment?

Écoute, moi je te parle de ce que je vois chez mes gars. Si je dis à l’un d’eux : « J’ai une fille à te présenter, c’est une féministe, ça te tente-tu? » Il va me dire non. Une femme qui se dit féministe, la perception que ça amène, c’est une fille qui va tirer la couverte. Qui dit qu’elle veut l’égalité, mais qui, au fond, veut juste écraser les hommes.

Peut-être que je devrais offrir des formations de féminisme pour expliquer à tes gars que ça n’a pas rapport?

Je te trouve bonne de ne pas m’étrangler à distance! C’est un préjugé, je suis d’accord, mais plus une femme est féministe, moins elle va avoir notre vision du monde.

Je veux juste rappeler qu’on parle ici de gens qui veulent l’égalité entre tout le monde.

Ce serait le fun que ce soit juste ça!

… Mais c’est juste ça.

C’est ce qu’elles disent!

Qui ça, elles? La mafia féministe?

C’est le mot, la façon dont il est compris, qui fait reculer. Si une femme veut plaire à un homme, faut qu’elle dise : j’aime les hommes, je les trouve cool. Là, ça va marcher! Parce qu’on est dans une époque où on se fait tout le temps traiter de méchants, et les bons gars, on est tannés de ça.

Pis travailler sur eux-mêmes dans une perspective d’égalité, ça les intéresse-tu, les bons gars?

On n’a pas la même vision. Nous, on voit que l’égalité est atteinte.

Elle ne l’est pas. [Ni financièrement, ni socialement, ni sexuellement…]

On pourrait argumenter pas mal là-dessus. Ce serait un long débat.

Ouin, pis je le gagnerais. Mais revenons au but de cet entretien : tu penses qu’il n’y a aucun espoir pour les féministes, en terme de séduction?

Si je coachais une féministe, je lui dirais de ne pas le crier sur tous les toits. Ce n’est pas attirant. Peut-être que toi, ça t’apporte quelque chose, mais ce n’est pas ce qui va turner on les gars.

J’aimerais que tu jases avec mon historique sexuel et amoureux.

Oublie pas qu’il y a bien des hommes qui vendraient leur mère pour de la sexualité. Et je ne dis pas que c’est impossible de tomber amoureux d’une féministe! Je te dis juste que ce n’est pas un plus. C’est comme dire : « Salut, j’ai trois enfants! » Mais c’est sûr que Montréal, c’est particulier. C’est une autre planète, en matière de séduction… Je ne serais pas surpris que ce soit différent là-bas, même en matière de féminisme.

Je dois être le triangle des Bermudes de la séduction. Je vais chérir cette position privilégiée!

Il faut plusieurs visions, c’est correct. Au bout de la ligne, on essaie tous de mieux se connecter et mieux se comprendre, dans le respect. C’est ce qui compte… Et là, je suis conscient que je ne t’ai pas fait la version politiquement correcte d’une entrevue. Je t’ai amené ma vision des choses, ce que je remarque. Je dis que le mot « féministe » n’est pas attirant, mais je ne veux pas dire qu’il n’est pas nécessaire, ok?

FIOU, MAN. Pis le fait que tu aies réussi à me parler pendant une heure, est-ce que ça veut dire que je suis une féministe smooth?

T’es peut-être pas une Niveau 4…

Je te confirme que j’en suis une! C’est peut-être vos niveaux qui n’ont aucun rapport. Je t’invite à faire un post-mortem là-dessus.

Hahaha! Ok, peut-être.

En tout cas, merci pour cette incursion dans un autre camp! C’était… différent.

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