.jpg)
Cinq films d’horreur pour les gens qui n’aiment pas les films d’horreur
« C’est l’Halloween, on se déguise, on se fait livrer de la pizz’ pis on regarde des films de peur! »
Voilà une phrase que plusieurs d’entre vous redoutent sans doute à l’approche de la seule soirée où les parents trouvent ça chill de laisser leurs enfants aller quêter des bonbons chez des inconnus.
Non pas parce que votre malle à costumes est un peu vide, voire carrément inexistante, ni même parce que vous êtes intolérant.e.s au lactose, mais plutôt parce que la simple idée de devoir assister à plusieurs heures de démembrement et tortures en tout genre vous donne envie de rester chez vous et de dormir les lumières allumées, le 911 composé sur votre cell, juste au cas où.
Pourtant, les slashers, le torture-porn, le gore et autres productions cinématographiques où se déversent d’impressionnantes quantités d’hémoglobine (et parfois autres fluides corporels), nE SONT qu’un genre d’horreur parmi tant d’autres.
En effet, si on prend le temps de s’y attarder, on s’aperçoit assez rapidement que l’offre en termes de films d’horreur est maintenant aussi variée que les saveurs de Oreo sur les tablettes d’un Walmart du Midwest américain (ça manquait tu vraiment à la vie de quelqu’un, des Oreo aux pop rocks? On jase, là). Depuis quelques années, l’horreur regagne lentement mais sûrement ses lettres de noblesse en offrant des œuvres complexes qui se prêtent à l’introspection et à une réflexion quasi-philosophique sur ce que ça signifie, être humain.
Je sais pas pour vous, mais moi, l’angoisse existentielle, ça m’empêche pas mal plus de dormir qu’un dude avec un masque de Garfield qui me court après avec une chainsaw. Celà dit, voici cinq films garantis de vous faire frissonner… sans nécessairement vous donner envie de vomir ou d’appeler votre mère.
Les chambres rouges, Pascal Plante (Canada, 2023)
Mannequin de jour et pirate informatique la nuit, Kelly-Anne voit son quotidien déjà atypique bousculé quand elle fait la rencontre de Clémentine au procès ultra-médiatisé de Ludovic. Ce dernier est accusé d’avoir tué trois adolescentes et d’avoir diffusé leur meurtre sur le dark web, dans ces fameuses chambres rouges éponymes.
Si Clémentine éprouve un amour profond et malsain à l’endroit de l’homme qu’elle croit innocent, la raison derrière la fascination de Kelly-Anne pour l’accusé est quant à elle un peu floue, mais indéniablement morbide. Si, après avoir regardé dans l’abysse, Clémentine décide finalement de rebrousser chemin, Kelly-Anne, elle, persiste au point d’en perdre carrière, argent et raison.
Une production qui démontre qu’encore une fois, la réputation du Québec en ce qui a trait au 7e art n’est plus à faire, Les chambres rouges est un thriller qui nous force à nous questionner sur l’obsession que notre société entretient pour le true crime et les criminels, en général.
Fâchez-vous pas, c’est une interrogation à laquelle je dois faire face, moi aussi.
À leur manière, Kelly-Anne et Clémentine représentent ces deux facettes tout aussi questionnables des consommateur.rices de true crime: une fascination franchement déplacée pour un individu peu recommandable, ou une conviction que cette passion est justifiée puisqu’elle permet d’amener un semblant de justice aux victimes.
Dans une mise en scène dont la froideur n’est pas sans rappeler le méthodique Michael Haneke, le réalisateur préféré du gars qui s’habillait toujours en noir au cégep et qui avait appris l’allemand en écoutant du Rammstein, Les chambres rouges est un film aussi déstabilisant que nécessaire à une époque où du contenu de plus en plus extrême est disponible en quelques scrolls.
Picnic at Hanging Rock, Peter Weir (Australie, 1975)
Adaptation à la fois sensuelle et onirique du roman d’Andrea Lindsay, Picnic at Hanging Rock nous transporte dans la brousse australienne au début du vingtième siècle alors qu’un petit groupe d’étudiantes et leur chaperonne disparaît au cours de, vous l’aurez deviné, un pique-nique organisé en l’honneur de la Saint-Valentin.
Comme votre mère qui vous mentionne avoir eu une adolescence pas mal wild sans jamais vraiment vous en dire plus, le film garde ses secrets pour lui et s’intéresse plutôt à l’impact de cette disparition sur la communauté.
En fait, plus le film tente d’expliquer l’inexplicable et plus on se heurte à des culs-de-sac pour finalement se retrouver seul.e.s avec rien de plus que des semblants de théorie et un poids au ventre en tentant de s’imaginer ce qui a bien pu arriver à ces jeunes filles dans l’impitoyable brousse australienne.
Au passage, on félicite aussi le réalisateur et l’autrice de ne jamais évoquer ne serait-ce qu’un brin de soupçon à l’endroit des communautés autochtones quant au sort des disparues. Oui, « ne pas être raciste » est une barre très basse à atteindre mais vous seriez surpris.e.s du nombre de productions récentes qui arrivent encore à se péter le front dessus (*tousse* Bone Tomahawk *tousse*).
Oh, et attention à ne pas vous mélanger avec l’adaptation télé de 2018, aussi nécessaire que mon chat qui décide de vomir son déjeuner sur le tapis du salon quand je suis en retard pour aller prendre mon bus.
Berberian Sound Studio, Peter Strickland (royaume-uni, 2012)
Véritable ovni cinématographique, Berberian Sound Studio prend le pari de nous faire regarder un film d’horreur… sans nous faire regarder un film d’horreur. On nous présente plutôt les coulisses d’une production à laquelle le public n’a ultimement jamais accès.
Le film nous transporte en 1976 alors que le très coincé Gilderoy doit se rendre sur le plateau d’un giallo (un sous-genre de films d’horreur venu tout droit d’Italie et reconnu pour souvent faire la combinaison de la violence et de la sexualité) pour en faire les effets sonores. Si Gilderoy gagne rapidement la confiance du groupe en démontrant ses vastes connaissances de l’emploi de divers aliments pour produire des effets sonores horrifiques, les images que l’artisan au tempérament sensible et réservé se voit forcé de consommer sur une base quotidienne auront tôt fait d’éroder son sens de la réalité.
En misant sur le potentiel sonore d’une production visuelle, Peter Strickland provoque chez le spectateur un profond malaise qui naît du fait qu’on ignore ce qui se déroule réellement devant les yeux écarquillés de NOTRE PROTAGONISTE.
Et puisque la production en question semble regorger de cris de femmes apeurées et de tortures en tout genre, on ne peut s’empêcher d’imaginer le pire. De plus, le film comporte une trame sonore aussi opprimante qu’angoissante signée par le groupe culte britannique Broadcast, un groupe que vous devriez plugger à votre prochaine date avec un.e employé.e d’un magasin de vinyles usagés.
Thirst, Park Chan-Wook (Corée du Sud et États-unis, 2009)
Sans doute l’entrée la plus originale de cette liste, Thirst est une adaptation coréenne à saveur vampirique du roman d’Émile Zola, Thérèse Raquin.
Restez avec moi!
Plutôt que de raconter l’histoire d’une femme qui s’ennuie après avoir été mariée à son cousin pour des raisons purement financières, Thirst débute avec Sang-hyun, un prêtre catholique qui se porte volontaire pour participer à une étude scientifique dans un hôpital où il prodigue des soins spirituels aux malades.
L’expérience se passe mal et le prêtre est transformé en créature de la nuit assoiffé de sang, mais pas de n’importe lequel. Malgré son voeu de chasteté, Sang-hyun désire le sang (et le corps) de Tae-ju, la femme de son meilleur ami. Éventuellement, la passion littéralement dévorante des amants force Sang-hyun à transformer Tae-ju en vampire et le nouveau couple s’allie pour se débarrasser du mari rendu un peu trop embarrassant.
Avec le talent qu’on lui connaît pour les scènes de violence à tendance grand-guignolesque alliées à une esthétique pop légèrement décalée, Park Chan-Wook se réapproprie la figure mythique du vampire pour s’intéresser au poids quasi-étouffant de la culpabilité, du regret et la bataille intérieure que Sang-hyun mène (et perd) contre ses nouvelles pulsions après plusieurs années passées à les réprimer.
Un film à voir et à name drop la prochaine fois qu’un.e de vos ami.e.s se trouve ben original de dire qu’il ou elle tripe sur le cinéma coréen, même si c’est littéralement l’industrie cinématographique la plus en vue depuis la victoire de Bong Joon-ho aux Oscars en 2019.
The Love Witch, Anna Biller (États-Unis, 2016)
Véritable hommage aux films kitch soft porn technicolores des années 1960, The Love Witch nous entraîne dans la vie amoureuse tumultueuse de Elaine, une sorcière aussi jolie que malchanceuse en amour.
Récemment séparée de son fiancé « mystérieusement » décédé et fraîchement arrivée dans une petite bourgade américaine typique, la splendide jeune femme compte user de ses charmes et d’un brin de magie pour trouver un nouvel homme avec qui partager sa vie. Malheureusement pour Elaine, les choses se gâtent et rapidement, c’est les victimes qui s’enchaînent plutôt que les amants. Éventuellement, c’est ce profond désir d’être aimée qui aura tôt fait d’anéantir une fois pour toutes le peu de prise qu’Elaine avait toujours sur la réalité.
Avec son esthétique qui ferait pâlir d’envie toutes ces filles qui écoutent un peu trop de Lana Del Rey et se décrivent comme des sorcières dans leur bio Instagram, The Love Witch est un pastiche qui dénonce le male gaze en observant la figure de la femme fatale à travers un regard typiquement féminin.
Si Elaine nous en met plein la vue avec ses outfits dignes d’un board Pinterest et son eye liner impeccable, elle s’avère profondément touchante et humaine par ce désir quasi-pathologique d’être aimée par un homme et ce, quitte à sacrifier les autres relations beaucoup plus significatives qu’elle parvient à établir au cours du film.
Parfois comique, un peu quétaine (shout out la scène de mariage dans un décor digne de Bicolline) et toujours tendre, The Love Witch nous réconcilie avec la nature parfois conflictuelle de nos désirs et nous donne l’envie de peinturer notre appartement en rose saumon et de nous acheter des cartes de tarot à l’effigie de chats.