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C’est correct d’avoir une vie imparfaite
Dans le cadre de la présentation de la pièce L’art de vivre, URBANIA et le Théâtre PÀP s’unissent pour s’interroger sur ce qui caractérise réellement une vie réussie.
Quand vous faites défiler votre fil Instagram et que vous voyez les photos de Laurence à la plage, la nouvelle maison de Judith et le bébé de Sébastien, vous avez l’impression que vous avez raté votre vie?
Bon, j’exagère un peu, mais on a tous et toutes déjà eu l’impression que notre existence était loin d’être aussi parfaite que celle des autres…
À une ère où on ressent de plus en plus de pression de performer et de devenir quelqu’un, URBANIA souhaitait s’interroger sur une grande question existentielle : qu’est-ce qu’une vie réussie?
On vous propose trois témoignages de gens qui ont décidé qu’ils n’avaient pas besoin d’être des premiers de classe pour être fiers d’eux-mêmes et bien dans leur peau.
UNE DERNIÈRE DANSE
Jeffrey, aujourd’hui dans la trentaine, a pratiqué le ballroom dancing pendant 10 ans. À 18 ans, au moment de quitter son sport, il se préparait pour le championnat canadien. Au fil des années consacrées à cette discipline grandement axée sur le paraître et la subjectivité de ses juges, un esprit de compétition est né chez le jeune danseur. Et ça revient encore parfois, comme un vieux réflexe.
Bien qu’il travaille aujourd’hui en relation d’aide, il lui arrive encore de percevoir le succès des autres comme une menace pour sa propre réussite. « Je me demande : pourquoi, moi, je n’ai pas la même chose? Est-ce que j’aurais dû en faire plus? », confie-t-il.
S’il n’a pas quitté la danse en ayant conscience de toute la pression qu’il subissait, Jeffrey s’est rendu compte par la suite qu’il était content de son choix. « Je me souviens des commentaires des gens à propos d’un danseur qui avait mieux performé que moi, raconte-t-il. On faisait remarquer qu’il avait perdu du poids, et j’en concluais que c’était ce qu’il fallait faire pour arriver premier. »
«Plutôt que d’être aimé pour mes gestes et mes actions, je veux qu’on m’apprécie pour ce que je suis.»
Bien sûr, lorsqu’il aperçoit des amis danseurs qui réussissent, qui participent à Révolution ou à So You Think You Can Dance, par exemple, il se dit parfois qu’avec quelques efforts et sacrifices de plus, ça aurait pu être lui. Mais en même temps, il affirme ne pas vouloir de cette vie-là. « Sans enlever quoi que ce soit à ceux qui ont choisi cette voie, je pense qu’il y a plus que ça dans la vie, dit-il. J’ai envie de me construire une identité autrement. »
Aujourd’hui, s’il lui arrive encore d’être exigeant envers lui-même, il tente surtout de l’être sans dévaloriser les autres. « On est dans une société qui valorise le faire plutôt que l’être, souligne-t-il. Plutôt que d’être aimé pour mes gestes et mes actions, je veux qu’on m’apprécie pour ce que je suis. Être vrai, être bon et bien avec qui je suis, par exemple. Je veux aussi continuer de m’améliorer comme personne, mais à mon rythme. »
Ce qui le rend heureux et fier de lui, maintenant? Vivre des expériences et les savourer, simplement. Passer du temps avec ses ami.e.s et sa famille, partager un bon repas, faire du sport pour lui-même et non pas pour les autres.
SE CHOISIR POUR INSPIRER LES AUTRES
Quand Alexandra a compris que son travail n’était pas sa priorité, les choses ont rapidement changé pour elle.
Après des études secondaires dans une école privée, elle a décidé de poursuivre ses études en sciences de la nature, un programme choisi par elle et par tant d’autres non pas par passion, mais bien pour « s’ouvrir des portes ».
«J’étais en train de perdre qui j’étais parce que j’avais le nez dans mes livres, j’évacuais complètement mon côté social et ce qui m’importait vraiment.»
Au cégep, elle se sentait vivre à côté d’elle-même et a même fait une dépression. Pourtant, ses notes étaient bonnes, mais elle faisait de l’anxiété avant et après chacun de ses examens. « J’étais en train de perdre qui j’étais parce que j’avais le nez dans mes livres, j’évacuais complètement mon côté social et ce qui m’importait vraiment », résume-t-elle.
Au moment d’aller à l’université, Alexandra a pris un virage, a quitté les sciences et s’est dirigée à HEC Montréal, en administration. Elle s’est mise à aller mieux, s’est redécouverte et a pu développer son côté social au maximum, notamment grâce à la vie étudiante de l’université. Elle prenait l’école au sérieux, mais ce qui comptait vraiment pour elle, c’était ses amitiés, les voyages, les expériences.
Son arrivée dans le milieu du travail lui a fait revivre les mêmes émotions que le début de ses études postsecondaires. « J’ai commencé un emploi de vente sous pression loin de mes valeurs, explique-t-elle. J’ai accepté la job parce que c’était mon premier emploi après mes études et qu’on accepte un peu n’importe quoi pour aller chercher de l’expérience. »
Comment briser le cycle? Alexandra a fait des choix radicaux qui ont tout changé pour elle, et pour le mieux. Après le décès d’un ami, elle est partie neuf mois en voyage autour du monde, une expérience déterminante. À son retour, elle a demandé à son nouvel employeur de travailler quatre jours par semaine… sans diminution de salaire. « Pour moi, c’était ça ou rien : si ma boss n’acceptait pas, je m’en allais, affirme-t-elle. J’accepte d’avoir un travail derrière un ordi, OK, mais la vie, c’est plus que ça. »
Même si son entourage a parfois jugé cette demande d’Alexandra comme déraisonnable, la trentenaire ne regrette rien. Dans l’entreprise où elle se trouve maintenant, tout le monde travaille quatre jours par semaine. C’est elle qui a inspiré son équipe à ralentir la cadence, et pourtant, aucune baisse de productivité n’est constatée.
«C’est anti-performance, la maternité, et c’est parfait comme ça»
Aujourd’hui, Alexandra attend son premier enfant, et cette nouvelle expérience la confirme dans plusieurs des choix de vie qu’elle a faits jusqu’ici. « C’est anti-performance, la maternité, et c’est parfait comme ça, souligne-t-elle. Même si je voulais en faire plus, je ne peux pas, mon corps ne peut pas. Pour mon bébé, je n’ai pas le choix, je dois ralentir. »
Pourtant, quand elle a arrêté la contraception dans le but de tomber enceinte, le stress de performance est revenu à la course. « Pourquoi est-ce que moi, je n’y arrive pas tout de suite, qu’est-ce qui cloche? », se demandait-elle. Le stress qu’elle se mettait sur les épaules était si grand qu’elle a prié son entourage d’arrêter de lui demander constamment : « Pis là, es-tu enceinte? »
Selon elle, la clé pour réussir à sortir de nos patterns de performance, c’est le self-care, et s’entourer de gens qui nous inspirent à ralentir. Dans ses moments de doute, Alexandra se répète qu’au fond… tout est important, mais rien n’est grave.
LE 9 À 5, SI PIRE QUE ÇA?
Quand on passe son secondaire dans le programme international d’une école privée pour filles réputée, comme Anne-Audrey, on crée un rapport particulier avec la performance. « On exige de nous les meilleures notes pour rester dans le programme, et en échange, on nous dit que le monde est à nous et qu’on peut tout faire », résume-t-elle.
Contrairement à la plupart de ses camarades de classe, au moment de choisir son programme au cégep, Anne-Audrey s’est dirigée vers les arts. « Pour moi, ça a toujours été clair que je voulais étudier en théâtre, mais ce n’était pas un choix populaire », raconte-t-elle.
Avec le soutien de ses parents, la jeune femme a également poursuivi ses études en théâtre à l’université. Elle chérissait le rêve de faire de la mise en scène et de transformer le milieu du théâtre montréalais.
Anne-Audrey a passé sept années à tenter de s’y faire une place, mais le rythme effréné de ce milieu ne l’a pas convaincue. Elle était épuisée et vivait une insécurité financière constante qui l’empêchait de profiter pleinement des autres sphères de sa vie.
C’était devenu trop compliqué, il y avait trop d’embûches. Et elle avait accompli déjà plein de belles choses. Anne-Audrey s’était fixé comme objectif de voyager avec un spectacle à elle et c’était alors chose faite. Elle avait réussi, même si elle n’arrivait pas à aller plus loin.
«Le plus dur a été de me convaincre que je pouvais faire du travail de bureau de 9 à 5»
En paix avec elle-même, elle s’est alors tournée vers autre chose : elle est devenue travailleuse culturelle et appuie le travail d’une compagnie musicale depuis quelques années. Elle ressent une grande fierté en aidant d’autres artistes à faire ce qu’ils aiment.
« Le plus dur a été de me convaincre que je pouvais faire du travail de bureau de 9 à 5 », dit-elle. C’est un compromis à propos duquel elle n’est pas du tout amère aujourd’hui. Ce qui compte pour elle maintenant? Continuer d’évoluer et ne pas se sentir piégée dans un travail. Nul besoin d’être au sommet. Elle croit que tant qu’elle se sentira pertinente et appréciée, elle ne comptera jamais le nombre de dodos avant sa retraite.
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L’art de vivre, la première pièce de la jeune dramaturge Liliane Gougeon Moisan, explore toutes ces questions qui obsèdent notre époque : doit-on être performant.e dans toutes les sphères de notre vie? Existe-t-il une autre façon de faire? L’art de vivre expose les failles de notre système et les façons dont cette pression de réussite affecte nos vies de façon sournoise. Si les témoignages ci-dessus rejoignent certaines de vos préoccupations, il faut courir au théâtre pour poursuivre la réflexion!
Le Théâtre PÀP présente la pièce L’art de vivre sur la scène d’Espace Go du 1er au 18 septembre 2022. Apprenez-en plus et obtenez 20% de rabais sur l’achat de vos billets avec le code promo URBANIAXPAP juste ici!
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