Benoît Tardif

Casser la croûte à travers le monde

Voici comment se vit la nostalgie culinaire ailleurs.

On se croit bien originaux avec nos pittoresques cantines de bord de route, mais partout, à travers le monde, on s’arrête entre deux villages pour déguster une spécialité locale qui possède généralement peu de qualités nutritives, mais un fort attrait émotif.

La tradition du méchoui en Tunisie

Même s’il n’est pas un grand amateur de viande, Houssein Ben-Ameur se fait un devoir de déguster un méchoui en bord de route avec ses amis en visite en Tunisie. « Ça fait clairement partie de l’expérience tunisienne, c’est notre folklore », dit-il. « Il y a des gens qui ont le rituel d’en fréquenter dès qu’ils sortent de la ville. Dans les centres urbains, on n’a pas le même accès aux barbecues ».

Comme nos casse-croûte patentés sur le bord de la 138, les méchouis, des barbecues improvisés à l’extérieur des villes, font l’objet de peu de sophistication. « On peut même pas appeler ça des restaurants. N’importe qui peut décider de faire un méchoui sur le bord d’une route secondaire. À certains endroits, on va en trouver trois ou quatre agglomérés ».

Certains méchouis vont pousser la note jusqu’à mettre les agneaux vivant en présentation, et les abattre devant les consommateurs. « Ce n’est pas toujours comme ça !, précise Houssein. C’est probablement du marketing pour attirer la clientèle », dit-il. En tout cas, ça offre un certain gage de fraîcheur !

Le réconfort des casetas en Colombie

Sophie Martin a vécu à Bogotá jusqu’à l’âge de 13 ans. Ses parents étant européens, ils cuisinaient à la maison et mangeaient rarement en ville, mais dès qu’ils en sortaient, ils aimaient s’arrêter dans les casetas, ces petits restaurants sommaires installés sur les bords des routes colombiennes. Sophie garde un excellent souvenir de ces lieux familiaux qui lui rappellent les vacances.

«C’est vite fait et c’est sympathique. Tu fais directement affaire avec le propriétaire du boui-boui.»

« C’est la seule offre alimentaire qu’on trouve sur la route, bien souvent. C’est vite fait et c’est sympathique. Tu fais directement affaire avec le propriétaire du boui-boui », se souvient-elle. « C’est de la nourriture réconfortante parce que c’est associé à des bons souvenirs. On y sert des classiques de nourriture de rue colombienne, comme les empanadas, les arepas ou les almojábanas, une sorte de beigne au fromage. Moi, ce que je préférais, c’était les maïs rôtis ».

Petits commerces familiaux d’une économie de subsistance, ces casetas sont peu contrôlées. « Au niveau de l’hygiène, c’est à la grâce de Dieu !, admet Sophie. Mais je ne suis jamais tombée malade. Peut-être parce que le charcoal tuait toute ! »

LE SOUVENIR DES MINES BOUILLIS DE L’ÎLE MAURICE

« Il y a une expression à l’île Maurice qui dit que c’est dans les vieux chaudrons qu’on fait la meilleure nourriture », explique Céline Momplé, qui a vécu sur cette île située au large de Madagascar jusqu’à l’âge de 25 ans. Et rien n’incarne mieux ce dicton que les mines bouillis, le nom qu’on donne non seulement à ce mets typiquement mauricien constitué de nouilles et de viande, mais aussi à l’établissement qui le sert.

Installée au cœur de l’océan Indien, l’île Maurice est riche d’un héritage culinaire africain, indien et asiatique, qui a aussi été influencé par des périodes de colonisation portugaise, française et anglaise. « On retrouve un peu toutes ces cultures dans les mines bouillis », explique Céline. « Ce ne sont pas des endroits très chics. Ce qu’on te sert est très laid, mais très authentique, et les saveurs sont incroyables », ajoute l’expatriée. À part cet étrange spaghetti drôlement accompagné, on y sert aussi des dahls pourris, une sorte de crêpe faite de lentilles dont on plaint la dénomination. « Ai-je besoin de mentionner que ce n’est pas très santé ? » précise Céline, tout en reconnaissant que les arrêts à des mines bouillis figurent parmi ses souvenirs d’enfance les plus marquants.

 

L’AUTHENTICITÉ DES MARCHANDES HAÏTIENNES

«Il s’agit de dames qui vendent toutes sortes d’affaires, comme des bananes pesées, des patates sucrées, des acras de morue et du pate kòde, une pâte dans laquelle on met du poulet ou du hareng.»

Au Québec, on connaît nos classiques haïtiens : riz collé, griot, pikliz, bananes pesées… (MIAM !) Mais pour Diandra Grandchamps, qui passe souvent ses vacances dans le pays de ses parents, la bouffe qu’on trouve sur les routes menant de Port-au-Prince à Cap-Haïtien n’a rien à voir avec ce qu’on mange au Méli-Mélo Néo Resto ou à La Bonne Bouffe Créole (BBC). « C’est cent fois meilleur sur place ! » assure-t-elle.

Ce qu’on connaît moins — et qui équivaut à nos casse-croûte de bord de route —, ce sont les marchandes. « Il s’agit de dames qui vendent toutes sortes d’affaires, comme des bananes pesées, des patates sucrées, des acras de morue et du pate kòde, une pâte dans laquelle on met du poulet ou du hareng. Le hareng, c’est ce qu’il y a de meilleur — oh my God ! » dit-elle en salivant.

Mais il y a aussi l’aspect émotif de la chose. « Avec mes parents, on arrêtait presque à chaque marchande pour les encourager ! Et c’est aussi le “trip” de manger sur la route. Tu peux pas autant “truster” l’eau et, souvent, ils récupèrent l’huile de cuisson, alors t’es toujours malade. Mais ça vaut la peine, parce que c’est vraiment bon ! »

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