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BeReal, l’« anti-Instagram » qui perce au Québec

La nouvelle app de l'heure ne sera-t-elle qu'un feu de paille?

Par
Rafael Miro
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En plein milieu du souper, la moitié des cellulaires sonnent au même moment. Les gens se lèvent d’un coup et se dépêchent de prendre une photo, même s’il ne s’est rien passé de particulièrement excitant. « Tu connais BeReal? C’est la grosse affaire en ce moment. »

Si vous n’avez pas encore été témoin de ce genre de scène, cela ne saurait tarder. Cette application, déjà très populaire en France, est en train de prendre d’assaut le Québec, du moins si j’en crois la vitesse à laquelle BeReal s’est répandue dans mon entourage.

Le principe est assez simple. Une fois par jour, à un moment aléatoire, tous les utilisateurs et utilisatrices reçoivent en même temps une notification : ils ont alors deux minutes pour prendre en photo ce qu’ils sont en train de faire. L’application a la particularité de prendre deux photos simultanément, soit une de ce qui se trouve devant soi et une selfie.

Une fois qu’on a fait son propre post, on peut se mettre à zieuter ce que nos ami.e.s sont en train de faire, et leur envoyer des commentaires si l’on en a envie. Comme personne n’a le temps de se chixer ou de stager une activité intéressante, les gens se font prendre en flagrant délit d’étude, de travail ou de procrastination. Même quand la notification arrive en soirée, on se rend compte que le monde reste souvent chez eux, ben relax.

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L’« anti-Instagram »

« Ce que j’aime, c’est que ça ne vend pas du rêve comme Instagram ou Facebook », m’explique Sophie Desmeules, qui utilise l’application depuis deux semaines environ. « C’est le fun de voir que les gens ne sont pas tout le temps à Punta Cana ou au resto. Des fois, le monde reste étudier dans sa chambre, pis c’est correct. »

Ben oui, le jeudi à 20 h 53, c’est correct de pas tout le temps être sur Saint-Denis en train de célébrer.

«Ce que j’aime, c’est que ça ne vend pas du rêve comme Instagram ou Facebook.»

Beaucoup des gens que j’ai interrogés m’ont parlé de cette authenticité qui rendrait BeReal plus saine que les autres réseaux sociaux. Mais tout le monde ne partage pas cet avis. « Moi, j’ai gardé l’app sur mon cell pendant environ trois jours et je n’en ai retiré que du stress inutile », raconte Émilie Sinclair, pourtant habituée aux réseaux sociaux.

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D’après elle, sous le faux couvert de l’authenticité, la plupart des utilisateurs et utilisatrices ne résistent pas à l’envie de se mettre en scène au moment de faire leur BeReal. D’autant plus qu’il est possible, si on a manqué la notification, de publier sa photo après l’heure dite (elle est alors étiquetée comme un late, mais tout le monde peut la voir quand même). « C’est vrai que quand les gens postent des lates, on dirait souvent qu’ils ont attendu pour se montrer sous un meilleur jour », concède David Fortin, un autre utilisateur.

Sur leur site et dans divers médias, les concepteurs de BeReal se targuent d’avoir créé une application plus « vraie » et surtout plus saine que les réseaux sociaux déjà établis. Mais est-ce que c’est vraiment si différent?

Ce qui est certain, c’est que BeReal est loin d’être aussi chronophage que Facebook ou Instagram. Comme on peut seulement voir les publications qui ont été faites le jour même, ça prend à peu près cinq minutes pour faire le tour de l’application, tout dépendant du nombre d’ami.e.s que l’on a. Il n’y pas du tout d’influenceurs, puisqu’il est impossible de « suivre » des gens sans qu’eux aussi acceptent de voir notre contenu.

Sous le faux couvert de l’authenticité, la plupart des GENS ne résistent pas à l’envie de se mettre en scène au moment de faire leur BeReal.

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Il existe bien une fonction qui permet de voir les photos d’inconnus, un peu comme sur Instagram, mais il n’y a pas d’algorithme : ce sont des personnes choisies complètement au hasard. Du coup, ça devient vite assez redondant. « Des gens que je ne connais pas qui font des choses originales ou qui partent en voyage, comme sur Instagram, ça peut être intéressant. Des gens que je ne connais pas qui se brossent les dents ou qui font leurs devoirs, sincèrement, je m’en fous », m’explique Sophie.

Là pour rester?

Bonne idée ou pas, l’application se propage à toute vitesse : la plupart des gens à qui j’ai parlé pour cet article en avaient entendu parler pour la première fois dans le dernier mois, voire dans les derniers jours. C’est d’autant plus surprenant que l’application ne fait presque pas de publicité. « Ça se propage surtout par bouche à oreille. En quelques semaines, je sais pas combien de personnes m’ont demandé si j’avais BeReal. Au final, j’ai cédé et je l’ai installé », relate David Fortin.

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Le phénomène va-t-il durer? « Je pense que faire une photo par jour, c’est pas mal d’engagement à la longue. Clairement, les gens vont se tanner à un moment donné », prévoit Sophie. En tout cas, le phénomène commence déjà à s’étouffer en France, où l’application a connu une énorme popularité. « Ça a plus été un feu de paille qu’autre chose, c’est surtout en mai dernier et cet été que ça a vraiment marché », m’explique Quentin Lucas, un étudiant parisien. « Aujourd’hui, les gens l’utilisent encore un peu, mais bien moins qu’avant ».

« C’était le fun dans les premiers temps, parce qu’on découvrait ce que les autres faisaient, mais au final, il n’y a pas tant d’interactions que ça. Je pense que ça va passer », estime David Fortin.

Alors si vous voulez surfer sur la vague et savoir ce que vos chums font à 13 h 27 le mardi, vous devriez peut-être vous dépêcher : même ici, au Québec, la mode commence à s’essouffler chez ceux qui celles qui ont connu l’application en premier. Même que d’après mon frère Pablo, fraîchement sorti du secondaire, j’ai découvert BeReal un mois et demi trop tard pour pouvoir faire le frais. « Tu te crois encore cool, le vieux? » Bon, ok, j’ai compris.

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