Topher McCulloch

Que c’est ça le PUPPY PLAY ?

Avertissement : Pour lire ce billet, armez-vous d’ouverture d’esprit, laissez de côté vos préjugés et mettez-vous dans la tête d’un bébé chien.

À quoi ça pense un p’tit chien?

À rien, à être heureux, à jouer, à se faire flatter par son maître, à mâchouiller cette balle dans l’coin qui a l’air délicieuse, à “wow j’ai couru jusque dans cette pièce, j’me rappelle pu pourquoi, mais osti qu’chu content d’être là pareil.”

Ça l’air malade, être dans la tête d’un bébé chien. C’est tellement une situation enviable, que des gens en font un mode de vie et deviennent littéralement des bébés chiens.

Yep, c’est la merveilleuse communauté du Puppy Play. Et j’ai rencontré rien de moins que le grand gagnant du premier Pup Montreal, l’adorable Pup Dane. Adorable j’vous dis. J’avais envie de l’flatter tout le long de l’entrevue.

On a passé une heure ensemble sur la terrasse des Foufounes Électriques et il m’a révélé tous les secrets de cette communauté pas mal méconnue.

Pup Dane, c’est un charmant jeune homme de 25 ans originaire de la Nouvelle-Écosse. C’est un musicien et il travaille dans le domaine des communications, en ce moment au Festival Juste Pour Rire. Mais je dois avouer que je ne lui ai pas posé beaucoup de questions sur sa vie quotidienne, beaucoup trop fascinée que j’étais sur sa vie de puppy.

Évidemment j’y ai demandé qu’est-ce qui fait qu’un bon matin, tu t’lèves pis tu t’dis : “Me semble qu’esti qu’j’ai l’goût d’être un chien” pis que ça marche?

Aussi simple que : il a découvert ça sur internet, il a rencontré un gars sur un site de rencontre gay qui était un puppy, ils ont joué, ça l’a branché. Ce gars (son ex avec qui il est resté ami) lui a tout appris, comment servir, comment être soumis, comment être un bon puppy. Il n’est pas devenu un puppy, il a plutôt découvert qu’il en était un.

UN PEU D’HISTOIRE

Le Puppy Play s’inscrit dans la très grande catégorie du BDSM. À ce sujet, j’ai trouvé ce mémoire de maîtrise d’une diplômée en sexologie de l’UQÀM qui explique parfaitement l’essence des jeux de rôles dominant/soumis.

Pour Pup Dane, les concepts de hiérarchie stricte dans les relations (on parle d’hommes gays surtout) seraient nés vers les années 50, alors que les gays étaient généralement rejetés par la société et leur famille. Ils auraient créé cette hiérarchie pour rappeler un semblant de structure familiale, basée sur une dynamique de pouvoir sexuel. Il y a des maîtres, des “boy” et des esclaves qui sont extrêmement soumis. Le cuir est pas mal le symbole suprême du BDSM, mais avec le temps est née la communauté du rubber et celle de la fourrure aussi. Le Puppy Play émerge de ça, tout comme les autres jeux de rôles à partir de figure animale. Avec internet, depuis les 15 dernières années c’est devenu de plus en plus puppylaire (j’m’excuse).

Malgré que le puppy puisse être dominant envers d’autres puppy, qu’il puisse être un puppy “stray” comme Pup Dane (errant sans maître défini), il est généralement soumis. Il y a un protocole strict à suivre et des règles à respecter, mais le PP se veut plus souple et plus ludique que le BDSM en général.

OK, mais qu’est-ce que ça fait de jouer à ça, comment ça marche?

Pup Dane me parle du “headspace”. C’est une disposition d’esprit que je pourrais traduire par espace mental. Pour lui, c’est comme accéder à une partie de son cerveau où t’es juste un chien. Quand il est dans son espace mental, il ne pense à rien d’autre, c’est relaxant, comme faire du yoga. On pourrait comparer ça à la grotte de glace dans Fight Club.

Un espace libre de tous soucis quotidiens, sans monologue intérieur, où on fait le vide et où il ne passe rien d’autre que ce qui se passe là, là. Et là, là, tu peux t’rouler à terre si tu veux, tu peux licher la face de ton maître, tu peux sauter partout, on va te donner une gâterie si t’es gentil!

Pour Pup Dane qui se décrit comme quelqu’un d’anxieux, c’est thérapeutique.

Quand il arrive chez son maître, dès qu’il met le pied dans la maison, c’est un puppy. Il rentre tout de suite dans son espace mental et se met en position de recevoir des ordres. Il existe des gens qui sont puppy 24/24. Ils restent à la maison et dorment dans une cage. Mais Pup Dane est plus dans les relations interactives, pas de maitre défini, le puppying est une activité, même s’il m’avoue que s’il sort dans un bar avec des amis, on a qu’à lui gratter la nuque pour qu’il rentre dans son espace mental et que le puppy poppe. (Depuis qu’il m’a dit ça, j’me suis retenue à deux mains pour pas lui gratter la nuque, je regrette encore de pas l’avoir fait.)

SÉCURITÉ AVANT TOUT

Je lui ai demandé s’il y avait des “safe words” comme dans la communauté fétichiste et BDSM. Bien sûr que oui, mais ce qui est intéressant, c’est que les gens de ces communautés discutent toujours de leurs préférences AVANT de passer à l’acte. Ils établissent ensemble leurs limites personnelles, ce qui ne se fait pratiquement jamais dans les dates hétéronormatives. Les mots d’ordre sont le consentement et le respect. Bravo!

PUP MONTREAL

Je l’ignorais, mais à Montréal il y a plusieurs concours qui s’apparentent aux Beauty Pageant. Entre autres Mister Cuir et Mister Rubber. Et pour la première fois cette année, le Pup Montreal dont Pup Dane est le grand gagnant. Ça se passe à l’échelle internationale aussi et d’ailleurs, la communauté s’élargit.

De plus en plus de gens y adhèrent et pas nécessairement des hommes gays. On y retrouve des trans, des queer et des hétéros. Il y avait des femmes présentes au mondial de 2016 à Dallas! Le but est de choisir le meilleur représentant de la communauté. Pour ce, il doit passer en entrevue devant un jury, faire une performance publique style scène de fantaisie. Et on va le juger sur son équipement aussi, qui selon ses dires est très dispendieux et pas nécessaire pour accéder à l’espace mental.

Avant Pup Montréal, Pup Dane gardait sa vie de puppy plus privée, mais ce concours en a fait un porte-parole de la communauté et depuis, il souhaite organiser un évènement avec tous les puppy de Montréal, avec des ateliers d’informations, un genre de salon quoi, afin que tous ceux-ci puissent s’exprimer plus librement dans une communauté plus officielle. Il admet que ça peut être absurde pour beaucoup de gens et souhaiterait contribuer à démystifier le tout et démontrer qu’au final, c’est juste vraiment l’fun.

(Fun fact : ça fâche les puppy quand leurs maîtres parlent de leur “vrai chien”, ils préfèrent que ceux-ci disent leur “chien biologique”.)

Bref, je suis partie de là un peu excitée, je dois dire. Excitée, fascinée et avec une sale envie de flatter un chien.

Perso, je me demande si la même chose serait possible, mais avec des chats. Pup Dane m’a dit qu’il existe déjà des gens qui s’identifient comme des chats dans la communauté de la fourrure (Fandom Furry). Ok, mais dans l’optique érotique, j’imagine que les chats seraient les maîtres parce qu’un chat c’est pas très soumis. On s’est tous déjà dit : “J’aimerais tellement ça être un chat!” Ben voilà, on pourrait. Pis on appelerait ça “Pussy Play”.

J’ai toujours pas décidé si je serais un chat ou un maître, faut qu’j’y pense, m’en vas consulter mon inner pussy, un beau beubye à toi. xx

Pour lire un autre reportage sur le sexe : “Sexe au Moyen Âge : égouttement de l’âme et immunité libidinale”

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