«Est-ce qu’on peut être féministe tout en étant courailleux?»
C’est la question qu’un charmant jeune homme m’a envoyée, jeudi dernier, en inbox. Elle se trouvait au milieu d’un long message rempli de réflexions existentielles. Ce n’est pas la première fois qu’un garçon s’identifiant allié féministe m’écrit pour discuter, même si on ne se connait pas. C’est toujours bien accueilli. Je trouve ça le fun, jaser! Sauf que parfois, la fin du message indique clairement qu’il y a une intention au-delà de la question. Qu’on me parle parce qu’au fond, on n’haïrait pas ça me payer un verre… Et c’était le cas, cette fois-là.
C’est smatte! Mais je suis prise.
(SALUT MONDE DE STARS!)
Le garçon s’était trompé! Il avait copié-collé le message intello-cruiseur dans la mauvaise boîte inbox!
Alors que j’allais répondre, j’ai remarqué que le jeune homme m’avait écrit un autre message. J’ai fait défiler la boîte de dialogue et j’ai commencé à le lire. Une drôle d’impression de déjà-vu… En fait, c’était le même message. Exactement le même.
Mais adressé à Lili Boisvert.
Man! Le garçon s’était trompé! Il avait copié-collé le message intello-cruiseur dans la mauvaise boîte inbox! C’est donc crampée que j’ai réalisé qu’il utilisait les mêmes lignes pour essayer de dater des féministes (rousses). Je me suis brièvement demandé à combien d’entre nous il pouvait bien avoir lancé exactement la même perche et j’ai été subjuguée par sa technique (que j’estime très efficace en termes d’économie de temps et d’énergie).
Ça peut arriver à tout le monde, personne n’est à l’abri d’un mauvais copié-collé.
Drôle de hasard, Lili Boisvert anime Sexplora, une émission de télévision produite par URBANIA. Elle était donc au bureau, alors que je sautillais sur place en me délectant de cet acte manqué.
– Lili? Tsé, le message FB que tu as reçu de la part de X? Je veux juste te dire que je l’ai reçu aussi.
– T’ES-TU SÉRIEUSE? HAHAHA!
Crisse qu’on a ri! Pas de lui, là — ça peut arriver à tout le monde, personne n’est à l’abri d’un mauvais copié-collé —, juste de la situation. On n’est pas méchantes. Et on n’a pas non plus la prétention de croire qu’un homme horny ne devrait nous cibler qu’individuellement, exclusivement et de tout son être.
Pour tout vous dire, ça nous a mis de très bonne humeur. Faque on a envoyé cette photo à l’auteur du message.
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Après, on a jasé. En partageant nos diverses expériences, on a réalisé que pour accéder à nos culottes, certaines personnes choisissent l’approche «je suis un allié, discutons». On s’est demandé si c’était une bonne tactique… Précisions tout de suite une chose: on ne croit pas que tous ces hommes portent un masque d’allié pour cacher un prédateur sexuel rêvant de nous fourrer. Mais comme les entreprises qui profitent des hashtags #bodypositive pour vendre des jus amaigrissants, il ne faudrait pas franchir la mince ligne entre le support et le détournement du féminisme à des fins égoïstes. En gros, ce qu’on veut dire, c’est: attention de ne pas passer d’«allié voulant jaser et peut-être frencher si affinités» à «pick-up artist se contre-crissant, au fond, des valeurs d’égalité».
11 trucs pour cruiser une féministe
Dans tous les cas, c’est avec joie qu’on a constaté qu’il existe une demande pour les dates féministes (c’est câlicement étonnant, diront certains !). Alors on a cru bon, Lili et moi, de créer un guide pour aider les personnes attirées par les gens qui veulent l’égalité politique, sociale, juridique et économique des êtres humains à se matcher.
Voici donc, pour tout être qui n’a pas peur du vagin-dentata, 11 trucs pour cruiser une féministe, de la part de Lili Boisvert et moi.
1- Savoir à quoi font référence les lettres LGBTQIA et le chiffre 2 et le signe +.
Lesbiennes. Gais. Bisexuels. Trans. Queer. Intersexes. Asexuels. Bispirituels. Et une panoplie d’autres possibilités : agenre, pansexuel, gender queer, etc.
Confus(es)? Lili vous explique tout ça, juste ici.
2- Ploguer le mot intersectionnalité dès la première date.
Définition: Interaction simultanée de plusieurs formes de domination ou de discrimination qui constituent un système d’oppression. L’intersectionnalité souligne les liens qui existent entre les discriminations basées sur le racisme, le sexisme, l’homophobie, le classisme, l’âgisme et le capacitisme, entre autres.
Ce terme est encore plus sexy que tout le dirty talk auquel vous pouvez penser. Comprenez-en bien le sens (pas juste la surface) et devenez un feminist magnet.
3- Ne pas envoyer d’inbox louches au milieu de la nuit.
Des fois, les alliés féministes un peu saouls décident de nous écrire à 4h du matin. Leurs messages passent soudainement d’engagés à cryto-gênants. Évitez les maladresses! Plutôt qu’envoyer des mots ou une photo de vos genitals, envoyez des «je-te-respecte-pics».
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4- Liker la page FB de Je suis féministe. Et ne pas juste lire les titres.
Des articles de tout partout, une tonne de sujets, des voix diversifiées. «Une plateforme où [les féministes francophones] peuvent s’exprimer librement, furieusement et joyeusement.»
De quoi vous fournir un paquet de bons sujets de discussion pour vos inbox ciblés. Et si vous voulez vraiment impressionner une féministe, lisez aussi la Gazette des femmes.
5- Name-dropper Judith Lussier.
Ça ne peut pas nuire.
6 – Réaliser que: Actions > paroles.
Dire «je comprends le consentement», ce n’est pas la même chose que l’appliquer. Il y a des «alliés féministes» qui tentent de ploguer rapidement dans la conversation qu’ils comprennent ce qu’est le consentement, afin de mettre leur interlocutrice en confiance… pour ensuite agir d’une manière qui invalide aussitôt qu’ils maîtrisent cette notion.
Démonstration: Tu ne peux pas prétendre comprendre ce qu’est le consentement si trois secondes après avoir dit que tu adores la comptine «Mon corps, c’est mon corps, ce n’est pas le tien», tu te mets à étrangler la fille que tu frenches sans crier gare. Agir ainsi, c’est instrumentaliser le féminisme pour agresser des femmes. Et ce n’est pas beau.
7- Valoriser la réciprocité dans la sexualité, et, dans le doute, demander la permission.
Les femmes ne sont pas des proies à chasser. Si la fille ne te répond pas quand tu la contactes; elle n’est probablement pas intéressée. Si elle s’éloigne quand tu t’approches; elle n’est probablement pas intéressée. Si elle n’initie jamais aucun move quand vous interagissez; elle n’est probablement pas intéressée.
Si tu penses que la fille qui te plaît n’est pas aussi proactive que toi parce qu’elle est juste gênée, avant de lui foncer dessus, vas-y d’un séduisant «est-ce que je peux t’embrasser?». Par ailleurs, au-delà de la séduction, c’est juste la fucking base de ne pas considérer que l’autre est un corps dont on peut disposer à notre gré.
8- Ne pas avoir des valeurs de marde.
Pour être franches, c’est pas mal le seul prérequis. Vous pouvez échapper tout le reste (sauf le #7 et le #10). Si votre fond est juste et bon, essayez-vous!
9- Être sympathique.
Les féministes, on est habituées à débattre. Beaucoup. Souvent. Alors on n’a pas nécessairement envie de se faire «provoquer en duel» dans notre boite de messagerie par des gars qui pensent que c’est une bonne stratégie de nous piquer d’un «Pffff! C’est vraiment n’importe quoi l’expression mansplaining, avoue, là!!» puis de nous inviter à aller prendre un verre «pour poursuivre cette discussion». On débat déjà tout le temps. Quand on se fait cruiser, c’est le fun un petit break.
10- Être propre du sexe.
Simple question de savoir-vivre.
11 – T’assurer de ne pas t’auto-saboter quand tu cours après plusieurs lapins (ça, on dit vraiment ça juste pour t’aider)
Si tu veux courir après deux lapins féministes en même temps, t’as le droit, c’est un pays libre. Mais t’es mieux de t’assurer avant que les lapins ne se connaissent pas. Parce que sinon, ça se peut qu’elles parlent de toi et tu peux finir comme le gars dans le vidéo de Brandy et Monica.