.jpg)
Beatfaiseuse du mois : Ryan Playground
URBANIA Musique et Igloofest s’associent pour vous faire découvrir les talents d’ici.
Peu de gens le savent, mais le Québec regorge de beatmakers absolument incroyables. Ces forces tranquilles œuvrent malheureusement trop souvent dans l’ombre de l’Internet et de celui des rappeurs et rappeuses de la province. C’est donc pour vous faire découvrir ces talents cachés qu’URBANIA Musique vous présente sa série « beatfaiseur » qui, chaque mois, vous fera découvrir un producteur ainsi que ses titres préférés dans une playlist de son cru.
Ryan Playground propulse sa musique éclectique dans la scène électronique depuis déjà plusieurs années. D’abord introduite à la musique dès son jeune âge par ses parents, tous les deux musiciens classiques, elle suivra leur trace en se destinant à une carrière musicale. Multi-instrumentiste, parolière, productrice, compositrice et chanteuse aux influences multiples, Ryan Playground a réussi à créer une musique allant dans tous les sens et qui a fait sa marque au fil des années.
Celle qui est à la fois signée sur le label de Ryan Hemsworth et collaboratrice régulière de Robert Robert compte en plus deux albums à son actif, dont 16/17 qui fut lancé en septembre dernier. La musicienne se garde active, allant chercher l’émotion qu’elle veut chez ses auditeurs.
Impossible à mettre dans une case, à son grand plaisir d’ailleurs, la productrice s’est entretenue avec nous afin de revenir sur ses deux dernières années, pour nous parler de son prochain passage à Igloofest, en plus de nous glisser un mot sur ses futurs projets.
Comment la musique s’est imposée dans ta vie?
Je pense que ça vient majoritairement du fait que j’ai été élevée par deux parents musiciens donc j’ai grandi dans la musique. Ça m’intéressait vraiment et mes parents étaient vraiment ouverts à ça, alors ils m’ont spoiled avec une guitare et un drum autour de 5 ans.
Depuis ça n’a juste jamais arrêté.
Comment tu t’es intéressée au beatmaking?
C’est dur à dire exactement qu’est-ce qui m’a fait faire le switch… À la base je faisais de la guitare et du chant. Mais vers 14 ans, j’avais une amie qui s’est mise à me montrer du nouveau rap de cette époque-là. J’écoutais plein de Lil Wayne et tout ça, et je me suis intéressée aux beats derrière.
Donc j’ai downloadé Fruity Loop. C’est pas mal à partir de là que ç’a commencé.
Mais le rap et le hip-hop ça n’a jamais été mon monde, alors j’ai tranquillement remigré vers un son plus mélodique et émotionnel.
Donc même si c’est le hip-hop qui t’a menée au beatmaking, tu es plutôt revenue vers tes premiers amours musicaux?
J’ai toujours continué à écouter du hip-hop et du rap. Mais j’aime le hip-hop qui transcende la culture de base de ce style-là. J’aime ça quand ça va chercher un peu plus du punk, ou même le trance. Ça, ça vient vraiment me chercher, j’aime ça!
Si tes influences ne viennent pas du hip-hop pur, d’où viennent-elles alors?
Ce qui m’influençait le plus c’était beaucoup plus le pop-punk. Hier j’ai redécouvert un band que j’écoutais quand j’étais jeune qui s’appelle Flyleaf. Ça, c’est vraiment genre Avril Lavigne rencontre Evanescence. J’étais vraiment influencée par ses bands-là, très punk-mélodique à la Blink-182.
Après, je me suis mise plus à écouter de l’électronique-indie, comme Postal Service.
C’est drôle parce que quand j’écoutais ton album je trouvais qu’il y avait des chansons qui faisaient effectivement Avril Lavigne et j’osais même pas t’en parler. J’avais peur que ça te froisse haha!
Ah non pas du tout, moi je suis fière de ça haha.
Avec toutes ces influences-là qui sont très différentes, tu dois être un peu un ovni dans la scène des producers. Comment tu penses que les gens te perçoivent?
Je sais pas précisément comment le monde me voit. Ça m’arrive souvent de me faire comparer avec des bands, surtout avec Blink-182 parce que j’en ai parlé peut-être 100 millions de fois dans des entrevues haha. Mais c’est quelque chose que j’assume.
C’est ça que je veux en fait. Je veux pas être catégorisée ou quoi que ce soit. Ça se peut que mon dernier album sonne plus à la Sum 41. Je pense pas que c’est quelque chose qui est fixe. Ça va évoluer.
Tu produis, tu chantes, tu fais des DJ sets, tu composes : laquelle de toutes ces disciplines est la plus facile ou plus le fun pour toi?
C’est de commencer une chanson, avec ma guit ou faire un loop de drum. C’est vraiment ça que je préfère, le début de la composition.
C’est aussi toi qui écris tes textes, même si c’est un skill qui est différent de la composition musicale. Comment c’est pour toi l’écriture, est-ce que c’est facile?
C’est relativement facile, je pense que c’est juste une question d’habitude. Déjà très tôt, quand j’étais petite, je voulais toujours chanter par-dessus ce que je jouais. Quand je savais pas parler en anglais, quand j’avais 6-7 ans, je chantais en inventant un langage, quelque chose qui sonne comme l’anglais.
Et quand j’ai commencé à parler anglais et à savoir comment m’exprimer, j’ai tout de suite commencé à écrire des trucs. J’avais 11-12 ans dans ce temps-là.
Et comment ça se fait que l’anglais pour toi ce soit plus facile? C’pas une question à la Dead Obies sur le franglais, j’m’en fous de la langue que tu utilises dans tes tounes, je suis juste curieux haha.
C’est vraiment juste une question de sonorité, je pense. J’écoutais des trucs que j’aimais et qui m’inspiraient. J’avais envie que mes chansons sonnent comme la musique que j’aimais et ce que j’aimais c’était de la musique anglophone. C’est vraiment juste pour ça.
Et est-ce que des fois t’es tentée d’écrire dans d’autres langues?
J’ai des petites passes où je me dis que je devrais me mettre à chanter en français. Mais c’est vraiment étrange parce que j’ai comme un malaise à m’entendre chanter en français. Je pense que c’est juste une question d’habitude.
Je suis vraiment pas fermée à ça, je pense que ça va arriver un jour. Récemment, j’ai commencé à produire plus de musique 4/4 techno. Je pense que ça pourrait bien se prêter à quelques lignes francophones.
Ça ressemble à quoi un show de Ryan Playground?
Y a deux sortes de shows. Le show live où je performe mon nouvel album, quelques nouvelles chansons, des plus vieilles aussi. C’est vraiment plus sous forme guitare et voix.
Et t’as les DJ sets. Je voudrais pas vraiment dire que c’est « agressif », mais c’est plus comme du techno super hard. C’est vraiment deux mondes.
En gros, le DJ set c’est si tu veux te défouler et le show c’est si tu veux t’intérioriser.
Ta musique va au-delà de la musique électronique, y a du chant, des vrais instruments. Comment as-tu développé un son comme ça?
Ça faisait 5 ans que je produisais beaucoup et je découvrais encore les programmes avec lesquels je travaillais. J’avais encore mes guitares, mais elles restaient dans mon garde-robe. Un bon jour je me suis dit pourquoi pas les sortir et composer avec elles aussi?
J’ai aussi eu un regain de mes influences de l’époque emo-pop-punk.
Et ce serait quoi le son du futur de Ryan Playground?
Ouais ben c’est ça l’affaire… J’ai été pas mal à tous les pôles. Je pense que ça va toujours changer. Ces temps-ci ma source c’est vraiment la simplicité. Quelque chose de clean qui va aller chercher les émotions.
Ton dernier album s’appelle 16/17, pourquoi sentais-tu un besoin de revenir sur tes deux dernières années?
Cet album-là est terminé depuis le printemps 2017 en fait. Et il est sorti juste en septembre 2018… C’était un album qui était très personnel. Ça parlait beaucoup de ma relation passée, qui était à son apex dans ces deux années-là.
Je savais même pas comment l’appeler en fait… À l’été 2018, y avait même pas de titre encore. Je voulais l’appeler Somewhere in Between à cause de la dernière chanson qui est une pièce importante pour moi sur l’album. Mais j’ai réalisé que y a une fille qui faisait du pop-électro qui avait appelé son album comme ça aussi.. Fak je pouvais pas.
Mais je m’étais tellement mindée sur ce titre-là et cette signification-là que j’ai eu ben de la misère à trouver autre chose après.
Et quand cette relation-là s’est terminée, pour moi cet album-là est devenu un closure.J’ai référé à 16/17 parce que ces deux années-là ont été importantes pour cette relation-là.
Et ton album parle de cette période-là, une période qui est derrière toi. Après cette fin de relation là, as-tu été tentée de le modifier?
J’ai été tentée de le jeter en fait. J’avais pas envie de le sortir et c’est pour ça que ç’a été super long avant qu’il sorte. J’ai vraiment songé à juste le scrapper et repartir à nouveau.
D’où pourquoi quand il est sorti, même si j’étais excitée, je l’avais tellement déjà digéré et repensé et c’est pour ça que c’était plus un closure qu’une ouverture.
Ce qui est weird, parce que quand tu sors un album tu veux que ça soit une ouverture et que ça vive et tout. Fak c’est spécial comme situation cet album-là, mais je l’aime encore et je l’écoute en ne regrettant rien. Je suis contente qu’il fasse son chemin tranquillement.
Mais toi, tu tournes la page au même moment où la vie de cet album-là commence. Comment tu vis ça? Par exemple, quand tu interprètes tes chansons en live?
C’est sûr que c’est weird. Y a des chansons que je vais toujours aimer performer, tandis que d’autres que j’ai moins d’intérêt. Je pense qu’avec le temps je vais adapter mon live set pour y glisser une couple de nouvelles chansons aussi, histoire de rester motivée et de me réinventer avec cet album-là.
Sur l’album tu as aussi une collaboration avec Lontalius, qui vient quand même de la Nouvelle-Zélande. Comment vous êtes-vous rencontrés exactement?
On s’est rencontrés quand il était de passage à Montréal pour le Red Bull Music Academy. Il connaissait bien Ryan Hemsworth qui est un de mes bons amis et je lui avais écrit pour qu’on aille prendre un verre ensemble à son passage en ville. Et on a vraiment cliqué, ce qui m’a pas étonné vu que j’aimais sa musique et qu’elle vient vraiment me chercher.
Ç’a vraiment été facile et naturel.
C’est comment performer à Igloofest?
La première fois que j’ai joué là, c’était en 2014, et je niaise même pas, c’était la journée la plus froide qu’y a eu ever à Igloofest. Moi je m’étais fait un outfit pour que ce soit beau, avec un manteau de fourrure pis toute. Mais il était pas très gros et je gelais. Et mon ordi a gelé, ça faisait 15 minutes que je jouais et mon ordi a planté. J’avais un Maschine dans ce temps-là et lui aussi a gelé, pus utilisable.
Je capotais un peu parce que c’était ma première fois. Mais finalement j’ai des amis qui m’ont amené une lampe chauffante pour mon laptop, qui a réussi à rouvrir. Mais par contre, ça a fait fondre une couple de touches de mon clavier.
Et cette année, ça va ressembler à quoi?
Je vais rester fidèle à ce que je joue pas mal ces temps-ci, c’est-à-dire du gros techno, avec quelques remix que j’ai fait de mon album et des nouvelles chansons que je vais sortir éventuellement.
Émotionnelle-techno.
Aller chercher l’émotion c’est important pour toi?
Oui parce que je suis pas mal… je voudrais pas dire nostalgique… mais quand je suis le plus inspirée c’est quand je vis des moments émotifs forts, positifs ou négatifs. Je pense que c’est ça que j’essaie d’aller chercher dans mes sets : me faire revivre ça et au public aussi.
Finalement, quels sont tes futurs projets pour 2019?
Je vais sortir une chanson sur un label qui s’appelle Young Hearts, le label de TOKiMONSTA. Elle faisait une compilation et je sors une chanson là-dessus qui introduit ma nouvelle direction.
Sinon je vais aussi sortir une chanson sur 99 Circa, le label Boston Bun, encore dans le style emo-house.
J’ai aussi trois projets qui pourraient être complétés : un plus en guitare-voix, l’autre plus techno et un autre plus electro dans le style que je faisais plus avant.
Je vais essayer d’organiser tout ça pour avoir une année bien chargée.
En terminant, nous avons demandé à l’artiste de nous créer une playlist de ses chansons du moment. Voici donc la sélection de notre beatfaiseuse du mois, Ryan Playground.
*******
Ryan Playground sera de passage à Igloofest le 31 janvier 2019. Pour plus d’infos sur le festival le plus froid au monde, c’est ici.