Le centre d’achats du mois  : Place Bourassa

Au coin de Lacordaire et Henri-Bourassa règne un fleuron de la cité centenaire de Montréal-Nord. Forte d’une «atmosphère invitante, sécuritaire et familiale», tel qu’on peut le lire sur son attachant site web, la Place Bourassa fêtait l’an dernier son demi-siècle d’existence.

Toujours aussi retardés, nous avons profité de cette occasion manquée pour investir cet endroit aux recoins fortuits. Suivez-nous dans cette visite guidée ludique, menée par le troubadour Divan Viril, Nord-Montréalais d’origine et animateur de l’émission radiophonique CNUL.

En entrant, c’est COIFFURE GINO qui nous accueille. Ouvert en même temps que le centre d’achats qui le contient, celui qu’on surnomme amicalement «le pionnier de la place» offre des coupes de cheveux à 8$ aux membres de l’âge d’or le mercredi.

Une promotion à ne pas manquer.

Curieusement, tous les magasins à notre gauche sont fermés dans ce premier corridor. «On voit tout de suite que c’est un mall pour droitiers», analyse brièvement Divan Viril.

Excités, nous vivons un rêve incroyable lorsque nous croisons cette offrande de manèges de divertissement. Plaisir garanti.

En retournant dehors pour des raisons inconnues, nous arrivons nez à nez avec le restaurant le plus prisé au monde.

Chouchou du Guide Michelin, cet imparable endroit de gastronomie semble s’être enflé la tête avec ses prix exorbitants. Le café à 1.37$, ça va toujours, mais le trio bagel, fromage café à 345$, c’est exagéré.

Certains magasins ne semblent pas s’être forcés pour montrer à quoi ils servent. «Le blanchiment d’argent n’aura jamais eu aussi bon goût», lance notre guide, à brule-pourpoint.

Le passage qui mène aux toilettes pique notre curiosité. «On dirait une station orbitale deluxe.»

Chez les hommes, le vent urinaire se fait particulièrement relevé. «Je pense que Trump apprécierait», indique notre guide.

La vie est ainsi faite de paradoxes.

La vente trottoir bat son plein, et c’est la folie des aubaines à la Place Bourassa. Certains semblent toutefois avoir confondu «vente trottoir» et «toute câlisser son inventaire dans le corridor pour s’en débarrasser au plus criss».

Chez OGK, les soldes touchent précisément les marques urbaines bas de gamme dont personne n’a jamais entendu parler de sa vie.

C’est pas parce qu’on voit pas la marque que c’est plus beau.

Émerveillé, Divan Viril est passablement intrigué par le blouson rouge violacé en haut à gauche: «Ça, c’est malade. Tu te mets ça sur le dos, pis y a des gens qui viennent embrasser tes bagues.»

Quelques jours avant la vente trottoir, il aurait été intéressant d’aller filmer la gang d’employés du Urban Depot afin de voir à quel point ils pouvaient bien se câlisser du découpage de carton qu’ils étaient en train de faire.

On a rarement vu un mannequin aussi thug dans l’histoire de la vente de détail.

En gros, on veut forcer les clients à payer nu.

En plein milieu de la place, un kiosque aquatique attire l’attention grâce à son mystérieux concept et son infographie du tonnerre.

Trop intrigués, nous allons piquer une jasette avec le vendeur. De ce qu’on comprend, on tente de nous faire louer une espèce de grosse machine de purification d’eau qui, avec un recul plus ou moins exact, semble faire la même job inutile qu’un bon vieux Brita quinze fois plus petit.

Questionné à savoir combien une machine novatrice de la sorte peut coûter, le vendeur ne passe pas par quatre chemins: «Tu peux l’acheter d’une shot si ça te tente, mais ça va te coûter un bras… Nous, on propose un forfait à 30$ par mois. Après ça, si tout se passe bien au bout de cinq ans, la compagnie va t’appeler et va te faire une offre d’achat.»

Bref, un deal idéal pour ceux qui auraient envie de se ramasser avec un autre électroménager de la taille d’un lave-vaisselle en plein milieu de la cuisine.

Tout ça nous mène à découvrir un endroit secret: la boutique où s’habille la chanteuse multilingue Ima.

Voici ce que nous avons trouvé de plus beau à l’intérieur :

EN VEDETTE AUJOURD’HUI À LA PLACE BOURASSA… RIEN!

Ce spectacle dépourvu d’artifices semble toutefois plaire à cette spectatrice égayée.

Ne perdons pas une seconde de plus et pénétrons le Géant du dollar.

Au premier coup d’œil, le magasin semble avoir une forte rotation de stock, comme en témoigne ce bonbon de Noël encore disponible en grande quantité au début du mois de février. «Ça, c’est de la canne!» s’exclame Divan Viril. «Pour vrai, tu peux quasiment marcher avec.»

«Vrais» fruits.

Nous sommes dans un centre d’achats à Montréal-Nord, et il ne reste qu’un bandana rouge. Tirez vos propres conclusions.

Toujours pertinent d’utiliser un système de caméra 24 heures pour surveiller un commerce de cossins cheaps qui est ouvert environ 8 heures par jour.

On a beaucoup d’attentes envers ce magasin.

Il est en effet difficile de faire plus élégant qu’une bouteille de parfum à neuf piasses.

Et que dire de ce chapeau casquette aux oreilles cousinées?

Cela dit, nous voilà rendus au Yellow. Encore une fois, le magasin brille par son nombre de clients, toujours inférieurs au nombre de vendeuses qui chillent à la caisse. «C’est quand même fascinant de voir à quel point ils ont besoin de trois vendeuses ici», s’exclame notre guide. «On sait jamais… D’un coup qu’un huissier se pointerait.»

Après avoir connu un âge d’or de trois mois et demi durant l’été 2012, les magasins de vapoteuses utilisent désormais des techniques audacieuses pour faire croire aux passants qu’ils sont encore ouverts.

En se rendant à l’ineffable Canadian Tire, on se rend compte que beaucoup de génies ont des passes de stationnement intérieur.

«C’est toujours bon signe quand t’as plus de chars en démonstration que de magasins encore ouverts dans ton centre d’achats.»

Tous les gens qui ont déposé leur CV pour être préposé à l’accueil ici ont finalement démissionné en bloc car ils n’étaient pas capables de s’asseoir sur la chaise.

Une fois entrés dans notre magasin national, nous sommes ahuris devant tant de produits insoupçonnés.

Il est évident que cet oiseau cache plutôt mal son jeu.

Une boite en plastique remplie de vent, ça vaut au moins 12 piasses.

«C’est vrai que, dans vie, c’est toujours un bon départ de boire de l’eau.»

Affamés après autant de péripéties marchandes, nous entrons au faste Déli Bourassa. C’est là que nous apprenons avec stupéfaction que même les pâtes alimentaires peuvent avoir des bébés.

En se promenant, on constate que le gérant de la place a pas mal de misère à décrocher de la folie de Noël.

On constate aussi qu’il a une forte tendance à laisser trainer des objets de cuisine à des endroits inespérés. En témoigne cette pince de rechange accrochée au tuyau du lavabo de la salle de bain…

…ainsi que cette chaudière de mayo vide, soigneusement crissée sur le rack de vaisselle dans l’entrée.

Si le riz frit au smoked meat et l’assiette de brochette de porc sont d’une succulence conséquente, on ne peut pas en dire autant de ces desserts, bien installés dans ce comptoir intouché en 13 ans.

En suivant les bruits de système d’alarme automobile pour sortir au plus vite de ce divin centre commercial, nous repassons devant une horde de magasins au potentiel infini.

Voici notre top 3 coups de cœur :

Pour découvrir une autre visite de centre d’achats par Olivier Boisvert-Magnen: «Le centre d’achats du mois : le Centre Eaton».

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