Céli-lesbi

Céli-lesbi, ce n’est pas une catégorie de placements Desjardins !

Céli-lesbi, c’est une femme célibataire et lesbienne. Pas que ce soit une appellation officielle… Je viens de l’inventer, parce que j’adore les rimes, parce que je suis une poète. Poète et lesbienne de service: c’est moi.

Pendant ce doux mois de novembre 2016, l’équipe d’URBANIA a écrit sur le célibat de plusieurs façons. Je suis sortie de ma torpeur un beau mardi matin, réalisant qu’aucune perspective queer n’avait été abordée. Je suis donc allée jaser avec l’équipe de rédaction. Au nombre de questions qui m’ont été posées lors de notre mini-brainstorm, que ce soit sur mon célibat ou sur mon orientation sexuelle (ou l’intersection des deux!), je me suis dit que ça valait la peine d’écrire sur le sujet, ou du moins, de vous parler humblement de mon expérience personnelle de céli-lesbi.

Le hasard fait bien les choses: le jour suivant mon flash de rédaction de texte, j’avais une soirée prévue avec les filles de LSTW, qui lançaient leur premier magazine imprimé (pour lequel j’ai collaboré en écrivant un poème. Je vous l’ai déjà dit: poète et lesbienne, mes qualificatifs de base). J’ai donc pu sonder mes amies lesbiennes/queer/bisexuelles/pansexuelles/etc en leur demandant ce qu’elles pensaient du célibat. Consensus: elles me disent qu’elles ne voient pas de différence, que le célibat est mal perçu dans la société en général, qu’on soit lesbienne ou pas. Certes, je comprends, one love, nous sommes tous des êtres humains égaux. Mais j’ai envie d’avancer qu’on vit le célibat d’une façon différente quand on est une femme qui aime les femmes.

Tout d’abord, je crois bon de me pencher sur le cliché de la lesbienne qui U-Haul dès la deuxième date. Vous haussez les sourcils en lisant l’expression “U-Hauler”? Simple: c’est du jargon de lesbienne qui veut dire déménager ensemble rapidement. Ça peut aussi être une hyperbole voulant signifier: être vite en affaires. En effet, les lesbiennes ont la réputation de s’engager rapidement. Serait-ce pour correspondre au modèle papa-maman-enfants-chien-bbq-banlieue? C’est selon moi une hypothèse plausible. Ce modèle patriarcal étant bien ancré dans notre imaginaire collectif, il serait après tout logique qu’on œuvre à le reproduire dans nos vies personnelles, peu importe notre orientation sexuelle. Or, selon les amies avec qui j’ai parlé, la propension des lesbiennes à U-Hauler serait un mythe. C’est vrai que pas mal tout le monde, quand vient l’envie de se mettre en couple, est vite en affaires. Comme Audrey PM l’écrivait dans son article sur le célibat: et si nous n’étions que de pauvres femelles en proie à notre horloge biologique? Cette affreuse hypothèse affecterait donc toutes les personnes assignées femmes à la naissance?! Je refuse d’y croire. Aussi à considérer: quand on est queer, on se fait constamment dire qu’on va avoir « de la misère dans la vie », que ce soit lors du coming out ou dans diverses situations. Est-ce que cette idée aurait été enfoncée dans notre cerveau au point où l’on se mettrait (inconsciemment?) en couple pour montrer que nous sommes « normales », nous aussi? Ça ne me semble pas impossible.

Ce qui m’amène à vous parler de ma situation personnelle. Je suis officiellement célibataire depuis 3 ans. Gros party, je suis vraiment contente, puisque me séparer de mon ex a été une décision bénéfique. Depuis, j’ai vraiment vécu de belles rencontres. Récemment, après plusieurs fréquentations, j’en suis venue à me dire que j’aimais ça, juste « dater ». Je serais bien willing de faire ça pour le reste de ma vie. Oui oui: Céli-lesbi à vie (non, ce n’est pas une loterie… Quoique…). Quand on me demande si j’ai quelqu’un dans ma vie et que je réponds non, on prend souvent un air dévasté. On s’excuse. On me dit « T’inquiète pas, ça va venir ». Et si moi, ça ne me tente pas? Et si moi, je suis bien dans ma situation? Car je le suis, je le jure: vous pouvez arrêter de gémir d’indignation.

Je me suis rendu compte d’une chose: on associe souvent célibat avec abstinence, ou même avec asexualité et aromantisme. Or, ce n’est pas nécessairement le cas. Le contraire n’est pas non plus vrai: qu’un(e) célibataire est une bête de one nights. Comme dans toute chose, il y a un juste milieu. Bien sûr, beaucoup de facteurs entrent en jeu. Il faut admettre que le désir d’avoir des enfants pèse fort dans la balance, mais pour ma part, c’est un désir que je ne ressens point, que je ne ressentirai sans doute jamais, puisque je ne l’ai jamais ressenti à ce jour. Un stress de moins dans ma vie, youppi! Est-ce que ça veut dire que je n’ai pas envie d’avoir une personne à mes côtés pour me tenir compagnie? Pas du tout! Aussi en lien avec le long terme: on s’entend pour dire que j’ai de la misère à garder une seule et même job (vie de pigiste)… Comment pourrais-je alors imaginer garder une seule et même partenaire pour le restant de ma vie? Je pourrais même en vouloir plusieurs en même temps! Mais ça, c’est une autre histoire: ce n’est pas aujourd’hui que je vais aborder les relations polyamoureuses.

Bref, parler de célibat, c’est pas mal comme ouvrir une boîte de Pandore. Ça amène à parler de plein d’autres désirs, de valeurs, de modes de vie. Ce n’est malheureusement pas un one size fits all. Désolée d’arriver à une conclusion plate, mais c’est un peu comme pour toutes les questions d’ordre personnel: fais ta business, je ferai la mienne. Céli-lesbi ou céli tout court, c’est un choix qui ne regarde que la personne concernée.

Pour lire un autre texte de Marie Darsigny: « Depuis que j’ai travaillé pour un magazine à potins ».

Rédactrice, poète, artiste, féministe

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