Aux abords de l’autoroute Décarie et aux confins de la prestigieuse Côte Saint-Luc se cache un mystérieux Carré délabré, en partie laissé à l’abandon.
Ce repaire multiethnique a beau détonner des riches quartiers anglophones qu’il laisse entrevoir, il pique la curiosité par son imprévisibilité et ses immenses espaces vides. Visite guidée sélective de ce vacillant Carré Décarie.
À l’entrée, au rez-de-chaussée, le Carré a l’air à peu près d’un centre d’achats normal. Quelque peu défraîchi, oui, mais somme toute normal, avec ses colonnes blanches aux pentures rouges et son effort de verdure.
Rapidement, certains magasins attirent l’attention. Ne serait-ce que pour son nom distingué et sa somptueuse signature, cette grande designer intermondiale mérite une mention spéciale.
Digne représentant d’une époque où le multitasking règne, ce magasin fait trois affaires en même temps : nettoyer, doubler des clés et, surtout, altérer.
Ce qui manquait au Québec : un magasin qui fait de la protection d’enfants.
Malheureusement pour les investisseurs, le «Centre Médicale Décarie» est déjà loué.
Partir à l’aventure aux extrémités du Carré est un plaisir à expérimenter. Aperçu des endroits déserts du rez-de-chaussée :
Zoom sur la plante décorative qui, on le rappelle, s’attèle à décorer un couloir vide.
En mettant les pieds au deuxième étage, on comprend assez rapidement que la game vient de changer. Aucun magasin, juste un Centre d’emploi et une variété de bureaux sans grande résonance. Seul attrait : le reflet des néons qui fait shiner les murs blancs.
Descente furtive vers le sous-sol, là où on trouve les bijoux les plus sensationnels du Carré, à commencer par la boutique « la famille » qui, après maintes vérifications, ne vend que des vêtements pour femmes. Assez discriminatoire comme « famille ».
À ceux qui pensaient que tous les Sears du Québec étaient standardisés et faits sur le même frame, vous n’avez jamais mis les pieds ici.
Amateurs de souliers d’été pour femmes, oubliez ça pour cette année.
Malgré l’effort de traduction au moins à moitié fait, va falloir annoncer au Sears que le verbe «seperate» n’existe pas.
Tout comme le verbe «enelver».
Ces fameux tapis dangereux qui, lorsque vérifiés, peuvent blesser les gens.
Au cas où vous ne le saviez toujours pas, un système de télévision possède maintenant les capacités techniques pour surveiller un endroit.
Petit tour à l’extrémité du Carré niveau sous-sol. Un vide resplendissant.
Juste à côté se trouve un autre phénomène : le Bistro à Lina. Les nostalgiques de l’Hippodrome s’y donnent rendez-vous pour prendre des paris sur des courses de chevaux. Ça ressemble à la bourse, mais en mieux.
Pour terminer la visite, recueillons-nous devant cette fontaine d’eau décorative qui, vous l’aurez deviné, s’attèle à décorer un espace de repos vacant.
Contemplons également ce bureau avant-gardiste pour cardiologues futuristes.
Avez-vous envie d’aller y prendre un verre ?
Avez-vous envie d’aller y passer votre dimanche après-midi ?