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Ce que la science nous apprend sur le plaisir (et ce qu’elle déconstruit)
Ce n’est pas parce que vous n’êtes plus un enfant que vous devez arrêter de jouer (et d’avoir du plaisir)!

URBANIA et le Musée de la civilisation s’unissent pour parler de l’exposition Plaisirs, qui traite du plaisir en général, mais en explore aussi différents axes pour comprendre ce que ça veut dire, être heureux. Est-ce qu’il y a une recette? Et quelle est la différence entre plaisir et bonheur?
La recherche du plaisir apparaît parfois comme un aveu de paresse — comme si se lever à 10 h ou manger du gâteau pour déjeuner était moins noble que de cocher une autre tâche faite sur sa to-do list. Pourtant, le plaisir n’aime pas toujours être optimisé : il se cache parfois dans les détours, dans le jeu, dans l’inutile et dans tout ce qu’on a appris à considérer comme une perte de temps.
Et si on arrêtait de traiter le plaisir comme un caprice et qu’on le voyait plutôt comme un moteur humain puissant? Voici cinq mythes à déconstruire sur le plaisir, pour que vous puissiez enfin arrêter d’essayer de performer pendant vos moments de détente.
Mythe 1 : « Le plaisir, c’est un luxe. »
Le grand mythe, c’est de penser que le plaisir est la cerise sur le sundae. En réalité, c’est plutôt la recette. On prête souvent le mauvais rôle à la dopamine. Ce n’est pas l’hormone qui crée le plaisir, mais plutôt celle qui nous donne envie de courir après une récompense. Et une fois cette récompense obtenue? Rien ne garantit qu’elle nous fera réellement plaisir. Cette distinction ne veut pas dire que le plaisir est secondaire, bien au contraire. Manger, jouer, tomber en amour, apprendre, rire entre amis : si ces expériences sont agréables, c’est précisément parce que votre cerveau vous encourage à les reproduire. C’est le plaisir qui vous donne envie d’apprendre, de créer, de manger, de sortir de chez vous et de retourner vers les gens que vous aimez.
Mythe 2 : « Être adulte, c’est arrêter de jouer. »
« Qu’est-ce que tu fais, en tant qu’adulte, qui te ramène à l’enfance? »
J’avais déjà posé cette question à un garçon lors d’une première date. Il m’avait répondu qu’il n’y avait jamais réfléchi. Quelques mois plus tard, il m’a réécrit pour me dire qu’il y pensait encore. Normal : le jeu – qui, par définition, n’est pas censé avoir d’autres objectifs que le plaisir qu’il procure – n’était plus dans sa vie depuis des années. Pourtant, à tout âge, jouer reste une immense source de plaisir. Et peut-être même une définition du plaisir qu’on oublie en vieillissant : jouer peut même contribuer à votre niveau de bonheur. Une activité n’a pas à être productive, rentable ou utile pour mériter d’exister!
Je pense à mes matchs de soccer hebdomadaires avec ma gang de gars, ou à un dessert que je cuisine un mardi soir, sans qu’il y ait une occasion particulière. Ça me ramène à l’enfance, quand je m’engageais dans une activité sans autre but que ressentir le plaisir qu’elle me procurait. Pas pour rayer des phrases dans mon agenda. Juste parce que c’était agréable. Les recherches montrent d’ailleurs que le jeu stimule la curiosité, réduit le stress et renforce les liens sociaux, ce qui consolide l’idée que le plaisir n’a pas besoin d’être utile pour avoir de la valeur.
Mythe 3 : « Le plaisir doit être spontané. »
Vous imaginez souvent que le plaisir – particulièrement le plaisir sexuel – devrait apparaître en éclat, comme un fou rire? En réalité, le plaisir se cultive. C’est la raison pour laquelle ma psy me demande toujours d’avoir des événements excitants indiqués dans mon horaire. Le cerveau adore l’anticipation : attendre un événement, le préparer, en parler, tout cela active déjà les circuits de la récompense. Ce serait l’une des raisons pour lesquelles organiser un voyage procure parfois presque autant de plaisir que le voyage lui-même.
Le plaisir sexuel fonctionne souvent de façon similaire. Pour plusieurs personnes, l’anticipation et les rituels peuvent favoriser le désir, qui peut être plus lent à venir, à mesure que l’on prend le temps de se rapprocher. C’est un drôle d’oiseau, le plaisir : il ne vient pas seulement en coup de vent. Il se construit, émerge progressivement, et c’est à vous de créer un contexte propice pour l’accueillir.
Mythe 4 : « Les plaisirs coupables existent vraiment. »
Tous les plaisirs ne sont pas considérés à égalité quant à la qualité de la satisfaction qu’ils peuvent procurer ou à leur valeur morale. Selon le contexte socioculturel, l’Occident semble construire le plaisir sur des critères hiérarchiques, pour juger la valeur d’une activité culturelle par rapport au plaisir qu’on en a retiré. Alors que la consommation d’art, la pratique d’activités sportives ou le travail sont des domaines approuvés où peut surgir le plaisir, plusieurs autres sont considérés comme illégitimes – l’alcool et la sexualité, entre autres. Ce sont souvent les normes sociales mises en place autour de ce fameux plaisir qui créent ce sentiment de culpabilité, et non le plaisir lui-même.
Ce qu’il faut rappeler, c’est que le plaisir n’est pas une perte de temps. En se greffant à différents moments de votre semaine et dans différents contextes, il nourrit différents aspects de votre vie. Les plaisirs coupables, c’est d’aimer une toune quétaine ou manger un dessert trop sucré. Contrairement à ce qu’on pense, le plaisir n’est pas un luxe qu’on s’accorde une fois tout le reste accompli : il fait partie de ce qui nous permet de traverser le reste.
Mythe 5 : « Si quelque chose procure beaucoup de plaisir, c’est forcément mauvais. »
On associe souvent le plaisir intense à l’excès, au manque de contrôle ou même à une forme de faiblesse – si quelque chose vous procure trop de bonheur, il faudrait s’en méfier. Pourtant, l’intensité du plaisir ne détermine pas sa valeur. Un fou rire qui se termine par des larmes ou une expérience sexuelle épanouissante peuvent provoquer des sensations fortes sans être nuisibles.
L’enjeu n’est pas le plaisir, mais la place qu’il occupe dans votre vie, et c’est là qu’il est intéressant de parler de dépendance : quand on recherche ce plaisir au-dessus de notre capacité de choisir. Quand on souhaite qu’il prenne toute la place, tout le temps. Certains comportements peuvent alors détourner le système de récompense du cerveau en créant une envie difficile à contrôler. Mais cela ne signifie pas que toute expérience plaisante est une menace.
Le problème, ce n’est pas le plaisir. C’est quand il finit par prendre le volant : quand une seule chose monopolise toute votre attention au point de reléguer le reste au second plan. Là, on ne parle plus simplement de plaisir. Mais attention : ça ne veut pas dire que tout ce qui fait du bien est dangereux. Au fond, la question à vous poser n’est peut-être pas « Est-ce que je devrais me faire moins plaisir? », mais plutôt « Est-ce que ce plaisir ajoute quelque chose à ma vie? ». Si la réponse est oui, laissez tomber la culpabilité. Gardez le plaisir. ;)
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Si ces mythes vous ont donné envie de réfléchir autrement au plaisir, sachez que l’exposition Plaisirs du Musée de la civilisation vous propose de poursuivre l’expérience. Vous pouvez en savoir plus et réserver vos billets en cliquant ici.
