Ce que les influenceurs ne veulent pas que vous sachiez

Un secret du métier raconté par un ancien blogueur.

En 2014, je suis sur le balcon avec ma femme. On boit de la bière. On parle. « Il faudrait bien qu’on explore plus souvent notre propre ville. »  Ainsi est né YULorama. YUL pour le code d’aéroport et — rama pour une vision d’ensemble. Un petit projet de couple.

De fil en aiguille, le projet a grandi. Dans ses années les plus actives, j’ai mis les pieds dans des évènements jetsets, j’ai mangé des choses que je n’aurais jamais pu commander dans des restaurants et j’ai bu de l’alcool gratuitement comme si j’étais une voiture à une station-service.

Je sais donc ce qui se passe derrière les stories Instagram tendances, et quelle est l’entente derrière les « Merci @RobinetCanada! Maintenant mon eau est encore meilleure pour ma santé! » et je vous raconte tout.

L’achat de likes et de trafic

La télé-réalité ne reflète pas toujours la réalité. Le web encore moins. On s’en doute. La retouche photo est plus accessible que jamais. On peut facilement retoucher nos photos avec des filtres Instagram et d’autres applications.

Maintenant, à l’ère des fake news, chaque chiffre sur un profil peut être truqué. On peut acheter des abonnés, des likes, des visites sur le site web et des mêmes des faux commentaires.

Ces services sont très polyvalents. Ils peuvent opérer sur Facebook, Twitter, Instagram et presque tous les autres réseaux sociaux. On peut même acheter des fausses critiques sur Amazon!

La façon de déceler les menteurs est assez simple : une personne ou un organisme avec un nombre élevé d’abonnés qui n’obtient qu’une poignée de réactions sur chaque publication, c’est louche. C’est presque comme si ses abonnés étaient des bots inactifs et non des vrais humains…!

Ce qui est assez insidieux, c’est la précision dans nos achats. J’ai fait l’exercice pour vous le prouver sur mon propre compte Instagram. En moyenne, mes publications obtiennent un peu plus que 50 likes (je fais ce que je peux!!!). Comme celle-ci :

Avec un peu plus de 1 300 abonnés, ça serait étrange qu’une publication ait le double de likes, mais je l’ai fait ici :

En cliquant sur la liste des 2 600 usagers à avoir fait un coeur, on peut déceler que quelque chose cloche dans la liste des noms :

Tant de personnes de l’Europe de l’Est qui ne parlent pas français ont aimé ma blague! Je suis international!

Le pire, c’est que c’est pas grave. Cette tricherie ne sera jamais pénalisée, parce que…

Les compagnies de relations publiques veulent bien paraître

Admettons que Fast Food Inc veut faire la promotion de son nouveau burger. Ce qu’elle va faire, c’est qu’elle va engager une compagnie de relations publiques (PR) qui s’occupera de propager le message de leur nouvelle campagne pour eux. Elle se chargera de trouver des mini porte-paroles ou comme on les appelle maintenant « des influenceurs ».

Ce que les compagnies de PR veulent, c’est de montrer des gros chiffres de rayonnement à leurs clients. Plus le message a eu une grosse portée, plus le client sera content, plus la compagnie sera crédible.

Ce que les compagnies de PR veulent, c’est de montrer des gros chiffres de rayonnement à leurs clients. Plus le message a eu une grosse portée, plus le client sera content, plus la compagnie sera crédible. Un peu comme un serveur qui croyait vous vendre du sanglier, mais qui réalise que finalement, c’est du porc qu’il y avait dans votre assiette, est-ce qu’il va vous le dire au moment ou vous allez payer le pourboire?

Cette relation blogueur/PR et PR/entreprises fait en sorte qu’on ne peut pas toujours croire ce qu’on lit parce que…

Il faut éviter de se mettre les compagnies de relations publiques à dos

L’affaire, c’est que la compagnie de PR n’a pas que Fast Food Inc dans ses clients, elle a aussi Hotel Nice Corp, Bidule Techno Intl, Voiture De Luxe Fantastique et autres entreprises alléchantes dans ses contacts.

Comme ça serait plaisant de pouvoir accéder à toute cette liste d’entreprises, on ne veut pas se faire barrer de la compagnie de PR. Donc, même si je sais que le service de Fast Food Inc est tellement lent que ma famille pense lancer une alerte de recherche, même si le nouveau burger de Fast Food Inc goûte la marde de chien marinée dans la pisse de chat, ma critique sera positive.

« Merci! Je passe un beau moment avec mes amis et le succulent nouveau burger de Fast Food Inc! »

Le pire, c’est que les influenceurs ont naturellement tendance à aimer leurs expériences. Pensez-y. Goûter à de la bouffe correcte, quand c’est gratuit, c’est bon. Lorsqu’on est payé pour être là, c’est savoureux. Mais quand on a payé 55 $ pour quelque chose de passable, c’est choquant.

Perdre par les règles

Il n’y a pas de noblesse sur internet. Une page avec des likes achetés fait plus big qu’une page avec un nombre honnête, mais bon.

Cette game était trop déplaisante pour nos valeurs. Par exemple, une collaboratrice avait écrit une critique défavorable d’un bistrot français qui n’avait rien d’un bistrot français. La fille du PR était choquée après nous, même après lui avoir dit que notre collaboratrice était elle-même une Française!

Gardez l’oeil ouvert et votre esprit critique affuté. Évidemment, les influenceurs ne sont pas tous des menteurs en train d’embellir la vérité.

Le temps nous a donné raison. Ce restaurant est aujourd’hui fermé. À la longue, notre refus d’entrer dans ces manigances a fait en sorte qu’on a simplement abandonné le projet. YULorama deviendra bientôt juste une page de ressources intemporelles pour les gens qui tombent dessus par des recherches Google.

Gardez l’oeil ouvert et votre esprit critique affuté. Évidemment, les influenceurs ne sont pas tous des menteurs en train d’embellir la vérité. Mais si vous, vous prenez 4-5 selfies avant de publier la meilleure pour vos amis et votre famille, imaginez combien ils doivent en prendre pour s’assurer de paraître parfaits devant leurs milliers d’abonnés et leurs clients.

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