C’est quoi l’affaire Jeffrey Epstein ?

Entre des histoires de présidents, de pédophilie et des théories du complot, cette saga n'a pas fini de faire parler…

Au début du mois de juillet, Jeffrey Epstein, riche homme d’affaires, a été arrêté pour trafic sexuel de mineurs. Un mois plus tard, le 10 août, on le retrouve mort dans sa cellule. 

La cause officielle du décès? Suicide par pendaison. 

Bon, c’est une histoire scabreuse, mais des riches qui se font pogner pis qui se suicident pour ne pas faire face au procès, ça doit être la première fois que ça arrive, non? Pourquoi ce tapage? 

C’est que Jeffrey Epstein est mort avant qu’on ait pu savoir à qui il fournissait des prostituées mineures. Et quand on sait qu’il comptait parmi ses amis proches Bill Clinton,  le prince Andrew et Donald Trump, disons que c’est assez pour partir des théories du complot. 

Alors, est-ce qu’il y a un fond de vérité dans tout ça? Jeffrey Epstein s’est-il vraiment suicidé? On se penche sur la question. 

C’est qui, Jeffrey?

Avant d’aller plus loin, ça vaut la peine de présenter le personnage principal de notre pièce de théâtre sordide. 

Jeffrey Epstein est un New-Yorkais pure laine qui a étudié les mathématiques, puis a travaillé dans une école secondaire. Dans les années 70, il a enseigné au fils du président d’une grande banque d’investissement, Bear Stearns, et a par le fait même débuté dans le monde de la finance. 

Il s’est donc mis à gérer les avoirs de riches clients, et il a connu assez de succès pour fonder sa propre firme, J. Epstein & Co. L’affaire bizarre, c’est qu’on ne lui connaît qu’un seul client, Leslie Wexner, l’homme derrière Victoria Secrets, mais malgré ça, il est devenu très, très riche. 

On ne lui connaît qu’un seul client, Leslie Wexner, l’homme derrière Victoria Secrets, mais malgré ça, il est devenu très, très riche. 

Quand t’es aussi riche, tu te fais des amis bien placés; il a développé des liens avec des gens du milieu du divertissement comme Kevin Spacey et Woody Allen, il est allé en vacances avec le Prince Andrew, et il était proche de Bill Clinton (il a notamment financé la campagne d’Hillary comme sénatrice) et de Donald Trump.

Des premières accusations

Bref, Jeffrey Epstein avait des amis partout, et il faisait bonne figure avec ses dons de millions pour la recherche scientifique, notamment sur le cancer et le sida. 

C’était donc la débandade quand en 2005, une femme a contacté la police parce que sa fille de 14 ans dit avoir été amenée chez Epstein, puis payée 300$ pour se déshabiller et se faire masser. 

En 2005, une femme a contacté la police parce que sa fille de 14 ans dit avoir été amenée chez Epstein, puis payée 300$ pour se déshabiller et se faire masser. 

La police a enquêté sur le sujet, et ils ont trouvé BEAUCOUP de preuves: 5 victimes présumées et 17 témoins qui ont permis d’établir que Jeffrey Epstein s’est souvent payé des escortes mineures. On a même trouvé des photos de jeunes filles dans sa maison.

Comme si ce n’était pas assez, il avait caché des caméras dans sa demeure pour filmer les rapports sexuels entre les mineures et ses invités, afin d’avoir des armes pour se défendre si quelqu’un décidait de parler. 

Curieusement, le procès qui s’en est suivi a été bâclé, et un seul chef d’accusation a été retenu, celui de sollicitation de prostitution. Epstein a plaidé coupable, et il a passé 13 mois en prison (mais il avait droit de sortir 6 jours sur 7 pour aller travailler; bref, il passait ses dimanches de congé en prison). 

De nouvelles accusations

À partir de 2008, les poursuites civiles à l’encontre d’Epstein se sont mises à pleuvoir. De nombreuses femmes ont accusé l’investisseur de les avoir payées pour des services sexuels alors qu’elles étaient mineures, ou de les avoir « vendues » à ses puissants amis.

Une femme a déposé une plainte devant un tribunal civil, accusant Jeffrey Epstein et Donald Trump de l’avoir séquestrée, battue malgré ses supplications, violée puis menacée physiquement, elle ainsi que sa famille. 

La plupart se sont réglées à l’amiable, mais un document de cour déclarait quand même qu’Epstein aurait été à la tête d’un réseau de prostitution juvénile qui fournissait des mineures à « d’éminents politiciens américains, puissants dirigeants d’entreprises, des présidents étrangers, un premier ministre bien connu, et d’autres dirigeants du monde ».

Ça vous rend-tu fier d’aller voter, ça?

En 2015, une Américaine a accusé Epstein de l’avoir utilisée comme esclave sexuelle, alors qu’elle était mineure, et de l’avoir couramment « prêtée » à ses amis, dont le prince Andrew. Elle a déclaré également avoir été battue à un point où elle craignait pour sa vie. 

Si je ne vous ai pas encore convaincu qu’Epstein n’était pas un type chouette, sachez qu’en 2016, pendant la campagne présidentielle américaine, une femme a déposé une plainte devant un tribunal civil, accusant Jeffrey Epstein et Donald Trump de l’avoir séquestrée, battue malgré ses supplications, violée puis menacée physiquement, elle ainsi que sa famille. 

Elle avait 13 ans. 

La dernière arrestation

Le 7 juillet, il a donc été arrêté une dernière fois (parce que t’sais, y’é mort), car il y avait de nouvelles victimes et de nouveaux témoins quant à ses activités de trafic de mineures. 

Les États-Unis étaient sur le qui-vive. Un nouveau procès, ça pouvait vouloir dire de nouveaux personnages accusés d’avoir « acheté » des mineures. 

Mais tout cela n’a jamais eu lieu, parce qu’il a été retrouvé mort un mois plus tard, le 10 août. 

Une mort louche

Évidemment, on comprend que les théories du complot se mettent à fuser de toute part. 

Qu’un homme qui s’apprête à passer devant la cour et à potentiellement déballer le nom de personnages puissants qui auraient été ses clients soit retrouvé mort, c’est un peu trop pratique pour les potentiels accusés. 

Après tout, si vous vous rappelez bien, on n’est pas certains de comment il a fait sa fortune, et certains croient que sa vraie business n’était pas l’investissement, mais plutôt la prostitution et le chantage d’hommes puissants.

Juste ça, ça suffirait à nourrir les esprits sceptiques. 

Mais l’affaire, c’est que ce n’est pas tout. 

Le procureur général William Barr a dénoncé « de graves irrégularités » et la sécurité inadéquate. Deux employés de la prison ont été suspendus, et le directeur de la prison a été muté.

Les deux gardiens qui surveillaient Epstein auraient en fait été endormis pendant la période où il se serait suicidé. 

Epstein aurait été laissé seul dans sa cellule, et ce même s’il avait fait une première tentative de suicide le 23. On avait décidé de mettre fin à la surveillance anti-suicide le 29. 

En plus, deux employés de la prison auraient falsifié les documents de la prison pour dire qu’ils avaient fait leurs rondes aux 30 minutes, ce qui n’était pas le cas. 

Les deux gardiens qui surveillaient Epstein auraient en fait été endormis pendant la période où il se serait suicidé. 

Autre fait étrange: l’un des gardiens assignés à Epstein ne devait pas travailler ce jour-là, mais il aurait demandé de faire des heures supplémentaires.

Complot, complot, complot! 

Les théories du complot surgissent de partout, et les conspirationnistes ont un allié de taille: Donald Trump. 

En effet, le président américain n’a pas pu s’empêcher de retweeter un internaute qui prétend que le suicide d’Epstein serait plutôt un complot de Bill Clinton qui l’aurait fait assassiner pour cacher son implication dans l’affaire. 

Moi, si j’étais Donald Trump et que je m’étais fait accuser d’avoir séquestré et battu, menacé et violé une mineure avec Epstein, je me tiendrais loin de tout ça, mais bon, c’est à lui la tête comme on dit. 

Oh, et le hashtag #TrumpBodyCount, c’est un hashtag utilisé par ses critiques qui veulent comptabiliser les morts attribuées au président (notamment les gens décédés à Puerto Rico), auxquelles certains voudraient ajouter la mort d’Epstein. 

En effet, certains croient que le commanditaire de l’assassinat (si assassinat il y a, ce qui n’est pas prouvé) ne serait pas Bill Clinton, mais bien le président lui-même. 

Certains vont plus loin, et accusent Trump et Clinton d’avoir conspiré ENSEMBLE pour faire assassiner Epstein. 

Rendu là, pourquoi pas? 

La vérité, peut-être qu’on va la savoir, parce que le procureur a promis de continuer son enquête, et le FBI enquête également. 

Même la France songerait à ouvrir une enquête, parce que de jeunes Françaises compteraient parmi les victimes d’Epstein. 

Mais bon, même si les autorités concluent qu’il s’agit vraiment d’un suicide, pensez-vous VRAIMENT que ça va calmer les conspirationnistes? 

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