.jpg.webp)
Michel Valois travaille dans le milieu de l’art et du design. Cette publication, diffusée sur sa page Facebook un peu plus tôt aujourd’hui, a trouvé écho auprès de l’équipe d’URBANIA, alors que de nouvelles mesures destinées à contrôler la pandémie toucheront bientôt plusieurs sphères d’activité qui nous sont chères. Nous la publions avec son autorisation.
+++
J’ai fuckin’ mal dormi! C’est drôle… toi aussi!
J’ai mal dormi, parce que je m’inquiète pour toi.
Je m’inquiète pour toi: l’artiste, l’artisan, le promoteur des arts vivants, dont j’ai reçu les courriels et les programmes par la poste m’annonçant en grande pompe les shows de la nouvelle saison… Shows qui n’auront malheureusement pas lieu. Et là, je pense à tes redevances par représentation que tu ne recevras pas, et ce, malgré tes derniers mois de travail ardu. Je pense à ta carte de crédit loadée comme un gun sur ta tempe, à ton statut de travailleur autonome qui ne te donne pas droit à l’assurance emploi, ni à la PCU qui disparaît en même temps que les feuilles tombent de leurs branches. Aujourd’hui… Des théâtres sont en pièces. Des artistes n’ont même plus les moyens de faire une scène. Des danseurs et danseuses perdent pied…
Je m’inquiète pour toi, qui as investi corps et âme dans une entreprise, puis qui as récemment éventré son portefeuille pour satisfaire les exigences sanitaires.
Je m’inquiète pour toi: le restaurateur, le propriétaire de café ou de bar, fleuron du dynamisme local… Je m’inquiète pour toi, qui as investi corps et âme dans une entreprise, puis qui as récemment éventré son portefeuille pour satisfaire les exigences sanitaires (reconfiguration, plexiglas, purell, employés supplémentaires, tout le tralala.) et qui voit aujourd’hui les portes se refermer. Je pense à ta marge de crédit rendue au boute de l’élastique, à la maison que tu as mise en garantie pour pouvoir emprunter à la banque, pis à tes kids qui vivent dedans… Je pense à tes employés qui vont encore perdre leur job.
Je m’inquiète pour toi qui vis déjà la solitude, qui es une personne anxieuse et que ça fait capoter d’être pris en quatre murs… Et qui va se voir, une fois de plus… cloîtrée et privée des seules sorties qui lui faisaient un peu de bien. Je pense à toi, assise là devant la télé ou rivée devant Facebook à regarder à quel point le monde va mal pis à te demander: «Criss quand est-ce que ça va finir par finir?»
Je m’inquiète pour toi qui vis de la violence à la maison. Je m’inquiète vraiment parce qu’on te remet dans cette boîte insupportable et qu’on referme le couvercle hermétiquement. Je m’inquiète pour toi, parce que je me demande ce que tu vas faire ou ce que tu peux faire dans le système. Je m’inquiète parce que chez toi est un cercle vicieux et que tu dois rester chez toi.
Je m’inquiète pour toi la jeunesse, qui a besoin de bouger, de lâcher son fou, d’échanger, de socialiser, d’appartenir à un groupe, de se définir… Je m’inquiète parce qu’on te met tellement la pression, avec des trucs tellement trop d’adultes. Je m’inquiète parce que commencer son cégep sur Zoom c’est nul, parce que faire l’amour par abstinence interposée c’est nul… Je m’inquiète parce qu’un gros doigt virulent est en train de swapper un boute de ta jeunesse à gauche, en train de zapper un chunk de belles expériences tellement importantes à vivre. Je m’inquiète parce que quand tu ne sors pas voir tes amis pis que tu te retrouves seule dans ta chambre, ben tes journées se recroquevillent et deviennent un véritable écran de fumée.
Je m’inquiète pour toi le complotiste, parce que damn!… Tu te fais déjà tellement de mauvais sang! J’ai peur que ce nouveau confinement te déstabilise et ne te mette davantage en colère.
En fait, j’ai vraiment peur qu’on se perde! Pis je m’inquiète pour tous ceux que je ne nomme pas, pour tous ceux qu’on nomme déjà souvent. Oui, je m’inquiète pour nous. Parce que c’est d’même, j’nous aime!
P.S.: Je serai pas loin, encabané chez nous. Tsé si jamais il y a de quoi, si jamais t’as envie de parler, ou ben si je peux t’aider.
Je m’inquiète pour toi le complotiste, parce que damn!… Tu te fais déjà tellement de mauvais sang! J’ai peur que ce nouveau confinement te déstabilise et ne te mette davantage en colère, j’ai peur qu’il ne soit qu’un argument de plus à ton arsenal déjà croustillant… J’ai peur que tu te refermes, que tu considères uniquement les opinions abondant dans le même sens que le tien. J’ai peur que ton nouveau messie soit Alexis Crossette-Strudelle. J’ai peur de ton état d’esprit, de l’engrenage Facebook, des opinions qui se polarisent et des algorithmes qui nous divisent… J’ai peur que tu deviennes fanatique, que tu te radicalises dans ta quête de vérité, dans ta recherche d’une explication monothéiste à tout ce foutu bordel. Je sais ben… t’essaies juste de comprendre, de trouver une explication simple, tu es même fier de faire partie de cette élite qui, «elle», comprend. C’est vrai c’est rassembleur, tu appartiens maintenant à une famille et, entre vous, vous vous comprenez. Mais là sérieux, j’ai vraiment peur, j’ai vraiment la chienne qu’on te perde.