Sébastien Thibault

Conversation avec une Française heureuse au Canada

Sylvie Marquois Dandurand a trouvé son Graal au pied du mont Grand-Fonds, à Charlevoix.

Si certains Français vivent un choc en débarquant ici, d’autres sautent à pieds joints dans notre culture. Comme Sylvie Marquois Dandurand, une Vendéenne qui s’est créé, avec son mari, une vie plus quèb que quèb dans Charlevoix.

Quand on parle des Français au Québec, la fameuse cabane au Canada n’est jamais loin. Ce cliché forestier assumé, saupoudré d’effluves boisés d’épinette noire et d’une promesse d’un vrai retour à la nature au pays du sirop d’érable, en fait fantasmer plus d’un. Mais seuls quelques téméraires osent braver notre hiver et les armées de mouches à chevreuil l’été pour s’installer loin du Plateau, en région.

C’est le cas de Sylvie Marquois Dandurand, 53 ans, et de son mari, Christophe Dandurand, 55 ans. Après des années passées dans le marketing à Angers, en France, et 10 ans dans l’hôtellerie de luxe dans les Antilles françaises, ils ont trouvé leur Graal au pied du mont Grand-Fonds, à Charlevoix.

Ils avaient déjà arpenté notre belle province en touristes avant de trouver, en 2012, ce qui allait devenir leur refuge québécois : un chalet rustique au bord d’un lac, agrandi et aménagé dans le style « coureur des bois ». Fourrures, capteurs de rêves, skis et patins vintage, vieux poêle à bois, peau d’ours et modèle réduit d’hydravion au plafond du salon : aucun stéréotype n’est épargné. À l’extérieur, la nature en mode 360°, où on croise des chevaux, des outardes et des ours, et parfois des ratons laveurs à l’apéro.

Trop contents de leur chalet, ils en ont construit une vingtaine d’autres sur le même modèle, qu’ils louent à des vacanciers… principalement français. (Et aux leaders du G7 le temps d’un souper !)

D’OÙ VIENT VOTRE RÊVE DE CABANE AU CANADA ?

C’était un rêve de gamin de construire des cabanes dans les arbres, de jouer aux aventuriers, de vivre en osmose avec la nature… En France, les espaces sont beaucoup plus réduits. Et j’ai eu un coup de cœur pour Charlevoix. Quand on a trouvé notre cabane, quelque chose m’a dit : c’est là, c’est l’endroit que je cherchais depuis toujours.

QU’EST-CE QUE VOUS ÊTES VENUE CHERCHER AU QUÉBEC ?

Ici, je peux faire des centaines de kilomètres à motoneige, à cheval ou en traîneau à chiens sans rencontrer personne. Quand tu sors de ton chalet et que tu sens que la nature est plus forte que toi, c’est quelque chose ! Y a pas de clôtures ; c’est la liberté totale. On respire, on est en phase avec soi-même.

QUELS SONT VOS RAPPORTS AVEC LES QUÉBÉCOIS ?

On a des amis québécois, mais au début, on a eu du mal à s’intégrer et on n’était pas préparés à ça. Quand on arrive ici, on considère que c’est un pays cousin, mais c’est faux. C’est l’Amérique du Nord et ça n’a absolument rien de latin ! Les Québécois ne nous ont pas attendus, et il ne faut pas venir en colonisateurs. C’est vrai que les Français sont du genre à toujours vouloir avoir le dernier mot : « C’est comme ci ou comme ça qu’on fait en France… » Mais il faut enlever son costume de Français pour s’intégrer. C’est pas toujours évident quand tu as plus de 40 ans. La clé, c’est de s’ouvrir davantage à l’autre. D’ailleurs, quand je retourne en France, je ne me sens plus française. Je suis devenue un peu mutante, un mélange des deux cultures !

VOS CHALETS SEMBLENT SORTIS D’UN ÉPISODE DES PAYS D’EN HAUT. POURQUOI UNE DÉCO AUSSI FOLKLORIQUE ?

On fait beaucoup de brocantes. On aime réutiliser des accessoires qui ont déjà eu une première vie. On a une scie à glace vieille de 50 ou 100 ans qui fait 1,5 m de haut. Elle servait à couper des blocs de glace qui étaient placés dans une armoire pour conserver les produits au frais. La scie est accrochée au mur et quand les Québécois la voient, j’aime penser qu’on les amène un peu à renouer avec leur culture.

VOUS ASSISTEZ AUSSI À DES POW-WOW. QU’EST-CE QUI VOUS ATTIRE DANS LA CULTURE AUTOCHTONE ?

Il y a trois ans, on s’est mariés à cheval à Baie-Saint-Paul avec les Algonquins. Ils nous ont demandé : « Pourquoi voulez-vous faire ça, alors que vous êtes européens ? » Ils sont venus chez nous et ont vu qu’on vivait proches de la nature, des animaux et des choses simples de la vie, alors ils ont dit oui. La veille de la cérémonie, on a fait les rites de préparation dans la hutte à sudation, une tente avec un foyer central recouvert de sapin et de feuillage plus chaude qu’un sauna ! Le chaman nous a mis en transe avec ses prières. Quand on est sortis, il nous a dit : « Vous êtes prêts pour votre naissance ! » Et c’est vraiment une naissance. On est super zen et lavés de tout, comme une métaphore de notre nouvelle vie. Je crois qu’on est allés jusqu’au bout du bout, là !

C’EST PAS UN PEU CLICHÉ, LE MODE DE VIE QUE VOUS AVEZ CHOISI ? ON EST QUAND MÊME LOIN DE LA VIE DES QUÉBÉCOIS D’AUJOURD’HUI…

Ouais, peut-être que c’est cliché. D’ailleurs, les Québécois du coin nous disent souvent : « Arrêtez de nous voir avec la chemise de bûcheron, la hache et le bois rond… on n’est pas que ça ! » C’est vrai, mais c’est ce qui fait leurs racines. Et quand ils viennent nous voir, ça leur plaît. On a d’ailleurs de plus en plus de clients québécois.

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