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« Les dix complexes de Cinémas Guzzo du Grand Montréal diffuseront le grand rassemblement et la messe du pape François prévus le 28 juillet, à 10h, à la basilique Saint-Anne-de-Beaupré, près de Québec. »
Quand j’ai vu cette nouvelle passer, je me suis senti comme Marie recevant la visite de l’ange Gabriel dans un rayon divin, lui prophétisant qu’elle tombera enceinte du Saint-Esprit (yeah right) et qu’elle devra l’appeler Jésus (au lieu de Logan ou Émerick).
En proie à une épiphanie semblable à celle vécue par Arnold quand il découvre qu’il peut duper le martien en se roulant dans la bouette dans Predator, j’ai donc crié « PRÉSENT » à l’appel de Dieu, avant d’enfourcher ma bécane pour foncer vers le premier Guzzo des environs.
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Dans mon pèlerinage (ce reportage ne sera pas chiche en jeu de mots vaseux, désolé), j’ai ramassé mon amie Catherine qui a gentiment accepté de profiter d’un de mes billets gratuits. Depuis que Jésus a sorti les vendeurs du temple cul par-dessus tête, la grâce de Dieu ne coûte pas une maudite cenne.
Comme ça fait une pandémie que je n’ai pas vu ma Katou, une messe papale était l’occasion rêvée de rattraper le temps perdu. Mon amie est très croyante en plus, alors tout baigne.
« Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. Car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure! », lance d’emblée mon amie en me voyant débarquer chez elle, citant spontanément le psaume 22 de David.
Une personne très pieuse comme je disais.
Si Jésus a souffert le martyre un bon demi-kilomètre au gros soleil pour se rendre au mont Golgotha se faire crucifier avant le souper, notre chemin de croix à nous s’est étiré sur 8,7 kilomètres, entre le quartier Rosemont et le Marché Central.
Sans banaliser les malheurs du fils de Dieu, on a frôlé plusieurs fois la mort en roulant sur Crémazie et en zigzaguant entre les cônes oranges avant d’enfin voir la frimousse de l’immense cinéma Guzzo. Si le pape François demande pardon aux autochtones depuis une semaine, j’attends pour ma part des excuses de la ville pour l’état dégueulasse de la chaussée.
À destination, Catherine était euphorique. « Ayant vu Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui! », lance-t-elle presque en transe, citant de mémoire le verset 5:6 de l’apôtre Marc.
On gare nos vélos devant le stationnement, où se trouve un véhicule de la chaîne info de Noovo. Dommage, moi qui croyait être le seul à avoir eu cette idée de génie mais bon, les voies du seigneur sont impénétrables.
Ginette et Catherine sont fébriles.
À l’intérieur, on tombe sur Ginette, qui a entendu parler de la diffusion de la messe du pape le matin même à la radio. « Je suis croyante et je suis une adepte de cinéma », justifie la dame, qui prévoit se bricoler un programme double avec le film de Luc Picard personnifiant un tueur à gage.
« À ma dernière confession, j’avais demandé à ce que l’Église accorde plus d’espace aux femmes, qu’elle soit plus ouverte », souligne Ginette, avant de s’éloigner vers la salle 9 où la messe sera diffusée dans une quinzaine de minutes.
Inspiré par Ginette, j’ai à mon tour fait un arrêt au confessionnal, avant de retourner parler avec quelques ouailles avant la représentation.
Ce genre de blague, oui.
Il y a Mary, venue avec sa mère et ses tantes voir le souverain pontife s’excuser au nom de sa religion d’avoir traumatisé, violé, battu, déraciné, déshumanisé des générations d’autochtones dans les pensionnats canadiens. « C’est une très bonne chose de s’excuser. Il est gentil ce pape. M. Guzzo aussi est gentil de nous permettre d’assister à cette messe », souligne Mary, qui ne pouvait pas se rendre à Québec, faute de transport.
À l’étage devant la salle, on trouve une table sur laquelle est posée une boîte pour déposer des dons au profit de la Fondation Mgr. Arthur Deschênes. Un peu plus loin, on retrouve deux custodes (merci Google), soit les vases en métal utilisés pour faire la communion. Parce que oui, des gens seront présents pour distribuer des hosties dans les rangées du cinéma.
Journalisme de guerre < Journalisme religieux au Guzzo.
« C’est une belle initiative de faire ça ici. Quand le pape nous demande de sortir de nos églises pour aller en périphérie, ça va dans cette idée », explique Raymonde, une bénévole, flanquée de sa camarade Micheline.
Le mari de Raymonde, Roger Dubois, officiera à titre de diactre la communion. Ordonné depuis 41 ans, il se présente comme le doyen des diacres à Montréal. « Il y a un peu moins de monde que ce que j’avais prévu, mais ça ne me déprime pas. Comme dit le pape François, c’est à nous d’aller vers les gens au lieu d’attendre qu’ils viennent à nous », explique M. Dubois, vantant la sagesse et l’humilité de François.
Pendant que je termine mon vox pop papal, Catherine propose d’aller chercher deux cafés et un gros popcorn.
« Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin; car depuis longtemps, Dieu prend plaisir à ce que tu fais », clame mon amie en se rendant au comptoir de bouffe, citant le verset 9:7 des Ecclésiastiques.
Elle revient finalement avec deux cafés filtre et une anecdote. « La fille ne voulait pas me vendre de popcorn parce qu’elle dit avoir eu la consigne de ne faire aucun argent avec cette représentation. J’ai trouvé le moyen de ramener deux cafés gratuitement. C’est un MIRACLE! », s’emporte Catherine, véritable punaise de sacristie.
Plate. Ce sera donc une messe sans PAPE CORN (je rôde mon show au Bordel les mardis et jeudis).
Dans la salle, il y a presque autant de monde que la veille sur les Plaines d’Abraham pendant la messe de la veille, soit environ soixante personnes.
On s’installe spontanément dans le fond avec nos cafés filtre, avec la même attitude que dans l’autobus au secondaire.
Deux équipes de télévision circulent dans les allées pour immortaliser le moment, pendant qu’une chanteuse ouvre la messe de manière avec une toune religieuse très aigüe sur l’écran géant.
Près de l’entrée, deux femmes dans la jeune vingtaine se signent de la croix en entrant dans la salle. Lors d’un évangile, les cinéphiles se lèvent d’un bond pour réciter d’une même voix les paroles d’une genre de chanson à répondre.
Le pape apparaît enfin en gros plan, assis dans son trône, avec la même fougue que moi au lendemain de mon premier trip sur la MDMA. On comprend enfin qu’il ne roupille pas, mais qu’il se recueille les mains jointes pour demander pardon aux peuples autochtones. Le locataire du Vatican récite quelques passages en français, en espagnol puis en anglais. Normal de parler toutes les langues de la terre lorsqu’on est le PORTE-VOIX DE DIEU.
Dans la salle, des gens filment l’écran. Au centre, un homme reste debout un long moment les yeux clos en levant les mains au ciel.
Pendant que Catherine récite en latin le « Je vous salue Marie », je profite d’un rare moment de béatitude dans cette course folle nommée VIE pour me poser quelques bonnes questions: est-ce weird d’entendre le pape péter? Si le pape joue dans un film et qu’il est super mauvais, gagnerait-il un «pape Razzie»? Est-ce que le pape pense aller au ciel pour de vrai sur son lit de mort?
Un curé qui roule outrageusement ses «r» me sort de mes rêveries.
La messe achève, c’est le moment de l’eucharistie. En allant prendre quelques photos de ce moment de communion, un bénévole me tend une hostie dans la rangée.
-Le corps du Christ?
-Merci man.
La cérémonie sur l’air de «Il est grand le mystère de la foi», pendant que les spectateurs se donnent la paix du seigneur dans les rangées du cinéma.
Je dois partir en vitesse pour écrire le chef-d’œuvre suivant. Catherine reste un peu plus longtemps, à genoux pour une dernière prière en «présence» du pape.
-Bye Kate!
-Au reste, frères, soyez dans la joie, perfectionnez-vous, consolez-vous, ayez un même sentiment, vivez en paix; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous, tranche mon amie, citant les Corinthiens (13:11)
Je quitte le cœur léger, sans doute envahi de la même plénitude que les peuples autochtones après une telle performance papale.
Amen.
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En retrait, Maria Victoria et sa famille trépignent d’impatience à l’idée de vivre ce moment inusité. C’est la première sortie de leur petit troisième, un poupon de quinze jours assoupi dans sa poussette. « C’est important pour nous d’être ici, de recevoir sa bénédiction », explique la maman, qui ne tarit pas d’éloges envers le représentant de Dieu sur terre. « Il a du charisme et il inspire confiance », louange Maria Victoria, qui assiste régulièrement à la messe les dimanches avec les siens.
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Vêtu d’une chasuble, Fabrice pianote sur son cellulaire en face de la salle de cinéma. L’homme d’Église en plein cheminement diaconal endosse à 100% la mission de réconciliation du pape avec les Premières Nations. « La première étape d’une réconciliation est de reconnaître ses erreurs », admet Fabrice, qui salue aussi l’idée de permettre à des gens d’assister à la grande messe dans une salle de cinéma. « C’est pas si bizarre. Le pape nous demande d’être dans le monde et de faire partie d’une seule et même nation », souligne l’aspirant diacre, avant de se replonger sur son cell.
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