Catherine Legault

Chilling et tacos sur le Plateau

On a tous nos p’tites adresses quand vient le temps de proposer un endroit exotique où casser la croûte, qu’il s’agisse de soupe tonkinoise ou de poulet tandoori. Le Lab URBANIA tripe autant bouffe que vous et a décidé d’aller à la rencontre de ces propriétaires de restos d’ailleurs qui ont choisi de combler les appétits d’ici.

Ceux qui s’aventurent au-delà de l’enseigne T&T éblouissante et rétro qui brille au coin des rues Clark et Rachel s’étonnent dès le premier instant  :

OÙ SONT LES SOMBREROS ?!?

Avant que la panique ne les gagne, alimentée par la recherche vaine de symboles de la fête des morts et de pinatas – “on est bien dans un resto mexicain, chéri ?” – l’odeur de la viande qui mijote, des tortillas fraîchement sorties du four et des épices qui flottent dans l’air jusque dans la rue pour aller chatouiller le nez des passants, a de quoi rassurer. Vous êtes bien chez Tacos y Tortas, restaurant de cuisine mexicaine.

La cuisine vue par le hublot donnant sur la salle à manger.

Dans une déco minimaliste, à la fois épurée et rustique, Demetrio Vique, bouille avenante et aura de chillness, s’exclame : “Tu entends la musique ? C’est pas de l’espagnol !”, me faisant remarquer qu’en effet, à tendre l’oreille, je peux capter les dernières notes d’une toune des Lumineers, version reggae remix. Ici, pas de mariachi en vue.

C’est l’idée qui a germé dans l’esprit de Demetrio et de son collègue, Alberto Riviera : se démarquer résolument du cliché à la “3 Amigos”.

L’authenticité – celle qui les ramène directement dans les cuisines de leurs mères à Mexico, leur ville natale, ces racines desquelles ils ont puisé l’inspiration pour élaborer un menu à leur image – elle se retrouve dans les plats.

Le clash est beau à voir. Je les soupçonne d’avoir tout peint en blanc juste pour que la bouffe shine de mille feux.

En mouvement, les serveurs qui apportent les mets sur nos tables laissent pratiquement une traînée de couleurs derrière eux : vert coriandre, rouge pico de gallo, jaune ananas grillé. J’ai faim.

Une partie de la salle à manger.

100 % mexicain

Alberto me raconte qu’il a posé ses valises à Montréal en 2009, un diplôme de droit en poche. “Toute ma vie, j’ai travaillé dans la restauration. Ça a toujours été mon rêve”, me lance-t-il, Dos Equis à la main. Après être tombé en amour avec une fille d’ici, il a décidé de rester. “J’aime Montréal. C’est incroyable ici. Les gens, l’ambiance… et ma copine !”

C’est à la microbrasserie Brutapas, qui a pignon sur rue sur Crescent, qu’Alberto et Demetrio se sont rencontrés et ont nourri le projet. “Le casual drinking a fait en sorte qu’on a décidé d’ouvrir notre propre restaurant, quelque part en 2013″, se rappelle Alberto, levant sa bière en direction de Demetrio. Un an plus tard, sous un soleil de juin, Tacos y Tortas ouvrait ses portes.

Les deux propriétaires passent leurs journées au restaurant, Alberto sur le plancher, Demetrio dans les cuisines. “C’est lui le chef !”, s’exclame Alberto, et à peine a-t-il fini sa phrase que Demetrio enchaîne. “Toute la viande est marinée ici, toutes les sauces sont de notre création. C’est tout fait maison et frais de la journée même ! C’est très important pour nous. Ce que nous proposons, c’est ce que nous aimons du Mexique.”

“On fait pas de la cuisine fusion, ici. C’est 100% authentique, 100% mexicain.”

“Et les Québécois aiment beaucoup !”, renchérit Alberto, chose que je ne peux qu’approuver – au moment où je constate que je n’arriverai jamais à bout de cette entrevue si je persiste à m’empiffrer de guacamole, gracieuseté de la maison.

La fameuse guacamole maison.

L’une des multiples variétés de tacos.

Fiers représentants des taquerias

Quand je les interroge sur la compétition entre les restaurants mexicains à Montréal, Ta Chido et El Rey Del Taco en tête, Demetrio me répond du tac au tac. “Il n’y a pas beaucoup de taquerias [restaurants spécialisés dans les tacos] comme nous à Montréal. Il y en a beaucoup au Mexique, et ça nous manquait.” Il précise que la métropole a connu un boost de restos du genre depuis quelque temps.

Demetrio Vique et son chien devant le restaurant.

“Quand je viens travailler, ce n’est pas venir travailler, en fait. C’est venir avoir du fun. Oui, il y a beaucoup de choses à considérer comme la comptabilité ou les réparations. Mais quand je suis ici, à accueillir les gens, ça me rappelle juste à quel point c’est ce que j’aime”, m’avoue Alberto, sans que je le trouve quétaine.

Et si l’ambiance de Tacos y Tortas lui plaît, l’effet est le même sur les clients. Le resto est vraisemblablement à l’image de ses propriétaires, cool à mort. Le genre d’endroit où t’as envie de prendre un cocktail, voire deux ou trois, par une chaude journée d’été qui s’éternise. Pis qui se conclut en beauté, la face dans les churros.

Pour visiter le Tacos y Tortas, rendez-vous au 51 rue Rachel Ouest à Montréal!

Pour lire un autre reportage sur un restaurant ethnique de Montréal : “Un thé iranien et un bouquin”

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