Catherine Legault

La bouffe congolaise de Bibi Ntumba

On a tous nos p’tites adresses quand vient le temps de proposer un endroit exotique où casser la croûte, qu’il s’agisse de soupe tonkinoise ou de poulet tandoori. Le Lab URBANIA tripe autant bouffe que vous et a décidé d’aller à la rencontre de ces propriétaires de restos d’ailleurs qui ont choisi de combler les appétits d’ici.

En tentant de m’orienter sur la rue Notre-Dame Ouest, je finis par repérer ce que je cherche : le restaurant me poppe en pleine face sous la forme d’une grande girafe jaune flash peinte sur le mur. Du bout de son museau, elle m’indique l’entrée.

“Va par là, tu trouveras Bibi Ntumba!”

Je suis pas le genre de fille à écouter les conseils d’une girafe, mais celle-là m’a guidée vers la propriétaire du Gracia Afrika; une femme à la résilience de feu.

Arrivée de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, en 1986, Bibi Ntumba a mis les pieds au Canada avec un projet en tête… et ce n’était pas celui d’ouvrir un restaurant.

“J’ai fait un bac en études commerciales et financières, dans l’idée de travailler un jour dans les ressources humaines”, m’explique-t-elle. Mais en 1999, sa vie prend un tournant inattendu. Bibi apprend qu’elle souffre de sérieux problèmes musculaires et dès lors, ses activités sont restreintes.

“Je me suis dit, je suis peut-être malade de corps, mais mon esprit marche encore. J’aime cuisiner : je vais cuisiner.”

Si Bibi Ntumba souffrait de douleurs musculaires, son parcours s’apparente ironiquement à une course à obstacles. “Pour faire court, c’est une longue histoire de mensonges”, soupire-t-elle. Des rénovations au compte-goutte, des organismes de subvention qui se désistent en cours de route, des gens qui disparaissent, argent en poche… Le portrait est loin d’être radieux.

Et pourtant, Bibi Ntumba l’est, radieuse.

Pendant qu’elle me raconte toute son épopée, je ne sens pas une once d’apitoiement ni de ressentiment. “J’ai inauguré en juin 2007 et les choses ont commencé à aller pour le mieux.”

Le nom Gracia Afrika est à l’image de son histoire. “Après toutes ces choses!”, s’exclame-t-elle. “Ça allait de soi. Gracia, c’est l’idée d’une action de grâce, une reconnaissance des bienfaits, malgré tout.”

À la fois dans les cuisines et dans la salle à manger, Bibi Ntumba prépare les plats et vient les porter à la table. Dans son petit restaurant, elle gère tout, seule employée de la place. Son fils et sa fille viennent parfois lui prêter main-forte.

Le fils de Bibi Ntumba apporte les dernières corrections au menu du jour.

Mais à courir entre les fourneaux, le service, la vaisselle… je me demande, comment elle y arrive. “Au Congo, j’ai appris en regardant ma mère faire la cuisine. On recevait souvent de nombreuses personnes, elle s’occupait de tout le monde. C’était très convivial! Ça fait partie de ma vie depuis toujours.”

Et de la voir aller et venir dans le restaurant rappelle justement cet aspect chaleureux d’être l’invité, en l’occurrence celui de Bibi.

On voudrait la convier à notre table, quelque part entre le plat principal et le dessert, le temps de jaser un peu.

Bibi Ntumba estime que la majeure partie de sa clientèle est composée de gens qui voyagent beaucoup et de jeunes curieux, attirés par l’agneau et la chèvre, grillés ou en sauce, qu’offre le menu. Les plus audacieux peuvent même tenter leur chance et demander à la propriétaire du Gracia Afrika des beignets… à la chenille!

“Je voulais les mettre sur le menu, parce que ça se mange au Congo, c’est connu. Je voulais même appeler le restaurant Bibi la Chenille! Mais on m’a découragée, de peur d’effrayer la clientèle”, me raconte-t-elle.

La bouffe congolaise, elle me la décrit savoureuse et copieuse : des assiettes de grillades qui débordent de légumes, des plats très rehaussés, où flottent des arômes d’ail, de gingembre et de lumba lumba – une plante qui s’apparente au basilic. “Je peux dire que c’est de la bonne nourriture, très saine”, assure Bibi. Le poulet aux arachides, très populaire au Congo, se retrouve plus salé que sucré, comparé à son homologue asiatique.

Ça peut sembler cliché, mais faire un tour au Gracia Afrika, c’est faire un tour chez Bibi Ntumba. Assise dans la salle à manger, je peux la voir dans les cuisines, s’affairer à assaisonner les plats qui embaument la pièce, donner les dernières touches avant de faire le tour du restaurant pour s’assurer qu’à chaque table, tout va pour le mieux. Bibi incarne cette idée de convivialité, et c’est beau à voir.

Je vous recommande donc de suivre la girafe. Celle du Gracia Afrika est de bon conseil, promis.

Pour lire un autre reportage du #LabURBANIA sur un restaurant ethnique de Montréal : “Comment le poulet au beurre est atterri sur Hochelag”

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