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On se rappelle toutes et tous ce qu’on faisait le vendredi 13 mars 2020, lorsque l’état d’urgence pandémique a été décrété par l’OMS. Si certain.e.s étaient au bureau, d’autres à l’école, moi j’avais littéralement les deux mains dans le chocolat.
En effet, j’étais en train de tourner un reportage avec la chocolatière et pâtissière Eve Burelle, alors employée chez État de choc, une chocolaterie de la Petite-Patrie. Alors que le monde tel qu’on le connaissait était en train de basculer, Eve me montrait comment fabriquer des barres de chocolat dignes de véritables œuvres d’art. Gros choc en rallumant nos téléphones après le tournage…
Si les chocolateries ont craint pour leur survie au début de la pandémie, déclarée à quelques jours de Pâques, comment se portent-elles aujourd’hui?
«On l’a vu pour Noël, pour la Saint-Valentin et maintenant pour Pâques: les chocolateries et les pâtisseries n’arrêtent pas.»
« Au début de la pandémie, je travaillais chez État de choc depuis environ 2 ans, raconte Eve Burelle, que j’ai décidé de recontacter un an après notre première rencontre sucrée. Quand la pandémie a éclaté, à quelques semaines de Pâques, plusieurs chocolateries ont diminué, voire cessé leur production, de peur de rester prises avec leur stock. Finalement, tout a été sold out très rapidement et plusieurs commerces ont même manqué de produits pour satisfaire à la demande. »
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les gens pour la plupart privés de restaurants, de loisirs et de contacts ressentent le besoin de se gâter et de faire plaisir à leurs proches
«On connaît les troisièmes vagues pour le café et pour la bière de microbrasserie, mais le chocolat est en train de se tailler une place similaire dans l’esprit des gens»
«de plus en plus de chocolateries utilisent un processus de fabrication Bean to bar, c’est-à-dire que l’artisan prend en charge toutes les étapes de confection d’une tablette»
« Je fais un brownie à base de chocolat Monarque, qui est bean to bar et entièrement fait à Montréal. Il est effectivement un peu plus cher, mais quand on explique aux gens que le chocolat est de super bonne qualité et que les fèves sont torréfiées à Montréal, ils comprennent ».
Bien que le chocolat confectionné à l’atelier soit fabriqué à partir de pastilles, les tablettes et morceaux de la marque sont faits un par un et peints à la main à Montréal, ce qui en fait un produit dont la majorité des étapes de confection sont réalisées localement, ce qui est très apprécié des consommateurs.
Depuis un an, de nombreuses personnes se sont improvisées boulangères, pâtissières et fabricantes de kombucha. Est-ce aussi facile de s’improviser chocolatier.e?
«Je ne dis pas que quelqu’un de très motivé ne peut pas réussir, mais c’est sûr que c’est complexe»
« Honnêtement, non, s’exclame d’emblée Eve Burelle. Je ne dis pas que quelqu’un de très motivé ne peut pas réussir, mais c’est sûr que c’est plus complexe, plus technique et ça coûte aussi très cher. Même moi, je ne suis pas certaine que j’aurais envie de me mettre à faire du chocolat à la maison! » admet la professionnelle.
Joyeuse Pâques!
Selon Eve Burelle, qui travaille désormais comme pâtissière pour Lecavalier Petrone depuis maintenant 6 mois, l’engouement pour le chocolat de qualité est particulièrement fort cette année. « On l’a constaté à Noël, à la Saint-Valentin et maintenant pour Pâques: les chocolateries et les pâtisseries n’arrêtent pas. Par exemple, en février, les produits de Saint-Valentin de Lecavalier Petrone étaient sold out une semaine après avoir été annoncés, c’est fou. Et pour Pâques cette année, c’est vraiment la folie. C’est le cas de pas mal toutes les chocolateries de la ville. »
La jeune pâtissière débordée, attrapée in extremis au téléphone, raconte que cette année, son employeur a produit plus de 6000 œufs de Pâques et que tout est déjà vendu. Selon elle, les gens pour la plupart privés de restaurants, de loisirs et de contacts ressentent le besoin de se gâter et de faire plaisir à leurs proches. « On le voit à la boutique, les gens ont besoin de choses qui leur font du bien et qui pourront aussi faire plaisir aux personnes de qui ils sont éloignés à cause du confinement. Le bon chocolat, surtout quand il est vraiment esthétique en plus d’être délicieux, est une valeur sûre. »
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Selon Eve Burelle, l’industrie du chocolat et de la pâtisserie se porte bien malgré la crise sanitaire, et a su s’adapter à la nouvelle réalité. « Avant la pandémie, on faisait beaucoup de gâteaux de mariage ou pour des événements en grands groupes, explique la pâtissière. Depuis cet été, on fait davantage de petits gâteaux de 2 ou 3 portions, ce qui se prête vraiment mieux à la demande actuelle. Et c’est ce que je confectionne à temps plein ces temps-ci. »
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Depuis le début de la pandémie, beaucoup d’efforts ont été déployés pour encourager le public à acheter local. Au-delà des vêtements, de la bière, des livres et de l’artisanat, cette tendance ruisselle également sur l’industrie du chocolat. « De manière générale, on sent que les gens sont de plus en plus sensibilisés à ces questions-là, croit Eve Burelle. La chocolaterie est établie dans Pointe-Saint-Charles depuis un peu plus de 5 ans et on sent que les habitants du quartier souhaitent encourager les commerces locaux. On a beaucoup d’habitués, qui reviennent semaine après semaine, et qu’on connaît par leur nom ».
Si la pandémie comporte des points positifs (il faut bien en trouver), la modification de nos habitudes de consommation en est certainement un. De nombreuses personnes affirment acheter différemment, en priorisant l’éthique, la durabilité et surtout, la qualité. « Il y a un renouveau dans le milieu du chocolat, affirme Eve Burelle. On connaît les troisièmes vagues pour le café et pour la bière de microbrasserie, mais le chocolat est tranquillement en train de se tailler une place similaire dans l’esprit des gens, ce qui est très positif. »
D’ailleurs, au Québec, de plus en plus de chocolateries utilisent un processus de fabrication Bean to bar, c’est-à-dire que l’artisan prend en charge toutes les étapes de confection d’une tablette, en commençant par la torréfaction des fèves de cacao. C’est le cas de Chocolat Monarque, Avaana, État de choc et Palette de bine, notamment, des entreprises québécoises qui ne travaillent donc pas à partir de pastilles de chocolat torréfiées à l’étranger. De quoi rendre les produits encore plus locaux.
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Eve Burelle, patiente malgré sa grosse journée de chocolatière à quelques jours de Pâques, m’explique que pour faire son chocolat, il faut faire sa courbe de cristallisation, faire fondre le chocolat puis le refroidir à la bonne température, maîtriser la technique de tablage, etc. Selon elle, tout cela se fait à la maison, mais elle souhaite « bonne chance » à toutes les personnes téméraires qui voudraient se lancer. « En plus, c’est vraiment salissant! ».