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« Quand j’ai commencé à en parler, c’est devenu mon remède », confie Leo Nicholas, en parlant des agressions sexuelles qu’il aurait subies dans un pensionnat autochtone en Ontario, alors qu’il était enfant.
Il fait partie des survivants qui ont livré leur témoignage devant le Tribunal permanent des peuples (TPP) sur les enfants autochtones disparus et les sépultures anonymes au Canada, qui se tient à Montréal cette semaine.
Ce tribunal aux airs de procès de Nuremberg a pour but de se pencher sur la responsabilité du Canada quant aux crimes commis dans les pensionnats, ainsi que les stérilisations forcées et les traumatismes intergénérationnels encourus. Au terme d’une semaine d’audiences, les juges pourront déterminer si les actes commis contre les Autochtones constituent un génocide.
Bien que ses conclusions n’aient aucune portée juridique contraignante, le tribunal n’en est pas moins important pour les survivants et leurs descendants, qui le perçoivent comme essentiel pour raconter ce qu’ils ont subi.
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C’est à l’âge de 10 ans que Leo Nicholas a été séparé de sa famille et amené de force au Mohawk Institute, un pensionnat autochtone basé à Brantford, en Ontario. Actif de 1828 à 1970 et surnommé le « Mush Hole » en raison de la nourriture peu appétissante qui y était servie, l’endroit est largement connu pour les nombreux abus dont il aurait été le théâtre.
Leo Nicholas allègue y avoir été agressé sexuellement à répétition par un prêtre et un concierge sur une période d’environ un an et demi. « J’avais peur, je ne voulais pas en parler », relate-t-il, en entrevue avec URBANIA. « Alors, je me suis enfui. »
Un policier l’aurait alors interpellé, à qui il aurait raconté les abus auxquels il tentait d’échapper.
L’agent aurait ramené Leo Nicholas au pensionnat, et aurait confronté le révérend William Zimmerman (un personnage récurrent dans les histoires de survivants du Mohawk Institute) sur les sévices dénoncés par le garçon. Le révérend aurait répondu que Leo n’était qu’un menteur.
« Puis, le policier m’a regardé comme ça. C’est là que j’ai compris qu’il le croyait », dit Leo Nicholas. L’agent aurait alors quitté les lieux, laissant le jeune Leo derrière.
À peine l’agent parti, Zimmerman aurait baissé les pantalons du garçon pour lui infliger une série de coups violents, le laissant couvert d’ecchymoses. « Tu vois, personne ne va te croire, Leo, lui aurait-il dit. Alors, n’en parle à personne d’autre. Tu vois, tu l’as dit au policier, et il m’a cru. Ils vont toujours me croire. »
« Qui était censé me protéger ? demande Leo Nicholas. C’est [le policier] qui était censé le faire. Et il est reparti. […] Alors, je n’en ai parlé à personne d’autre, ni aux autorités ni à qui que ce soit d’autre, pas même à ma mère. »
Ç’a été le début d’un silence lourd à porter.
Les agressions subies au Mush Hole l’ont hanté pendant des décennies. « [Mes abuseurs] ont été continuellement dans ma tête pendant très, très longtemps », confie l’aîné.
Pour tenter d’anesthésier la douleur, il a plongé dans l’alcool (une dépendance dont il a éventuellement réussi à se défaire) et a flirté avec la criminalité. « Je ne m’aimais pas. J’ai essayé de m’enlever la vie à plusieurs reprises. »
Au-delà des traumatismes, Leo Nicholas a dû porter un autre fardeau. Après avoir entendu toute sa vie que les victimes d’agressions sexuelles deviennent inévitablement des agresseurs, il a fini par y croire. « C’est à ce point que ça m’a affecté. J’avais peur de faire la même chose à quelqu’un d’autre et de lui faire du mal aussi. »
Après s’être longtemps tu par rapport à son vécu au Mush Hole, Leo Nicholas a fini par en parler avec sa mère, puis à d’autres.
« J’ai commencé à nommer [mes abuseurs] et je me suis senti mieux à mesure que je prenais confiance en moi, poursuit-il. Ils m’avaient enlevé mon pouvoir. Je l’ai repris et je me le suis réapproprié. »
C’est précisément pour cela qu’il n’a pas hésité lorsqu’on lui a proposé de témoigner à Montréal. Pour lui, le Tribunal permanent des peuples est une tribune indispensable « parce qu’il permet de raconter la vérité ».
Techumse a été invité au TPP à titre d’ancien. Il a ouvert la journée de mardi en purifiant la salle d’audience et en livrant un bref discours. Bien qu’il n’ait lui-même jamais été interné dans un pensionnat, des membres de sa famille l’ont été.
Malgré que la Commission de vérité et réconciliation, active de 2008 à 2015, ait permis de lever le voile sur les impacts à l’échelle du Canada des pensionnats sur leurs survivants et leurs familles, l’Ontarien croit qu’on doit en faire plus. « C’est important que ces efforts se poursuivent. Qu’on ne s’arrête pas d’un coup et qu’on se dise : “Bon, c’est fini. On passe à autre chose.” »
« Je crois que c’est en racontant la vérité qu’on pourra ensuite arriver à la réconciliation. Après, nous aurons, je le pense, un meilleur Canada », ajoute-t-il.
La décision préliminaire du TPP sera rendue le vendredi 29 mai, et la décision finale, le 30 septembre prochain.
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