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Baromètre: le projet sonore qui vous permet d’écouter les conversations d’inconnu.e.s

Tendre l'oreille comme si vous étiez au café, dans un bar, dans le métro...

Par
Laïma A. Gérald
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Une des choses qui me manquent le plus depuis un an, c’est de flâner dans les lieux publics. Prendre mon temps dans les allées de l’épicerie et regarder ce que les gens mettent dans leurs paniers. Attendre une amie, assise au bar, et écouter discrètement les gens en date à côté de moi. Lire dans un café et surprendre une conversation croustillante entre un groupe de gens à la table d’à côté. Bouquiner dans les librairies et tendre l’oreille.

Depuis le début de la pandémie, les endroits publics sont devenus pas mal plus utilitaires: tu rentres, tu fais ce que tu as à faire, tu sors. Plus de raison de prendre son temps, d’écouter les discussions des inconnus, d’exister dans les cafés, les bars, les restos sans but précis.

Si vous avez le même craving que moi, le projet Baromètre vous donnera l’impression de vivre à l’époque pré-mars 2020, le temps de quelques minutes, avant que tout bascule.

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Baromètre est une création de Daria Marchenko, photojournaliste, artiste numérique et entrepreneure, diffusée par La Fabrique culturelle.

Daria, depuis plusieurs années, tu travailles à la création de Baromètre. De quoi s’agit-il?

Baromètre, c’est un portrait sonore de Montréal, qui est composé de bribes de conversations privées captées dans des bars. Quand les gens vont sur la plateforme, ils ont accès à une liste de sujets, classés par hashtag, comme #MeToo, #BodyPositive ou #Amour et ils peuvent écouter des extraits de vraies conversations, que j’ai enregistrées au fil du temps.

«Baromètre, c’est un portrait sonore de Montréal, qui est composé de bribes de conversations privées captées dans des bars.»

À la base, mon équipe et moi, on travaillait sur la conception d’une expérience immersive et interactive de réalité virtuelle 360 accessible via un casque VR (réalité virtuelle), mais à cause de la COVID, on a décidé de commencer par lancer une version numérique. Comme ça, le projet peut commencer à circuler et les gens peuvent y avoir accès de la maison.

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Comment as-tu eu cette idée?

«Pour moi, l’identité et l’esprit d’une culture se situent vraiment dans les conversations de tous les jours.»

Je suis originaire de Russie, j’ai vécu un peu en France, et quand je suis arrivée à Montréal, j’ai pris conscience d’à quel point, d’un pays à l’autre, les codes de communication sont différents. Par exemple, en Russie, c’est commun de poser une question plusieurs fois, quand on offre quelque chose à quelqu’un. Si je te propose du thé, tu vas me dire non par politesse. Je vais t’en offrir une deuxième fois, tu vas encore refuser. Je vais t’en proposer une troisième fois et c’est là que tu vas me dire oui. Au Québec, si on te dit non une fois, tu ne vas pas reproposer. Dans d’autres cultures, c’est très impoli de dire non quand on nous offre quelque chose.

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Ce sont des exemples anecdotiques, mais j’ai eu envie de réfléchir à tous ces codes qu’on tient pour acquis de manière intuitive dans sa propre culture, et qui dépassent les mots et même le langage corporel.

Donc pour moi, l’identité et l’esprit d’une culture se situent vraiment dans les conversations plus ou moins anecdotiques, de tous les jours. C’est ce que j’ai voulu encapsuler et diffuser. Comme si je voulais réussir à définir l’identité de Montréal, ma ville d’accueil, à travers les discussions et la facture sonore des lieux.

Comment as-tu procédé pour amasser des bribes de conversation?

Je veux préciser que les gens qui se sont livrés savent qu’ils sont enregistrés. Tout le monde est consentant! En fait, j’ai réuni des gens dans un bar, autour d’une bière, et j’ai conçu un jeu de cartes avec des sujets, comme #Rupture, #Dating ou #Coïncidences, par exemple. Le but des cartes était de donner des points de départ aux gens. Quand on ne sait pas de quoi parler et qu’on a conscience qu’on est enregistrés, ça peut être intimidant donc les cartes venaient stimuler les échanges.

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Aussi, j’ai eu envie de classer les sujets par hashtag parce que c’est un langage que les gens connaissent et parce que je voulais faire un clin d’œil aux réseaux sociaux, qui sont devenus un espace d’échanges central dans nos vies. Par la suite, ça me permet aussi de classer les extraits de conversations par sujets.

J’ai également filmé les bouches des personnes qui parlent et ces images, en forme de bulles, seront diffusées lors de l’installation immersive.

Trouves-tu que ton projet résonne différemment en cette période de distanciation sociale?

Oui, vraiment. C’est vrai qu’en ce moment, on s’ennuie des contacts humains, des conversations de café, de coin de rue ou les discussions au cours desquelles ont refait le monde autour d’un repas.

«Disons que dans 10 ans, je clique sur #MeToo, je pourrai voir comment les gens en parlaient en 2018.»

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Aussi, ce qui est intéressant avec le projet, c’est que le classement des différentes conversations permet de choisir les types de sujets, mais aussi de voir l’époque. Donc, disons que dans 10 ans, si je clique sur #MeToo, je pourrai voir comment les gens en parlaient en 2018. Il y a quelque chose de sociologique, documentaire, au-delà de la démarche artistique plus impressionniste.

En plus, je pense que l’audio est un médium très intime qui permet de créer un sentiment de connexion avec la personne qui parle. Donc ça fait du bien d’aller écouter des gens parler ouvertement, comme on ne peut pas vraiment le faire en ce moment.

Est-ce que je peux participer à Baromètre?

Oui, Baromètre a un volet participatif. Sur le site web (à l’aide d’un logiciel intégré dans la plateforme), c’est possible d’aller enregistrer anonymement des extraits audio de 3 minutes, sur un sujet donné.

Donc la plateforme permet d’écouter des conversations (et de voir la bouche des personnes que j’ai enregistrées pendant la première phase de création) d’enregistrer son propre extrait sonore et aussi, de se procurer le jeu de cartes si on souhaite jouer le jeu. J’invite tout le monde à participer!

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Réalisation: Daria Marchenko
Design: Simon Guibord
Web + VR: Sylvain Aubé
Caméra: Antoine Benhini

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