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Ça fait 20 ans : le référendum, Stéphane Dion et des hémorroïdes

Entrevue avec le réalisateur Danic Champoux

Par
Rose-Aimée Automne T. Morin
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Le 30 octobre 1995, le réalisateur Danic Champoux (Autoportrait sans moi, Séances, Mom et moi) a voté pour la séparation du Québec. Il est depuis demeuré un souverainiste convaincu. Curieux de savoir s’il en est de même pour ceux qui l’entouraient à l’époque, il est allé voir de vieux amis et quelques nouvelles connaissances. Qu’est-il advenu du désir d’indépendance? Que s’est-il passé dans les deux dernières décennies? Peut-on se remettre de la défaite? Cette série de rencontres est au cœur de Ça fait 20 ans, un documentaire diffusé ce soir à 20 h sur les ondes d’ICI RDI.

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Ces temps-ci, Danic est souvent au bureau d’URBANIA. J’en ai profité pour lui poser quelques questions. Il en a profité pour me parler de référendum, de Stéphane Dion et d’hémorroïdes…

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D’où part ce film? C’était ton idée ou une commande?
Il y a deux ans, j’ai proposé un film sur les 20 ans du référendum à RDI. À la mi-août, on m’a demandé si je pouvais faire une version abrégée de ce que j’avais imaginé. J’ai hésité, mais j’ai fini par accepter. J’me suis dit : s’il y a des soldats canadiens qui sont prêts à aller à l’autre bout de la Terre et tuer des enfants au nom du drapeau canadien, j’dois ben être capable, moi, de faire un documentaire pour le Québec.

Câlice, Danic. Tu veux que j’écrive ça?
Ben, c’est ce qu’ils font. En tout cas. J’pas du genre, moi, à aller me battre au nom d’un drapeau.

Le ferais-tu pour un drapeau québécois?
Ça dépend qui m’envoie. J’irais pas me battre pour Péladeau.

Ferais-tu l’indépendance avec lui?
Je ferais l’indépendance avec n’importe qui, même avec le diable. J’pense que le seul avec qui je ne la ferais pas, c’est Stéphane Dion. Il est une coche au-dessus du diable.

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J’ai l’impression que c’est mal vu de vouloir l’indépendance. Le séparatiste québécois est-il un xénophobe?
Ça n’a aucun rapport et il faut se tenir loin de ça. On veut juste pas mourir trop vite. On veut juste pas s’éteindre, donc on se protège.

Mais des partis qui disent représenter l’indépendance (le Bloc et le PQ) ont récemment fait du millage sur des enjeux identitaires… C’est incroyable comme Drainville est l’un des plus grands ennemis que les séparatistes ont eus! Lui pis toute sa gang, parce qu’il n’est pas assez brillant pour avoir pensé à la charte tout seul. S’il pensait sincèrement créer des conditions gagnantes avec ça, faut vraiment qu’il arrête de faire de la politique! Pour moi, le séparatisme va bien plus loin qu’un conseil de trous de cul, d’anciens journalistes et d’anciens avocats. Ceux qui pensent que ça va disparaître à cause de Drainville et une charte, ils ont le nez ben trop collé sur les journaux. C’est pas tuable, ça.

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Tu le crois vraiment?
Mais oui! Attends qu’on ouvre le débat sur la langue. Si tu penses que tu vas arriver avec ton anglais à Sorel, à Trois-Rivières, à Sept-Îles… Ça va brasser! Il n’y a pas un peuple qui meurt de même, en épais. Pour moi, c’est inévitable : le Québec va être un pays.

Tu as jasé avec plein de monde pour ton docu, mais il n’y a qu’un intervenant qui a voté non en 1995. Tu n’as pas d’amis fédéralistes ou tu ne voulais pas leur donner la parole?
J’ai plus d’amis qui ont le sida que d’amis qui ont voté non. Sont où, les fédéralistes, à part sur les pancartes pendant les élections? Il n’y a personne qui rentre chez nous en disant “bonjour, je suis fédéraliste”… Remarque, je ne rentre pas chez le monde en disant “j’ai des hémorroïdes !” Les fédéralistes, j’sais pas sont où. Je les ai cherchés, sincèrement. Ils ne m’entourent juste pas.

Ton pèlerinage a-t-il finalement été thérapeutique ou frustrant?
Pour les gens de mon âge, le deuxième référendum est un grand traumatisme. Je trouve toujours ça choquant de replonger là-dedans parce que je sais qu’on s’est fait voler (que ce soit avec l’argent des grosses corporations qui ont violé des lois électorales ou par le vote d’étudiants illégaux, par exemple.). Ce que je trouve plate aujourd’hui, c’est d’entendre des gars comme Mario Dumont dire sur toutes les tribunes : “On a accusé réception de la volonté des Québécois.” Es-tu gelé, man? Es-tu un toxicomane? Comment tu peux dire une grossièreté pareille?

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À qui aimerais-tu montrer ton film?
Les fédéralistes, ça ne sert à rien. Sont boqués, y a rien à faire avec ça. J’aimerais ça que les souverainistes le regardent et que ça leur donne le goût de recommencer. C’est sûr que c’est l’histoire d’une défaite, mais j’essaie quand même de finir avec une note d’espoir.

Tu personnifies Justin Trudeau, à la fin du documentaire. Es-tu content de le voir au pouvoir?
Je savais qu’au lendemain du vote, on aurait un gouvernement fédéraliste. Ce n’était pas une grande nouvelle. Les dernières élections n’étaient pas un sondage sur la souveraineté non plus! Mais comme d’habitude, on nous rote quand même les mêmes niaiseries aux oreilles. À chaque fois qu’il y a une élection, on nous dit que l’option souverainiste est morte. Imagine si on disait que c’est la fin des fédéralistes chaque fois que le PQ prenait le pouvoir… On aurait l’air con! En tout cas, Trudeau ou un autre, ça m’est égal. C’est de la politique étrangère. Que les Allemands votent pour qui ils veulent, m’en crisse.

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On travaille dans le même bureau. Je sais que quand tu aimes les gens, tu les insultes. Est-ce qu’on peut dire que ça se transpose dans ton art?
Oh non. Les fédéralistes sont des ennemis idéologiques. Des gens que je méprise. Surtout les francophones fédéralistes. Tsé, si je me promène avec un chandail de Guy Turcotte, ça veut pas dire que je suis un tueur d’enfants, mais ça indique quand même que je suis un cave. Si j’ai une tuque du Canada sur la tête, ça veut dire deux affaires : soit j’ai manqué mes cours d’histoire, soit je fais exprès pour me faire haïr.

Câlice, Danic…
Quoi?

“Ça fait 20 ans” sera diffusé le jeudi 29 octobre à 20 h, dans le cadre des grands reportages de la chaîne ICI RDI.

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