Carnet de Gaspésie : Jour 3

Notre journaliste et chroniqueuse d’humeur chérie, Émilie Dubreuil, est partie une semaine en Gaspésie, pays du trou, des Fous de Bassan en céramique et moult autres belles choses, pour couvrir le Festival de Petite-Vallée.  Elle inaugure sa participation à notre nouveau site Internet avec ce magnifique carnet de voyage. Le Festival en chanson de Petite-Vallée amène chaque année son lot de dignitaires. Normal, puisqu’il s’agit d’un évènement subventionné en région. Ainsi, le président des Caisses Populaires remet un prix et fait un discours; le tout nouveau député libéral de Gaspé vient faire son tour sur le parvis de l’Église et serre des mains; même le député de Matane fait le voyage et met son veston et sa cravate pour se tremper dans un petit bain de foule, au milieu de ce nowhere frigorifiant, devenu l’espace d’une semaine le centre du monde artistique du Québec. Il a toute une bouille Monsieur le député de Matane : on y devine le visage de l’enfant espiègle qu’il devait être alors qu’il rêvait déjà de l’Assemblée Nationale. Il a le regard allumé, gris clair, pince sans rire et la politique dans l’ADN. À 34 ans, Pascal Bérubé a quelque chose d’un peu anachronique, l’idée qu’on se fait des députés de campagne d’une autre époque. Il connaît tout le monde par son p’tit nom, s’intéresse à Madame chose et à Monsieur Machin, les écoute attentivement, sincèrement. Un peu anachronique et, donc, attendrissant. Le député aime sa job : il travaille une centaine d’heures par semaine sans geindre et ça porte fruit: aux dernières élections provinciales, il a réussi à faire augmenter son score de 20 %. Anachronique un peu, mais, paradoxalement, résolument branché sur tout : musique, art, cinéma et, surtout, internet.  À la dernière élection, il a fait sortir le vote par Facebook, intéressant les jeunes de sa région politiquement apathiques à l’exercice démocratique.  Comme son comté est immense, une vingtaine de villages sur des centaines de kilomètres, son bureau de comté est ambulant. Il se promène donc de village en village, écoute ses concitoyens et essaie de trouver une solution à leurs problèmes parfois abracadabrant. Ici, on consulte son député pour une job, une contravention, une chicane de voisin, une chanson. Pascal Bérubé est Péquiste bleu foncé. Il croit à la souveraineté, il en rêve en regardant la mer (mais, si le mot existait, je parie qu’il serait d’abord «Gaspésiste»). Revenu dans sa région après l’avoir, comme tant de jeunes de la péninsule, désertée, il croit que la souveraineté passe d’abord et avant tout par l’occupation du territoire. En ce moment par exemple, il se bat pour la réouverture du service d’obstétrique de l’hôpital de Ste Anne des Monts, fermé depuis 18 mois : « Les gens pensent que la Gaspésie, c’est une belle carte postale, mais faut qu’elle vive cette carte postale. En ce moment, il n’y a pas juste une pénurie de médecins, on manque de dentistes et d’orthopédagogues, mais comment voulez-vous que des gens viennent s’installer chez nous s’ils n’ont pas de services de bases ? En haute Gaspésie, le cellulaire ne rentre pas, il y a encore des villages qui n’ont pas Internet…ça n’a aucun sens!» En attendant,  si au moins le député pouvait nous promettre un peu de beau temps…

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