Logo

ChatGPT, l’intelligence artificielle qui discute comme un humain

« C’est une page qui vient de se tourner. »

Par
Catherine Montambeault
Publicité

Le futur est là. Il est désormais possible de discuter par écrit avec une intelligence artificielle de manière fluide et naturelle, comme s’il s’agissait d’un être humain. Et le résultat est à s’y méprendre. Même des experts en intelligence artificielle sont étonnés.

« C’est quelque chose qu’on ne croyait pas possible à ce moment-ci, on s’attendait à ce que ça prenne plus de temps avant d’arriver à ça. […] On a l’impression qu’on a franchi une nouvelle étape avec ce système-là », commente Christian Gagné, directeur de l’Institut intelligence et données (IID) et titulaire d’une chaire Canada-CIFAR en intelligence artificielle.

Le robot conversationnel ChatGPT, créé par l’entreprise américaine OpenAI et disponible gratuitement en version test depuis le 30 novembre, peut rédiger un poème ou une dissertation universitaire, expliquer des concepts scientifiques ou générer du code informatique parfaitement fonctionnel. Il peut même répondre à des questions de suivi, adapter ses réponses en fonction de nouvelles informations et admettre ses erreurs, en français ou dans une autre langue.

Publicité

Pour y arriver, il se base sur GPT-3.5, un modèle de langage à 175 milliards de paramètres permettant de générer du texte et des dialogues à partir de… presque l’entièreté de l’information que contient Internet. En effet, ChatGPT (Chat Generative Pretrained Transformer, en anglais) a été entraîné en étant alimenté pendant des mois avec des millions de textes disponibles sur le web.

Depuis sa mise à disposition du public, ChatGPT est devenu viral et a dépassé le million d’utilisateur.trice.s, comme s’en félicitait le PDG d’OpenAI Sam Altman sur Twitter. Au moment d’écrire ces lignes, il était d’ailleurs difficile de faire fonctionner le chatbot en raison de la « demande exceptionnellement élevée », indiquait-on sur le site web.

Publicité

« C’est hyper impressionnant »

« C’est une page qui vient de se tourner dans le domaine des technologies », affirme Olivier Blais, cofondateur de MoovAI, une entreprise montréalaise de consultation en intelligence artificielle.

Depuis 2018, le traitement du langage naturel a connu des avancées importantes, notamment grâce à des modèles de langage (language models) de plus en plus gigantesques, entraînés sur des quantités de textes qui le sont tout autant. Jusqu’ici, le plus récent modèle offert par OpenAI était GPT-3, lancé en 2020. ChatGPR est le premier outil du genre disponible en libre accès.

« Avec GPT-2 et GPT-3, c’était beaucoup plus statique : tu faisais une commande et tu recevais une réponse, explique Olivier Blais. Mais avec ChatGPT et GPT-3.5, c’est la première fois qu’on peut vraiment avoir un flot de conversation naturel avec une IA. Tu lui poses une question et s’il répond mal, tu lui dis et il s’adapte. C’est hyper impressionnant. »

« Ça fait longtemps qu’avec l’intelligence artificielle, on est capable d’identifier des éléments sur des images ou d’identifier des sons, poursuit-il. Mais il y a quelque chose de fascinant avec le fait de pouvoir utiliser du texte et de discuter avec ChatGPT comme on le ferait avec un humain. »

Publicité

Mais attention, ChatGPT ne fonctionne pas du tout comme un cerveau humain. En fait, le chatbot n’« apprend » pas réellement : il ne fait « que » régurgiter ce qui se trouve sur le web.

« Ce n’est pas de l’intelligence comme on l’entend : ce système-là n’a pas de conscience ou de réflexion, explique Christian Gagné. C’est ce qu’on appelle un perroquet stochastique, c’est-à-dire qu’il est capable de produire un texte plausible qui correspond à ce qu’on s’attend d’un texte, en ayant capturé l’essence du corpus de textes qu’on lui a fourni. C’est un mégamodèle purement statistique, mais qui est tellement fort qu’il y a gens qui se mettent à penser que c’est une entité raisonnée! »

Les utilités potentielles d’un outil comme ChatGPT sont quasi infinies : création de bots de conversation et d’assistants virtuels, traduction automatique de textes, génération de contenu pour les blogues ou les sites web, analyse de données, etc. C’est ChatGPT lui-même qui le dit :

Publicité

Des limites et des dérives

Même s’il impressionne par ses performances, ChatGPT est loin d’être parfait. Tout d’abord, les réponses qu’il fournit ne sont pas toujours vraies.

« Dans certains cas, le bot va te sortir des fake news, parce qu’il fait juste recracher ce qu’il a appris d’Internet : il ne sait pas encore départager le vrai du faux, indique Olivier Blais. Ça se peut aussi qu’il mélange l’information provenant de plusieurs sources, et que la réponse qu’il te donne soit juste erronée. Il n’y a pas de validation sur les faits. »

Le chatbot pourrait aussi tenir des propos violents ou dangereux. OpenAI assure avoir fait « des efforts pour que le modèle refuse les demandes inappropriées », et c’est le cas la plupart du temps, mais certain.e.s internautes auraient tout de même réussi à poser des questions détournées pour obtenir des réponses inappropriées de la part du bot.

Publicité

Et c’est sans parler des biais que présentent les modèles de langage, qui reproduisent différentes formes de discrimination.

« Ces modèles-là capturent le web, et on s’entend que ce qu’il y a sur le web, ce n’est pas toujours joyeux, souligne Christian Gagné. Il y a un paquet de biais, qu’on parle de biais sexistes, racistes, ou autre. L’IA va tendre à reproduire ces biais-là, parce qu’il ne peut pas faire mieux que ce qu’il a reçu comme données d’entraînement. »

Par exemple, un internaute affirme sur Twitter, captures d’écran à l’appui, avoir demandé à ChatGPT de lui fournir un tableau classant les gens qui feraient les meilleurs intellectuels en fonction de leur race et de leur genre. Le tableau fourni par le bot classait les hommes blancs au premier rang, suivi des femmes blanches, des hommes noirs, des femmes noires, etc.

Trois jours après ce tweet, lorsque nous avons tenté de reproduire cette requête, ChatGPT a d’abord refusé de répondre, mentionnant qu’un tel classement serait « inapproprié ». Mais il a suffi de cliquer sur « Try again » pour que le bot réponde cette fois avec le même tableau discriminatoire que sur Twitter.

Publicité
Publicité

Les impacts environnementaux de ce type de technologie sont également considérables. En 2020, Bloomberg estimait qu’environ 1 % de l’électricité mondiale était consacrée à l’infonuagique (cloud computing). En 2030, on s’attend à ce que ce chiffre ait grimpé à 8 %.

« Ça ne veut pas dire qu’il faut s’empêcher de développer des systèmes informatiques et de faire avancer la science, mais il faut être conscient de l’empreinte écologique de tout ça, estime le directeur de l’IID. Il faut se demander si des systèmes gigantesques comme ça sont nécessaires ou comment on peut faire pour les rendre moins énergivores. »

Le mot de la fin à ChatGPT

L’arrivée de ChatGPT soulève bien d’autres questions encore. Comment l’école s’adaptera-t-elle à l’émergence de technologies qui peuvent compléter un examen de mathématique ou rédiger une dissertation de philosophie en quelques secondes? Comment le marché du travail se transformera-t-il maintenant que de plus en plus de tâches peuvent être automatisées? Est-il éthique, pour les entreprises comme OpenAI, de se servir ainsi des contenus du web, dont certains sont protégés par des droits d’auteur? Si seules les grandes entreprises ont accès aux ressources nécessaires pour bâtir de tels modèles, comment éviter qu’on se retrouve dans un oligopole où quelques joueurs contrôlent ces outils ultrapuissants?

Publicité

Puisque ces questions demeurent pour l’instant sans réponse, nous nous sommes tournés vers ChatGPT pour répondre à LA question la plus importante de toutes : l’intelligence artificielle remplacera-t-elle un jour les humains?

Voici ce qu’il avait à dire : « Il est difficile de prévoir exactement comment l’intelligence artificielle évoluera dans l’avenir, mais il est peu probable qu’elle remplace complètement les humains. L’intelligence artificielle est souvent utilisée pour effectuer des tâches spécifiques de manière plus efficace que les humains, mais elle ne peut pas encore remplacer la créativité et l’intelligence humaines dans l’ensemble. Il est plus probable que l’intelligence artificielle et les humains travailleront ensemble pour accomplir des tâches complexes et difficiles. »

Nous voilà rassuré.e.s.

***

Publicité

Le visuel en entête de cet article (sauf le texte ajouté par-dessus) a été généré par Midjourney, une intelligence artificielle qui produit des images à partir de descriptions textuelles.