« C’est comme quand le PQ a été élu pour la première fois ! » : qu’est-ce qui se passe en Corse ?

Les élections territoriales en Corse largement remportées par les nationalistes.

Vous connaissez sûrement la Corse, souvent surnommée l’ile de Beauté, qui se situe en Méditerranée entre la Côte d’Azur et l’Italie et qui fait partie des 18 régions françaises. Une île très éloignée du Québec et qui pourtant présente de nombreuses similitudes avec la Belle Province. Notamment son rapport avec la France comme le Québec avec le reste du Canada.

L’écrivain Jean-Jacques Rousseau avait déclaré à propos de la Corse : « J’ai quelque pressentiment qu’un jour cette petite île étonnera l’Europe »

Et bien ce jour, ç’a peut-être été le dimanche 10 décembre dernier, car depuis, il se passe une situation inédite en Corse. Suite à un vote démocratique pour élire ses dirigeants régionaux, c’est le parti nationaliste « Pè a Corsica » (Pour la Corse) qui a remporté une écrasante victoire.

En gros, c’est comme quand le Parti Québécois a été élu en 1976, pour la première fois depuis sa création. Bon. Beaucoup d’entre nous n’étaient pas nés en 76, mais si vous voulez avoir une idée de la réaction des Québécois à l’époque, on peut regarder la réaction des électeurs corses.

Depuis l’annonce des résultats, c’est la fête dans les rues de Bastia (ma ville d’origine) et partout ailleurs en Corse. Les gens chantent et les drapeaux s’agitent. Amis et famille, les messages et appels ne cessent d’affluer : « On a gagné! », « Vittoria! (Victoire!) », « On a réussi! », etc.

Mais alors pourquoi ce suffrage très « local » suscite-t-il donc autant d’intérêt et d’engouement au point que de nombreux médias à travers le monde comme le New York Times en parlent et que Paris s’inquiète?

Parce que, comme je l’ai dit plus haut, pour la première fois de son histoire, la majorité des Corses n’a pas voté pour un parti traditionnel de droite ou de gauche comme à l’accoutumée, mais pour le parti nationaliste « Pè a Corsica » mené par Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni. Celui-ci a massivement remporté l’élection avec plus de 56 % des voix, un score vraiment significatif et une victoire incontestable.

Le verdict est donc sans appel et le message envoyé à Paris d’autant plus fort. Ce ne sont pas que les militants ou les sympathisants qui ont voté en faveur de la liste de « Pè a Corsica ». Ce dimanche, c’est la voix d’un peuple qui s’est exprimée et en particulier celle de la jeunesse.

Ok, mais qu’est-ce que ça change?

Tout d’abord, il faut bien avoir conscience que le terme nationaliste fait référence à l’existence d’une nation corse. Un peuple doté d’une identité propre et forte et qui milite pour défendre sa culture, son histoire, ses espaces naturels et surtout la survie de sa langue « le corse » comme le font les Québécois avec le français.

Mais cette mouvance nationaliste se veut et s’est toujours placée à l’opposé de nombreux mouvements identitaires qui fleurissent un peu partout ailleurs et puisent leurs racines dans le repli sur soi, le sexisme, la xénophobie et toutes ces choses nauséabondes.

Depuis dimanche, c’est donc une Corse tournée vers l’avenir et ouverte sur l’Europe et le monde qui veut se construire. Une Corse consciente des enjeux modernes et qui en même temps veut renouer avec un passé et un héritage très riches : La Corse des Lumières (18e siècle), la Corse de Pascal Paoli.

Juste un peu d’histoire…

Pascal Paoli, grande figure de l’histoire de Corse, est considéré comme le fondateur et chef de la république de Corse indépendante qui dura de 1755 à 1769. Il est à l’origine de la rédaction d’une constitution corse qui sera la première constitution moderne et démocratique du monde occidental et qui inspirera par la suite la constitution des États-Unis! (Il n’existe pas moins de trois Paoli city aux USA). Celle-ci prévoyait notamment d’accorder le droit de vote aux étrangers et aux femmes soit pratiquement 200 ans avant que le gouvernement français ne fasse de même.

Autonomisme et indépendantisme

Si de nombreux médias ont pris le parti de faire la comparaison avec la Catalogne, la situation est sensiblement différente. Pour l’instant, la volonté des nouveaux dirigeants nationalistes n’est pas d’obtenir l’indépendance comme le réclame la Catalogne, mais plutôt d’acquérir un statut d’autonomie semblable à celui dont dispose déjà la région d’Espagne. En clair, la Corse veut pouvoir décider d’elle-même et de manière démocratique des réponses à apporter aux questions (écologiques, sociales, culturelles, etc.) qui concernent directement la société Corse. Pour l’instant, la question de l’indépendance reste selon les nouveaux élus un peu prématurés, car l’ile de Beauté se doit de se renforcer économiquement en nouant des liens forts et des partenariats avec différents pays comme l’Irlande, l’Italie ou le Canada (et le Québec en particulier) avant d’envisager une véritable indépendance.

Renouer le dialogue avec Paris

Au lendemain de cette élection, la priorité pour « Pè a Corsica » est d’installer un dialogue apaisé et démocratique avec le gouvernement français souvent fermé au débat. Et surtout, tourner le dos à quarante ans de conflits (des années 70 à nos jours) qui ont fait nombre de victimes et de prisonniers politiques au sein des familles corses.

La Corse, de par son insularité, est une région unique en France qui possède de nombreux atouts, mais aussi de nombreux inconvénients. Et au-delà de sa particularité géographique, la Corse c’est avant tout une identité, une culture, un peuple qui ne demande qu’à être reconnu en tant que tel.

Avec cette victoire démocratique, c’est un premier pas qui se fait dans cette direction, car comme on dit chez moi : « À Populu Fattu Bisogn´à Marchjà » Pour qu’un peuple se fasse, il a besoin de marcher!

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