Alessandro Grussu

Canadian rallye

Quand Rose-Aimée Automne T. Morin a choisi de me confier la rédaction d’un article sur l’image du Canada véhiculée à travers les guides de voyage étranger, j’ai songé qu’elle m’avait écrit par mégarde, souhaitant plutôt proposer ce précieux mandat à l’ex-ministre des Affaires étrangères Maxime Bernier. Erreur.

“Tu sais, Rose, je n’aime pas vraiment le sirop d’érable, j’ai appris cette semaine que Ryan Gosling n’était pas Américain, et je n’ai jamais cueilli la moindre cerise dans la vallée de l’Okanagan. Je ne suis peut-être pas assez Canadian pour la job…”

Ça n’a pas semblé poser problème, pour le peu que je sois prêt à fouiller. Et à force d’aboutir sur les sites touristiques des municipalités du pays, j’ai même réussi, en parallèle, à tracer le pèlerinage que voici pour me renforcir le John A. Macdonald.

1. Pêcher le brochet à Fort McMurray

“Parlez-moi d’un bon canard à la sauce pétrolière”, chantait François Pérusse. Il n’en fallait pas plus pour inspirer l’hôtel de ville de la romantique Fort McMurray. Décomplexée devant les chouchous touristiques albertains que sont Banff et Jasper, la capitale mondiale du sable bitumineux nous recommande sur son site Web une brochette complète d’activités plein air, couronnée par leur proposition de venir y pêcher le brochet. L’occasion idéale pour “se forer” l’identité canadienne.

2. Conter une joke à un garde royal d’Ottawa

Assister à la cérémonie de la relève de la garde sur la colline du Parlement canadien devrait logiquement être un incontournable pour ???. Mais il semble y avoir des Canadiens pour qui les sonorités mélodieuses d’une armée de cornemuses et le plaisir d’essayer de faire décrocher l’un des casse-noisettes participant à cette mascarade british ne représentent pas des attractifs suffisants pour visiter Ottawa. Honte à eux.

3. Siroter son “peaches and cream” à Niagara on the lake

Je parle par expérience. Il n’y a pas de meilleur endroit au Canada pour vivre un afternoon tea qu’à l’hôtel Prince of Wales. Accueilli en gentleman par un serveur digne de l’âge d’or du Grand Budapest Hotel, j’étais aux premières loges pour zieuter des habitués octogénaires beurrer des scones comme s’il n’y avait pas de lendemain. Avoir vingt-six ans, et enfin trouver son projet de retraite.

4. Faire copain-copain avec le homard de Shediac

Selon Tourisme Nouveau-Brunswick, le homard géant de 35 tonnes est l’attraction la plus photographiée de la province. Ne vous questionnez pas sur l’attention accordée aux autres richesses patrimoniales acadiennes, et allez serrer la pince de cette “somptueuse statue”, qui draine, bon an mal an, 300 000 touristes dans la ville de Shédiac. Les moins littéraux d’entre nous vont vouloir lui grimper su’a tête, et c’est ben correct aussi.

5. Terroriser un porcelet à Ste-Perpétue

Le Festival du cochon de Ste-Perpétue ne lésine pas avec les promesses, et encore moins avec les jeux de mots. « Tu vas en avoir pour ton bacon », nous assure-t-on sur leur site Web. (C’est à dire, pour à peu près vingt piastres.)  Et si le plaisir de voir du monde se garrocher sur un cochon dans une mare de boue constitue pour vous un plaisir renouvelable, pourquoi ne pas assister à tous les jours de festivité en vous gâtant de l’un de leurs fameux « passeporc » ? Personnellement, je ne manquerais pas ça pour tout lard du monde.

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