Bouffe des « States » : on teste la Fluff

Projet artistique ou produit alimentaire ? Hugo Mudie fait le point.

Hugo Mudie, inventeur de la pouzza (fusion entre la poutine et la pizza) et Grand-Duc du glutamate met son expertise au profit des lecteurs d’URBANIA dans cette série où il testera pour vous des produits dénichés dans les plus obscurs temples de la grignotine de niche made in USA. Voici BOUFFE DES STATES.

Cette semaine, il analyse un genre de pâte blanche qu’on est supposé tartiner en sandwich et qui s’appelle Fluff.

J’aime goûter à tout et y’a presque rien qui m’écœure. Même en tant que végétarien, je goûte aux saucisses et autres viandes en canisse ou en sachet weird que mes amis mangent devant moi. Malgré cette ouverture culinaire, je n’avais jamais osé essayer la Fluff. Cette « tartinade » qui se présente dans un pot de type « beurre de peanut » me semblait presque un produit humoristique que chaque humain se devait d’acheter une seule fois dans sa vie pour essayer ou pour faire une joke lors d’un enterrement de vie de garçon ou autre fête d’humiliation légère.

Je dois dire que j’ai à la base beaucoup de respect pour la direction artistique du produit. Logo, allure et couleur tout droit sortie des pubs les plus imbéciles des années » 50. Époque où les publicités pouvaient nous faire croire que les cigarettes donnaient du souffle. Comme projet artistique de pop art, je respecte énormément la Fluff. Mais est-ce que ça pouvait tenir la route en tant que produit alimentaire?

Ce Fluff donc, tartinade de marshmallow qui sert supposément à créer la Fluffernutter, ce sandwich pain blanc, beurre de peanut et Fluff est un must pour tout amateur de produit gastronomique qui pourrait se trouver en quincaillerie. En ouvrant le couvercle de plastique rouge du pot de plastique de la Fluff, je n’ai pu qu’avoir en tête un tout nouveau pot de peinture acrylique blanc que j’adorais ouvrir à une certaine époque pour faire des œuvres d’art qui à l’occasion payaient mon loyer. Je me suis depuis rendu compte que mon expertise gastronomique était un moyen beaucoup plus efficace et moins long de subvenir à mes besoins, sans l’humiliation de rester pogné avec une toile de 5 pieds par 8 pieds dans mon appart. Un texte non publié reste confortablement juché sur mon desktop, sans encombrer mon espace vital ou mon ego.

J’ai décidé d’enfoncer une cuillère dans la substance d’un blanc immaculé et j’ai tout de suite été surpris par la résistance de la texture. J’imaginais une douceur plus proche de la meringue, mais j’ai eu affaire à quelque chose qui se rapproche beaucoup plus de la guimauve (duh!) tout droit sortie d’un joli feu de camp au son plein d’espoir de crépitement printanier et d’Embarque ma belle.

 

En ouvrant le couvercle de plastique rouge du pot de plastique de la Fluff, je n’ai pu qu’avoir en tête un tout nouveau pot de peinture acrylique blanc que j’adorais ouvrir à une certaine époque pour faire des œuvres d’art qui à l’occasion payaient mon loyer.

J’ai décidé, avec un sentiment grandissant de défi, d’enfoncer la cuillère remplie au 1/3 de cette légendaire Fluff dans ma bouche. Comme je disais plus tôt, je ne suis pas facilement dégoûtable, mais j’ai ressenti un petit lever de cœur qui s’apparente à la vue d’un petit vomi sournois d’un de mes chats, retrouvé en plein milieu du corridor se rendant aux toilettes lors de mon parcours vers le premier pipi matinal. Après avoir avalé ma petite bouchée journalistique de faux jeune, j’me suis dit « pourquoi est-ce que ça existe ciboire? », mais en même temps « ahh peut-être que c’est moins pire mis en sandwich dans le Fluffernutter comme suggéré sur l’emballage »

J’ai donc sorti un bon vieux pain blanc d’Italianno acheté lors de ma dernière visite du dépanneur bancal de New Glasgow et j’ai appliqué la colle sucrée sur la surface d’un des pains non grillés (l’image ne semblait pas suggérer de rôtir le pain). Le produit tellement collant était extrêmement dur à tartiner et a pratiquement troué la tranche de gluten pur, comme le ferait un beurre trop dur directement sorti du fridge. De l’autre côté, sur l’autre tranche, j’ai tartiné le beurre de peanut, procédé qui s’est fait sans aucune anicroche. J’ai plaqué une moitié contre l’autre pour former ce que Lord Sandwich a appelé une sandwich lors d’un légendaire match de poker v’là un bloody boutte.

J’ai coupé le pain en deux pour créer 2 moitiés de sandwich et pendant une bonne dizaine de secondes, j’ai cru que par la magie de la mixologie, le Fluff prendrait tout son sens, mixé aux effluves classiques du pain blanc et du beurre d’arachide.

Juste avant de prendre ma première bouchée, j’ai offert une bouchée à ma fille Violette, 7 ans. Elle a refusé avec sa face maintenant classique de dégoût, la même qu’elle a présenté à Phil Brach lors de ses envolées lyriques sur les bienfaits du coloriage. J’étais tout seul dans mon calvaire. J’ai pris une bouchée…

 

L’existence même de ce produit me convainc de plus en plus que l’humanité est une erreur monumentale vouée à un retentissant échec d’autodestruction sanglante.

J’ai eu l’impression nette d’être dans une initiation de Pee Wee AA où on m’oblige à prendre une bouchée dans un vieux bâton de déo Old Spice qui vient d’être appliqué sous les aisselles de chaque membre de l’équipe de hockey après une pratique particulièrement axée sur le patin.

Pour la première fois de ma vie, excluant les lendemains de brosse et les épisodes de gastro, je n’ai pas réussi à prendre plus de deux bouchées d’un mets. L’existence même de ce produit me convainc de plus en plus que l’humanité est une erreur monumentale vouée à un retentissant échec d’autodestruction sanglante.

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