C’est quoi être en quarantaine ?

Des malades mis en isolement racontent.

Chaque nouvelle épidémie amène son lot de gens placés en quarantaine, pour leur protection et surtout la nôtre.

On l’observe présentement en marge de l’éclosion du Conoravirus, qui met présentement toutes les autorités de la santé de la planète, ma maman et ma collègue Jasmine sur le gros nerf.

Au moment d’écrire ces lignes, trois cas seulement avaient été rapportés au Canada et cinq personnes ont été mises en quarantaine dans des hôpitaux du Québec.

Un scénario semblable s’était produit lors de l’épidémie du SRAS en 2003, idem pour le H1N1 en 2009, qui avait entrainé la mise en quarantaine d’un paquet de monde, y compris des détenus (#Inception). 

En dehors de ces épidémies ultra-médiatisées, on impose également des quarantaines pour des épisodes de gastro dans des résidences pour personnes âgées ou lors d’une infestation de punaises de lits dans certains centres de soins de longue durée. 

Ce recours récurent au confinement sanitaire m’amène alors à la question suivante : ça implique quoi concrètement être en quarantaine? (et BREAKING NEWS, ça ne signifie pas pantoute d’être isolé pendant 40 dodos.)

Pour le savoir, j’ai posé la question aux autorités en santé, mais aussi à des gens qui l’ont vécu.

De Grosse-Île à aujourd’hui

Mais d’abord, un brin d’histoire.

On placerait des gens, des animaux et même des végétaux à l’écart depuis le moyen-âge, dans le but d’empêcher la transmission de maladies contagieuses.

Cet isolement sanitaire visait à l’époque principalement les voyageurs et les marins, surtout dans ce contexte particulier nommé LA PESTE.

Même si le mot quarantaine suggère vigoureusement le mot «quarante», rien n’indique qu’on imposait systématiquement ce nombre de jours durant cette période de mise à l’écart.

Et si c’était vrai au départ, les progrès de la médecine semblent avoir drastiquement réduit cette échéance.

Aujourd’hui, la quarantaine se déroule dans les hôpitaux et même à la maison, en suivant un protocole précis.

Chez nous, la colonisation a été marquée par l’aménagement au milieu du 19e siècle d’une station de quarantaine à Grosse-Île, une île perdue au milieu du fleuve Saint-Laurent, où l’on isolait momentanément les nouveaux arrivants de la population locale.

Malheureusement, les nombreuses vagues d’immigrations massives n’ont pu empêcher des milliers de morts sur l’archipel, notamment à cause de la famine, du choléra ou des conditions sanitaires précaires. La station de quarantaine a été modernisée à la fin du 19e siècle, avant d’être fermée un peu avant la deuxième Grande Guerre. 

Aujourd’hui, la quarantaine se déroule dans les hôpitaux et même à la maison, en suivant un protocole précis.

C’est d’ailleurs le cas présentement, puisque les autorités chinoises ne peuvent que recommander l’isolement des expatriées canadiens qui ont visité la région de Wuhan, berceau désigné de l’épidémie. 

Le risque de transmission par avion demeure faible et aucun cas n’est encore détecté au Québec, même si l’Organisation mondiale de la santé a décrété l’état d’urgence internationale.

Mais pas de panique : le risque de transmission par avion demeure faible et aucun cas n’est encore détecté au Québec, même si l’Organisation mondiale de la santé a décrété l’état d’urgence internationale. Il y a quelques jours, la santé publique ontarienne déclarait qu’aucune quarantaine massive n’était prévue ici, comme c’est le cas en Chine, où l’on confine des villes deux fois plus populeuses que le Canada. 

En point de presse jeudi, le directeur national de la santé publique Horacio Arruda s’est fait rassurant, recommandant le bon vieux lavage de mains plutôt que l’utilisation inutile du masque.

J’ai voulu comprendre comment s’orchestrait la mécanique derrière le décret d’une quarantaine, le fameux protocole. J’ai sondé à ce sujet les ministères de la santé provincial et fédéral.

Les deux ministères semblaient débordés par la «crise» et n’ont pas été en mesure de me trouver quelqu’un pour me donner le cours Quarantaine101.

Pas de chance non plus du côté de l’Agence spatiale canadienne, où je voulais des détails sur la quarantaine imposée aux astronautes avant ET après chaque mission dans l’espace. 

Une porte-parole de Santé Canada m’a finalement envoyé un laconique lien menant à la Loi fédérale sur la mise en quarantaine

Ce petit guide pratique à l’usage des douaniers et autres employés fédéraux traite davantage des pouvoirs de chacun au contact de voyageurs soupçonnés de trimballer une maladie contagieuse dans leur bagage.

Rien hélas sur la quarantaine à proprement parler. Une liste de maladies à surveiller se trouve toutefois en annexe du document, sur laquelle figurent des maladies contemporaines, telles que la peste ou la variole.

Souvenirs romantiques de quarantaine

En attendant l’apocalypse (suivi de l’inévitable retour à l’âge de pierre),  j’ai récolté les témoignages de quelques personnes qui ont expérimenté la quarantaine.

Flavie Gauthier, elle, a vécu une étrange expérience après avoir chopé le H1N1. Tout avait débuté par une aventure d’un soir avec un collègue lors d’un congrès. « Le lendemain, je ne feelais vraiment pas. J’ai mis ça sur le compte de l’abus d’alcool et du manque de sommeil. J’avais jamais été malade de même de toute ma vie », raconte Flavie, qui s’était alors rendue dans une clinique près du chalet où elle avait prévu passer quelques jours. « À cause du H1N1, il y avait un protocole d’urgence. J’ai ri en voyant l’infirmière débarquer avec son gros suit. »

Flavie reçoit alors un diagnostic de H1N1, accompagné d’une consigne du médecin du genre : tu rentres chez toi et tu t’enfermes 4-5 jours sans contact avec d’autres humains.

« J’hallucinais des affaires, c’était l’exercice physique le plus intense de ma vie. Comme si j’avais été saoule naturellement pendant 4 jours. »

Le protocole stipulait également d’alerter l’employeur pour qu’il désinfecte son espace de travail.  « Je suis allée faire l’épicerie avec mon masque et je suis rentrée. J’ai respecté la quarantaine. Même aller faire pipi me demandait un effort insurmontable tellement j’étais fiévreuse et malade », se remémore Flavie, qui conserve paradoxalement des souvenirs mémorables de l’expérience.

« J’hallucinais des affaires, c’était l’exercice physique le plus intense de ma vie. Comme si j’avais été saoule naturellement pendant 4 jours. »

Flavie a finalement survécu et a repris une vie normale.

Elle n’a jamais pu prouver si sa maladie avait été transmise ou non par son amant d’un soir. Le mystère demeure total à ce jour. « Mais je garde un souvenir presque romantique de ma quarantaine », résume-t-elle en riant.

Isolée ET radioactive

Isabelle Rémillard n’avait pas le choix. Après avoir été traitée pour un cancer de la thyroïde, elle a dû subir un traitement à l’iode radioactif, forçant un isolement de quatre jours.

Comme elle n’a pas d’enfant et deux étages à la maison, elle a pu vivre sa quarantaine à domicile. « J’ai signé un papier où je m’engageais à ne pas sortir ou entrer en contact avec des gens. Je ne sais pas comment ils auraient su si je n’avais pas respecté les consignes », rigole Isabelle, qui a néanmoins pris l’exercice au sérieux. « Mon chum était en bas avec le chat et quand il entrait dans la même pièce que moi, je sortais », raconte cette enseignante.

En plus de l’isolement, Isabelle devait flusher la toilette deux fois lorsqu’elle faisait pipi, désinfecter sa vaisselle et laver sa literie. « Le traitement est très radioactif. Le médecin qui m’a apporté la pilule était dans une sorte de scaphandre », se rappelle-t-elle.

Netflix and quarantine

Geneviève Galipeau fracasse haut la main le record de temps passé en quarantaine : dix semaines.

« J’avais eu des complications après une chirurgie majeure il y a deux ans. Les médecins avaient détecté le staphylocoque (le SARM), une infection bactérienne ultra-résistante. Ils sont revenus dans la chambre avec leur kit de contagion », raconte Mme Galipeau, qui a enchainé les opérations depuis.

Elle a vécu son isolement dans une chambre du CHUM, où elle passait le temps comme elle le pouvait. « Vive Netflix! », lance Geneviève, qui s’est tapé la série The Crown en plus d’avoir beaucoup dessiné.

«C’était pas évident, mais je me suis fait des amis dans le personnel soignant, dont une préposée avec qui j’ai encore contact.»

Elle a trouvé pénible de ne presque pas voir ses deux garçons en bas âge durant cette longue période et recevoir peu de visites. « C’était pas évident, mais je me suis fait des amis dans le personnel soignant, dont une préposée avec qui j’ai encore contact », souligne-t-elle.

Morale : si jamais le coronavirus plonge le pays en quarantaine, tu peux toujours écouter Netflix en attendant que ça passe.

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