Coder dans un party pour ne pas décrocher

Code in the Dark, c'est un gros party pour une bonne cause.

Je suis un nerd, je me passionne pour tout ce qui touche de près ou de loin à la technologie. 

Mais pour ce qui touche au fonctionnement réel de ces merveilles technologiques, au code qui fait fonctionner les logiciels qui à leur tour font fonctionner nos vies, je dois avouer que j’ai un immense angle mort. 

Je ne connais rien pantoute. 

J’étais donc intrigué quand j’ai été invité par l’entreprise OSEDEA à venir assister à Code in the Dark, la compétition de codage où des programmeurs doivent reproduire une page web en 10 minutes à peine. 

Mieux encore, c’était pour une bonne cause. 

Voici donc le récit d’une incursion dans un univers bien différent de ce qu’on imagine. 

Loin du sous-sol

On m’a donné rendez-vous vendredi dernier dans un bâtiment de la rue Saint-Ambroise, tout près du canal Lachine. 

En ouvrant la porte, j’entends tout de suite le son d’une puissante chaîne stéréo qui joue à tue-tête de la musique électronique, en plus d’apercevoir des jeunes gens branchés au visage peint de motifs glow-in-the-dark.

Tout de suite, je me dis que ça doit être une activité qui a lieu en même temps dans la même bâtisse. Après tout, je suis venu voir une compétition de programmation informatique. Je m’attends plutôt à une scène qui me rappellerait les LAN party de ma jeunesse : sueur, Mountain Dew et piles d’ordinateurs. 

Mais non, on me confirme que je suis au bon endroit. 

En fait, l’événement Code in the Dark se veut, dans les mots d’Ivana Markovic, VP Marketing et Gestion de talent chez ODESEA, un événement festif et amusant. 

L’ambiance donne l’impression d’être entré dans une discothèque du futur : la musique électronique se répercute sur les murs tandis que des lasers de toutes les couleurs percent la fumée qui envahit la salle. Les gens discutent, verre illuminé à la main, probablement plus détendus qu’à l’habitude grâce au bar open gratuit offert à l’intérieur (pour ma part, intégrité journalistique l’exigeant, j’ai surtout profité du pop-corn gratuit). 

Bref, on est loin du sous-sol puant qu’on pourrait imaginer quand on pense « programmation ». C’est plutôt un party pour les gens à la fois cool et brillants, preuve que le milieu de la techno a grandi lui aussi. 

 

Une compétition nouveau genre

Alors, à quoi ça ressemble une compétition de codage? 

Le concept de Code in the Dark est simple : les participants se font présenter une page web, qu’ils doivent ensuite reproduire en 10 minutes (15 pour la grande finale). 

La compétition s’appelle Code in the Dark parce qu’il fait noir dans la salle, oui, mais aussi parce que les programmeurs n’ont pas le droit de prévisualiser leur page pendant les 10 minutes. 

C’est déjà un défi en soi (personnellement, j’aurais de la misère à programmer une addition dans Excel en dix minutes), mais ce n’est pas tout : la compétition s’appelle Code in the Dark parce qu’il fait noir dans la salle, oui, mais aussi parce que les programmeurs n’ont pas le droit de prévisualiser leur page pendant les 10 minutes. 

En gros, ils programment à l’aveugle, espérant que le code qu’ils entrent aura l’effet escompté. C’est un peu l’équivalent de dessiner les yeux fermés; des fois le résultat est excellent… mais d’autres, on dirait une œuvre de votre neveu de 2 ans. 

Au bout de dix minutes, le public peut voir les pages sur leur téléphone mobile (c’est très 2.0 tout ça) et voter pour les participants qui, selon eux, ont le mieux réussi le défi. 

Les meilleurs passent à la ronde suivante, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un seul, qui repart avec une bourse de 3000 $. 

Pas mal mieux que dans mes partys de Super Smash Bros Melee où on gagnait le choix du divan sur lequel s’endormir. 

Lutter contre le décrochage à grands coups de HTML

Mais si OSEDEA, l’entreprise derrière Code in the Dark Montréal, organise tout ça, ce n’est pas juste pour le fun d’organiser un gros party. 

L’événement sert avant tout à amasser des fonds et à attirer l’attention sur son projet caritatif. 

OSEDEA, c’est une entreprise techno qui développe des apps pour des entreprises et des organismes, notamment TVA Sports et le Musée des Beaux-arts. 

Bref, c’est un milieu de travail hip et branché. Mais comme l’explique Ivana Markovic, l’une des têtes dirigeantes de l’entreprise, l’idée leur est venue éventuellement de redonner à la communauté : 

« Nous, on est une entreprise dans Saint-Henri. C’est un quartier qui vit en ce moment l’embourgeoisement. Il y a des restos cool, c’est trendy. Mais ce qu’on s’est vite rendu compte, c’est que l’école secondaire qui est à 6 minutes à pied d’ici vit l’un des plus hauts taux de décrochage au Québec ».  

Déstabilisés par cette découverte, les gens chez OSEDEA ont décidé d’aller voir la direction de l’école et de leur proposer de mettre sur pied un programme parascolaire où ils inviteraient les jeunes à leurs bureaux pour leur offrir des cours de programmation gratuitement. 

«Nous, on est une entreprise dans Saint-Henri. C’est un quartier qui vit en ce moment l’embourgeoisement. Il y a des restos cool, c’est trendy. Mais ce qu’on s’est vite rendu compte, c’est que l’école secondaire qui est à 6 minutes à pied d’ici vit l’un des plus hauts taux de décrochage au Québec».  

L’idée, c’est de convaincre les jeunes de rester à l’école, et de leur montrer que le milieu du travail peut-être stimulant, s’ils persévèrent :  « C’était des jeunes de 15-16 ans, il fallait quand même essayer de rendre ça amusant pour eux, de leur présenter un programme qui allait les intéresser vers les technos, et aussi leur montrer un autre type de milieu de travail, parce que nous, on a un beau milieu de travail, nos bureaux sont beaux, on a une belle ambiance. »

Le but de Code in the Dark n’est pas vraiment de ramasser des fonds; même s’ils acceptaient les contributions volontaires, Ivana Markovic m’avoue que l’événement coûte beaucoup plus cher que ce qu’ils espèrent récolter. 

L’idée, c’est de faire connaître leur initiative, en espérant que d’autres entreprises du secteur technologique s’en inspirent et lancent à leur tour des activités du même type dans leur quartier. 

Parce que ça fonctionne; même si c’est une initiative récente, ça commence déjà à porter ses fruits : « On a un jeune de la toute première édition qui nous a écrit pour nous dire qu’il nous remercie, qu’il s’est inscrit au Cégep en sciences pures, qu’en voyant notre entreprise et ce qu’on peut faire en prog, ça l’a motivé à continuer en sciences. »

Qui sait, peut-être qu’un jour cet élève participera même à Code in the Dark

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