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Battre une joggeuse

Dans un monde parfait, il ne devrait pas y avoir de code de déontologie pour battre quelqu’un.

3 juillet 2012
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On devrait toujours simplement s’abstenir de battre quelqu’un. C’est tout. Mais depuis toujours, on a convenu qu’il était légitime de battre quelqu’un qui essaie de nous battre, pour des raisons logiques d’autodéfense, et qu’il ne fallait pas battre une fille.

Quelques luttes féministes plus tard, l’humanité a remplacé dans son code de déontologie tacite de la violence le mot «femme» par l’expression «personne plus vulnérable que soit». Ainsi, il a été convenu par la majorité des humains qu’il était lâche d’asséner des coups à quelqu’un qui porte des lunettes, à un enfant, à un nain, à un chien ou au petit Jérémy par exemple.

En tant que fille pas forte du tout, je me suis toujours sentie protégée d’une certaine façon par cette règle. Pas toujours, mais au moins quand je passais devant un groupe de machos menaçants. Des machos menaçants, c’est menaçant parce que c’est plus musclé que toi et que ça peut te réduire en miettes comme ça, mais comme c’est macho, fier et en groupe, ça ne te touche pas parce que battre une fille pas forte, c’est le contraire de viril.

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Évidemment, la règle ne tient pas toujours. Sinon, ça serait la paix dans le monde. Elle ne tient surtout pas dans les coins sombres et isolés, où des aspirants au titre d’homme le plus fort de la planète se pratiquent sur de petits humains avant de pouvoir montrer leurs prouesses à égaux ou plus forts qu’eux. Je pense qu’on appelle ça le taxage.

Il y a aussi le cas des fous. Personnellement, les fous, ceux qui parlent seuls, ceux qui ont un comportement étrange dans le métro, qui fixent le plancher ou qui crient sans raison sont ceux qui me font le plus peur. Même lorsque leur comportement n’est pas violent mais juste spécial. Dans ma tête, si t’as pas assez de jugement pour éviter d’avoir l’air fou, tu peux de façon assez imprévisible manquer assez de jugement pour battre quelqu’un qui ne le mérite pas ou mettre à exécution ton plan de faire exploser la pire menace de la planète : le petit bip quand tu ouvres la porte du frigo à bière au dépanneur, très certainement de connivence avec la GRC.

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Malheureusement, les fous sont exclus de tout code de déontologie. Il faut accepter que cette menace gratuite existe. Qu’à tout moment, quelqu’un de pas encore diagnostiqué fou peut l’échapper et devenir une menace pour tout ceux qui ont le malheur de croiser son chemin.

Si ça n’avait pas été le cas, j’aurais proposé un autre point au code de déontologie de la violence : interdit de battre quelqu’un qui fait son jogging, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Battre quelqu’un qui fait son jogging, c’est comme battre un bénévole, une grand-mère, un prix Nobel de la paix ou Marie-Maude Denis. Bref, c’est battre quelqu’un qui est en train de faire le bien, pour soi bien sûr, mais indirectement aussi pour toute la société. C’est battre quelqu’un qui fait un effort pour être mieux dans sa peau et mieux disposé à être une meilleure personne pour les autres, et toi qui a zéro but dans la vie à part battre les gens gratuitement tu viens gâcher ça. Tu viens gâcher aussi la paix d’esprit de tous ces gens qui ont décidé de donner un sens à leur vie en prenant leur santé en main et qui dorénavant courront avec un seul écouteur à l’oreille et éviteront les passages sombres et isolés afin de ne pas se faire battre par en arrière.

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Mais les fous sont encore plus exclus du code de déontologie que les mauvais humains.


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