CKOI, ton animateur a gâché tous mes slows

En 1999, j’attendais le 6 à 6 CKOI impatiemment. Muni de ma cassette vierge, j’avais déjà les deux doigts prêts à peser sur REC/play pour me faire la playlist du moment. Mes réflexes s’aiguisaient de jour en jour, si bien que j’arrivais à prédire le moment exact où l’animateur avec sa voix surexcitée venait couper la fin de la chanson.

Combien de chansons a-t-il gâchées, hein? Combien de moments censés être magiques est-il venu corrompre de sa voix?

“Dude, laisse la chanson finir tabarnak!”
– La population entière du Québec en 1999.

Le six à six dictait la saveur musicale du moment, YouTube n’existait pas, Songza non plus, il y avait le Voir section musique et quelques sources genre le gars du HMV, mais c’est tout. Vous rappelez-vous en 1999 quand Livin’ la Vida Loca a trôné au sommet tout un été? Vous rappelez-vous le duel sans merci entre Whenever, Wherever de Shakira et Complicated d’Avril Lavigne en 2002? En 2003, le lobby emo avait propulsé Evanescence dans nos tympans, et on se faisait aller le popotin sur Get busy du très occupé Sean Paul aka so me go so den (je ne sais toujours pas ce que ça veut dire!!!?? help).

Quand Napster est arrivée, on est tous devenus des pirates en puissance.

On naviguait en zone interdite à la recherche de toutes sortes de filons musicaux. Finie la voix tonitruante de l’animateur de CKOI, on avait la paix et… quelques menaces du FBI, mais bon à l’époque, Scully et Mulder avaient d’autres chats à fouetter. On voulait croire qu’il existait un autre monde, un monde qu’on pouvait compresser, un monde qui se mesurait en méga-octets, un monde infini. La tragédie, c’est qu’on y est arrivé.

Aujourd’hui, c’est l’effet inverse qui se produit. Trop de choix tue le choix.

La radio populaire continue de nous bourrer la tête avec du junk, mix parfait pour le fond sonore d’un Jean-Coutu ou d’un IGA. Sur le net, on stagne assez rapidement, les algorithmes nous devinent; ils savent percer nos psychés, calculer nos désirs : YouTube me connait davantage que ma mère. Dans ce contexte, comment pouvons-nous découvrir de la nouvelle musique? Hein, comment????

On a demandé à quelqu’un qui s’efforce de nous en dénicher chaque semaine via son podcast Union et j’ai nommé le messie de la zique : Nicolas Ouellet.

Hamza : Feed me, feed me Nicolas.
Nicolas : Il existe plusieurs plateformes dont Soundcloud et/ou Apple music/Beat 1 qui sont des sources riches où puiser du nouveau matériel.

Hamza : More, feed me more.
Nicolas : Le bouche-à-oreille, la radio et des blogues ici et là. Mais je me fis beaucoup aux influenceurs qui ont une tribune, des voies dites officielles. L’éclatement des moyens de diffusion et l’accessibilité dont on dispose aujourd’hui a énormément fait changer la donne, mais je vais toujours avoir plus confiance en un être humain qu’un algorithme.

Hamza : Qui sont ces influenceurs?
Nicolas : Zane Lowe, des blogues comme The Fader ou Complex sont pas pire nice!

Hamza : As-tu d’autres trucs?
Nicolas : Un truc hyper important, c’est d’avoir le réflexe de toujours suivre les artistes qu’on aime sur les réseaux sociaux.

L’effet aléatoire aussi peut être amusant.

Allez sur YouTube, tapez un mot genre “baby” (beubé) et vous aurez un choix de 20 000 chansons. Chacune vous mènera vers une chanson et puis une autre et puis une autre et puis malheureusement, vous tomberez sur ceci, on tombe toujours sur ceci.

Sorry.

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Pour lire un autre texte d’Hamza Abouelouafaa : “Entrevue avec Thierry Jamin, explorateur”

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