Chers jeunes, crissez donc le feu

Hommage à celles et ceux qui croient encore.

Chers jeunes,

Est-ce que je peux vous appeler comme ça sans sonner matante? Probablement pas. En même temps, j’aurai bientôt 31 ans. Faut que j’assume que plus de 15 années se sont écoulées depuis le moment où je me suis retrouvée à votre place.

Je me souviens de ma première manifestation. Je devais prendre le bus de Farnham pour me rendre à Montréal, une sortie rare. J’allais me joindre à des milliers d’autres étudiants du secondaire pour la Marche 2/3, organisée par Oxfam. Mon père – qui avait clairement connu des rassemblements plus violents –, avait masqué le logo Nike de mes espadrilles avec du tape électrique.

« Il y aura peut-être des gens qui n’aiment pas trop les multinationales, là-bas. »

En 2012, ce ne sont pas les anticapitalistes qui me rentreraient dans le corps, m’assourdiraient et me feraient subir les gaz lacrymogènes. C’est la police.

Finalement, il y avait juste des jeunes remplis d’espoir et de tamtams. La violence, je ne vais la connaître que des années plus tard. En 2012, ce ne sont pas les anticapitalistes qui me rentreraient dans le corps, m’assourdiraient et me feraient subir les gaz lacrymogènes. C’est la police.

Mon père aurait dû m’apprendre à me méfier de plus d’un camp.

Anyway, je ne vous écris pas pour vous faire peur. Je vous écris pour vous lever mon chapeau.

Depuis un mois, il y en a parmi vous qui prennent la rue plutôt que de se rendre en classe, le vendredi. Galvanisés par des militant.e.s du monde entier – la formidable Greta Thunberg en tête –, vous faites l’école buissonnière pour envoyer un message clair : faut se réveiller.

À l’invitation de la jeune suédoise, vous embrassez à votre tour les Fridays for Future. Vous nous dites : à quoi bon étudier pour un futur qui ne viendra peut-être pas? Pourquoi se forcer à une éducation si les gouvernements n’écoutent pas les plus éduqués?

Et à ça, moi, je n’ai pas de réponse.

Juste un élan d’admiration.

À mon époque, les jeunes politisés (allo!) skippaient leur cours pour fumer des bâtons de cannelle. Pas assez rebelles pour la drogue; imaginez pour la révolution. Vous, vous ne défiez même pas l’autorité au nom de votre crise d’adolescence. Vous le faites pour l’humanité. À quel point c’est noble? Important? J’espère honnêtement que vos parents sont fiers de vous. Peut-être que non. Peut-être que vous faites justement ça pour les shaker eux. Mais vous savez quoi? On a tous besoin de vous. De votre claque au visage de notre inertie. Continuez à nous rappeler notre lâcheté.

Crissez le feu.

Pas littéralement (une poubelle enflammée, ça crée des émanations dont on doit apprendre à se passer), mais osez nous bousculer. En manifestant, en discutant, en pointant du doigt nos paradoxes, en nous rappelant que le monde qu’on dessine n’est pas à votre hauteur.

Il y en a qui vous mettront des bâtons dans les roues. Qui tenteront de vous faire croire que vous êtes trop idéalistes, trop jeunes pour comprendre le pouvoir. Il y en a qui vous diront que vous n’avez pas le droit de manifester, ou alors pas comme ça. Déjà, la Commission scolaire de Montréal a annoncé que, bien qu’elle comprenne l’urgence des enjeux climatiques, elle ne peut accepter l’absence d’élèves sans accord parental. À l’école Robert-Gravel, 150 jeunes ont reçu une retenue, cette semaine. Je devine votre frustration, mais rappelez-vous que contrairement à ces personnes qui vous croient trop naïfs ou naïves, votre établissement scolaire ne veut pas vous faire taire. Il doit simplement veiller à votre sécurité. Encouragez-le donc à travailler main dans la main avec vous, avec votre famille. Faut que tout le monde s’unisse dans cette bataille-là et vos actions sont en train de nous le démontrer.

Ce que vous criez par votre désobéissance, plusieurs tentent nous le faire comprendre depuis longtemps.

Ce que vous criez par votre désobéissance, plusieurs tentent nous le faire comprendre depuis longtemps. L’ONU nous dit qu’il faut une refonte de notre économie, les chercheurs nous rappellent qu’on doit revoir notre façon de vivre, les environnementalistes du monde entier supplient les gouvernements de changer leur manière de gérer. Et à travers tout ça, un consensus se dessine : on fonce dans un mur. Un mur de plus en plus irréversible.

Quand je pense à ça, mon réflexe, c’est de me demander : où est-ce que je pourrais acheter une terre susceptible de me permettre de survivre quand tout va s’écrouler? Mais vous, vous ne fuyez pas. Vous bougez, vous vous organisez. Et ça porte fruit.

Aujourd’hui, vous serez rejoints par les cégépiens et les universitaires de la province. Ensemble, vous formerez le front québécois de la grève mondiale pour le climat. Ce. N’est. Pas. Rien.

D’ici là, je veux juste vous rappeler que vous n’êtes pas seuls : 359 scientifiques vous appuient. Et ça ne vaut pas grand-chose, mais moi aussi.

Merci pour votre engagement.

Merci d’y croire encore.

— Une grande fan

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