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Montage : Alice Bernier

Ce n’était (pas) qu’un rêve

La folle nuit où Céline est revenue. 

14 septembre 2026
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Photo fournie par l’auteure
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If I can’t run, I’ll walk. If I can’t walk, I’ll crawl, but I won’t stop.

Ces phrases, prononcées par une Céline Dion à la voix chevrotante dans le documentaire I am: Céline Dion, sorti en 2024, m’ont hantée longtemps.

Malgré sa gorge nouée, son souffle court, son visage enflé, ses larmes sur ses joues démaquillées, sa détresse n’avait d’égale que sa détermination. Après l’avoir vue subir une crise de spasmes liée au syndrome de la personne raide dont elle est atteinte, l’idée d’un retour semblait relever au mieux d’un miracle ou, au pire, d’un pur délire.

Finalement, c’était un peu des deux.

Certains ont foi en Dieu, d’autres en des cristaux ou en le pouvoir vibratoire d’un bracelet acheté à 112 $ sur Instagram. Moi, j’ai foi en Céline depuis que je suis haute de même. OK, c’est un peu fort, mais dans ce monde au bord du gouffre, on s’accroche à ce qu’on peut (et c’est moins cher).

Photo fournie par l’auteure
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Tout l’or des hommes ne vaut plus rien (pour acheter un billet)

Deux ans après la sortie du documentaire le plus vu de l’histoire de Prime Video, l’annonce du retour sur scène de Céline Dion a été accueillie par une vague d’euphorie collective. Comme si la Sainte Vierge venait de nous apparaître et exigeait qu’on vende un de nos reins pour que l’on honore sa présence.

Aussi absurde que ça puisse paraître, neuf millions de personnes étaient prêtes à le faire.

Par contre, il faut croire que le combat pour l’acquisition de billets les avait un peu fatigués, car au moment où elle est montée sur scène, l’accueil sobre que les fans réunis sur place ont réservé à leur idole n’était pas digne de la diva qu’elle est. Sans vouloir créer la bisbille, à Montréal, ça aurait été différent. On aurait hurlé, on aurait perdu notre voix pour solidifier la sienne, on l’aurait ovationnée pendant 25 minutes.

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All By Myself à chanter bonne fête

Je vais trop vite. Revenons quatre heures avant le show.

Devant la Plenitude Arena (oui, je suis arrivée quatre heures avant le spectacle, puisque j’étais plus nerveuse qu’à mon propre accouchement), quelques centaines d’irréductibles attendent devant le grillage comme des bêtes réparties sur un pâturage.

Derrière moi, une Québécoise porte fièrement un chandail disant : « Quand je bois, je suis Céline Dion », et me dit que ça lui donne un petit kick au karaoké quand vient le moment de chanter sa chanson préférée, Parler à mon père. Je l’avoue, je ne m’attendais pas à ce choix. Y me semble que quand je bois, je belt My Heart Will Go On, mais chacun sa toune.

À ma droite, Michel Drucker, l’animateur qui a fait « découvrir » Céline à la France, arrive de la façon la moins glamour qui soit en se faufilant sur le côté des grillages. Quelqu’un annonce que c’est son anniversaire. 84 ans. Je me mets à chanter « BON–NE FÊ-TE, MIIIIICHEL » en espérant partir un chœur et vivre un moment émouvant. Rien. C’est pas grave, je suis pas à une situation un peu awkward près dans ma vie.

Photo fournie par l’auteure
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Dans un autre monde, dans une autre vie

18 h pile, la sécurité nous dit d’avancer.

Plus que deux heures avant le show. Ça nous donne juste assez de temps, à ma collègue-mais-maintenant-chumme-depuis-qu’on-a-chanté-Sous-le-vent-au-karaoké-géant-organisé-par-la-ville-de-Paris-la-veille, Catherine Beauchamp (du 98,5 FM), de faire un détour par la table de merch.

Verre de bière, flûte à champagne, casquette, crewneck, porte-clé, tout ça à l’effigie de Céline, bien sûr. En littéralement une minute 22, j’ai sacrifié les REEE de mon fils en cadeaux. Tant pis, il ira à l’école de la vie !

L’excitation a bientôt raison de mon énergie. Affamées et 100 % influencées par les pancartes qui font des clins d’œil aux chansons de Céline (comme les sous-titres dans ce texte, vous l’aurez remarqué), Catherine et moi nous dirigeons vers les comptoirs de bouffe. « Encore un soir, encore un… burger », « All by yourself? Partage tes frites ! », « S’il suffisait… d’un cookie ». Qui a dit que l’IA finirait par nous remplacer ?

Photo fournie par l’auteure
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Le chroniqueur de La Presse Hugo Dumas vient nous rejoindre. On spécule sur la chanson avec laquelle Céline commencera. I’m alive? Non, certainement pas une pièce en anglais. Bonjour, Pardon, Merci ? Zzzzzzz On ne change pas ? Ce serait génial.

Bingo !

Après 50 minutes de retard pendant lesquelles on a collectivement retenu notre souffle, de peur que la plus grande chanteuse au monde n’annule son grand retour (hey, c’est mon texte, laissez-moi être subjective !), la diva est enfin arrivée sur scène par la grande fissure du décor brutaliste de Willo Perron. Impériale, elle avance dignement sur les premières notes de On ne change pas, jouées aux cordes. Elle nous sourit. Elle absorbe le moment. Moi aussi. Je pleure.

On ne change pas, mais un peu, quand même

Céline ne chante plus comme avant. Et c’est parfait comme ça. Elle a près de 50 ans de carrière derrière la ceinture. Elle souffre d’une maladie incurable. En pleine reconstruction, elle trouve quand même l’énergie et la force de performer devant nous. Sa voix est moins ronde, a moins d’amplitude qu’avant, mais est tout aussi agile et les émotions sont encore plus au rendez-vous, même sans les shall we go for it?

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De toute façon, elle nous a avertis que sa voix avait changé. Mais sa capacité de danser, elle, est intacte.

Pendant les interludes visuels, Céline nous présente ce qui ressemble à la bande-annonce de Dune 4. On la voit, un peu floue, sous un soleil plombant, traverser un désert. On a rapidement saisi l’analogie, mais celle-ci s’étire encore sur 2, 3, 4 autres vidéos. C’est aussi chaleureux que la fin du show, qui se termine sans rappel, et avec Céline qui nous dit simplement : « Soyez prudents ».

Photo fournie par l’auteure
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J’irai où tu iras, c’est à dire à l’after party

Le concert a beau être fini, je suis high on life et je retrouve ma personnalité d’animatrice de camp de vacances quand, à la sortie de la Plenitude Arena, le heureux hasard fait en sorte qu’on croise des gens des médias québécois qui chillent rarement ensemble. Je saute dans les bras de Tamara Alteresco, correspondante de Radio-Canada à Paris, qui est off duty et accompagne sa meilleure amie, Alexandra Diaz. Même si on ne se connaît pas (sur le coup, j’ai oublié), elle accepte cette marque d’affection démesurée qui perdurera jusqu’aux petites heures du matin.

À une heure du matin, après avoir pris un verre entre collègues, Alexandra, Tamara, Catherine et moi sautons dans un taxi vers le Pavillon Wagram, dans le 17e arrondissement.

Photo fournie par l’auteure « On salue notre chauffeur, Parviz Nowrozy, d’origine iranienne, qui nous a confié adorer Céline <3 »
Photo fournie par l’auteure
Photo fournie par l’auteure « On salue notre chauffeur, Parviz Nowrozy, d’origine iranienne, qui nous a confié adorer Céline <3 »
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On a des billets pour la fête CÉLINE IS EVERYTHING : AFTERSHOW, organisée par les Red Heads, des fans de Céline qui organisent des partys exclusifs post-concerts depuis plusieurs années.

Ici, je dois faire mon mea culpa, les ayant toujours trouvés un brin crinqués (avec égard) dans leur amour pour Céline. C’est du sérieux, les Red Heads, et même si j’adore Céline depuis que je suis née, je pense que parfois, il faut vivre cet amour avec un soupçon de second degré.

Photo fournie par l’auteure
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Sauf que quand je suis rentrée dans la salle et qu’on jouait I love you, la dixième piste de l’album Falling Into You (1997) que juste les vrais fans connaissent, j’ai su que j’avais trouvé my people. Pancarte avec la face de Céline à la main, on se dirige vers le (open) bar. Gin tonic double, petits pas de danse, mains dans les airs : en une chanson, on a plus bougé que Céline pendant l’entièreté de son show. J’hurle quand j’entends « Treeeeeeat her like a lady », ce à quoi Tamara me répond : « Voyons, pourquoi ils mettent pas que des tounes de Céline ? ». J’ai envie de l’envoyer au cachot, mais bon, j’imagine que, quand on travaille plusieurs années à Moscou, on finit par perdre des bouts.

Photo fournie par l’auteure. « Tamara Alteresco, complètement Céline. »
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Photo fournie par l’auteure. « Tamara Alteresco, complètement Céline. »
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Mon ironique peine de ne pas avoir entendu Bonjour, Pardon, Merci au concert s’estompe grâce à la prestation énergique d’une drag queen qui fait son entrée sur scène sur ce (faux) hit. L’énergie est exaltante et bienveillante.

Photo fournie par l’auteure
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La musique est bonne, on projette sur les murs des vidéos de Céline de différentes époques, des vestons prennent le bord. Il est 3 h 30 du matin, j’ai mal aux pieds, les gin tonics coulent à flots (OK, pas tant que ça, mais ça sonne bien), j’aimerais que la soirée ne s’arrête jamais. C’est alors que je me rappelle les sages paroles de Céline : « If I can’t dance, I’ll sway. If I can’t sway, I’ll sit, but I won’t stop. »

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En sortant des toilettes, je croise mon propre regard dans le miroir. Pendant un moment, j’aperçois l’ado que j’ai autrefois été. Elle est heureuse et n’en reviens pas de ce qu’elle vit. Elle qui a couru pour remettre une lettre à Céline au premier spectacle qu’elle a vu en 1999, elle qui a pris pour modèle le goofiness de Céline au moment de son coming-out, elle qui a tenté de devenir chanteuse pour émuler son idole, et qui a fini par se servir de sa voix autrement, en faisant de la radio, et qui emmène aujourd’hui des collègues de médias dont elle est la benjamine faire le party sur du Céline à Paris.

Toutes les facettes de sa personnalité semblent momentanément réunies pour vivre ces 24 heures un peu démentes, mais mémorables.

Tel est mon destin.

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