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Je transporte presque toujours mon casque avec moi. Je suis vraiment gossant avec ça. Même dans des évènements semi-jet-set, j’ai mon casque dans les mains. Ça fait très juvénile. J’ai l’air d’un enfant qui vient faire son tour avant d’aller sauter sur des trampolines. On me questionne souvent : « C’est pas du trouble de traîner son casque? » Je réponds toujours : « C’est moins de trouble que de traîner une chaise roulante. »
Je transporte presque toujours mon casque avec moi. « Presque toujours », ce n’est pas « toujours ». Mardi dernier, j’étais à la limite du retard pour aller voir Deadpool 2. Je vais à l’épicerie me prendre un sandwich que je mangerai dans le métro. Je regarde l’heure. Trop tard pour attendre le bus. Je vais prendre un Bixi. La station de métro n’est pas loin et elle est en bas d’une pente. J’aurais même pas un seul coup de pédale à donner.
J’enfourche mon vélo et je me balade. C’est vraiment une belle journée de juin que je me dis. Il faut beau. Il n’y a pas de trafic. Ça fait plusieurs années que l’été arrive tôt et ça fait du bien. J’aime pas ça les ann —
Même pas de bang
Je me réveille. Un ambulancier me dit de ne pas bouger. Il me demande quel jour nous sommes, mon nom. Je lui demande ce qu’il s’est passé. Un témoin m’aurait vu passer par-dessus mon guidon. Il me demande ensuite : portais-tu un casque?
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Fuck. Non. Esti. Je sors mon iPhone pour voir l’étendue des dégâts. Tant qu’à y être, je me prends en photo. Fuck fuck fuck. Crisse d’esti de câlisse de tabarnak. Qu’est-ce que j’ai fait là? Est-ce que je vais pouvoir marcher à nouveau? Est-ce que je vais garder ma mémoire? Combien ai-je de morceaux de brisés?
J’ai été chanceux
En route vers l’hôpital, je réalise qu’il me manque une sandale. Elle a revolé lors de l’impact. L’ambulancier m’informe de ma chance : le témoin qui m’a vu a alerté des pompiers qui passaient par là. C’est pour ça qu’on m’a secouru aussi rapidement. Parce que moi, je venais de faire une syncope. Ou comme disent les jeunes : j’ai passed out.
J’essaie de texter ma femme. Mes mains tremblent trop et je n’ai pas de force dans le bras droit. Félix, l’ambulancier, me propose de l’appeler à ma place. Je n’arrête pas de pleurer. Je ne vous souhaite pas d’être la cause de cet appel. Jamais.
Arrivé à l’hôpital, je suis amené dans la salle de trauma où on me nettoie. Mon bras droit est tellement éraflé que le sang qui perle donne l’impression que rouge clair est ma vraie couleur de peau. Pendant qu’on désinfecte mon bras, on m’enlève mes vêtements. Un monsieur prend mon pénis dans ses mains et l’observe en m’informant que comme j’ai passé par-dessus mon guidon, j’aurais pu l’accrocher. Mais non, mon pénis est sain et sauf. Direction salle des scans.
J’ai été vraiment chanceux
On m’invite à me coucher sur une grosse machine avec un appuie-tête. Je prie pour que l’accident n’ait pas laissé de séquelles dans mon cerveau. Ensuite, on me change de pièce. Je dois me coucher sur la table du CT-Scan, dans une position difficile à maintenir pour moi. C’est probablement un signe que j’ai des côtes fêlées.
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On m’amène ensuite dans une salle de repos où je retrouve ma femme qui m’attendait. Je n’ai pas besoin d’attendre longtemps avant de me faire dire que mon cerveau n’a pas vécu de trauma grave. Par contre, j’ai une tache dans les poumons qui n’est probablement rien, mais qu’on doit revérifier. Je retourne me coucher dans le scanneur.
De retour dans la salle, je m’inquiète pour ma mâchoire. Je peine à ouvrir ma bouche et à prendre une bouchée du sandwich qu’ils m’ont donné. Un homme vient me demander de croquer dans un bâtonnet de bois. Je suis, encore, ben correct. Un autre homme vient m’informer que mon poumon est lui aussi normal. Ils me donnent mon congé de l’hôpital.
J’ai été vraiment vraiment chanceux
Lorsque j’ai publié des photos, certains m’ont dit que j’avais l’air en mauvais état. J’ai une plaie complètement blanche, on dirait une tranche de fraise. Depuis des jours, ça me pince chaque fois que j’essaie de manger quelque chose d’un peu solide. Ça me sert quand je tousse. J’ai du sang dans l’œil. Lorsque j’ai la chair de poule, j’ai l’impression qu’on insère 1 000 aiguilles dans mon bras. Je hurle dans la douche parce que l’eau me brûle. J’ai l’impression qu’on verse de l’acide sur mes plaies. Aujourd’hui, c’est la première journée que je peux écrire à l’ordinateur et même avec un pouce foulé, ça me pressait d’écrire ceci :
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Malgré tout, je ne suis pas en mauvais état. Je m’en suis bien sorti. Tout ceci est temporaire. Je n’ai rien de permanent! Je n’ai même rien de cassé. Je m’en suis très bien sorti dans les circonstances. J’aurais pu ne plus être capable de me servir de mes jambes ou de ma tête. J’aurais pu mourir sur-le-champ. Ça relève presque du miracle. Je ne crois pas en des forces de l’au-delà, mais j’y songe. Je me sens comme une personne sortie presque indemne d’un piège de Jigsaw dans les films Décadence.
C’était ma dernière fois à vélo sans casque. Portez toujours un casque. Toujours.