Robert McGoldrick

De la porn cosplay, ça ressemble à quoi ?

*Ce texte contient du matériel NSFW — Not safe for work/Pas approprié pour le bureau ou pour toutes places gênantes, comme à côté d’un petit bambin*

Constatation de base : le domaine de la porno sexualise à peu près tout ce qu’il est possible de sexualiser. Sur différents sites, on retrouve donc plus de 80 catégories de classement, allant du non surprenant “big boobs” au plus surprenant “smoking” (érotisant ici la femme fumant la cigarette) en passant par la catégorie “cosplay”.

— De la porno cosplay?
— Oui.
— Ça ressemble à quoi?
— En ce mois thématique geek, j’ai investigué et je peux dire que ça ressemble à des listes de lecture de 98 vidéos mettant en vedette Harley Quinn et à des films avec des dinos lascifs.
— DIS-M’EN PLUS.

Du Comiccon au Comicporn

Transposer un univers de science-fiction dans le domaine de la porno, ce n’est pas nouveau. Les hentaï, dessins animés explicites savamment décrits par mon comparse Charles Beauchesne en témoignent. Mais à la différence de ces animations, la porno cosplay met en scène de vraies personnes interprétant des êtres fictifs. Après tout, c’est ici que réside l’art de la chose, le mot cosplay étant né de la contraction des termes “costume” et “play”.

Dans le cosplay, tu peux donc donner dans le déguisement et porter un souci quasi obsessionnel pour chaque détail de ton accoutrement ou être moins investi dans l’habit et miser sur le moine, en te plongeant avec passion et enthousiasme dans un univers définitivement créatif.

Rencontres improbables entre superhéros, allusions de maître aux productions originales, soucis esthétiques… “Imprégnez-vous de c’t’énergie là, gens de la porn et lâchez-vous lousses dans l’explicite, ça va donner des belles affaires!”, que j’me suis dit!

J’ai cru avec optimisme (et naïveté?) qu’il était possible de faire un hommage sexuel de bon goût à l’univers du cosplay.  Est-ce que c’était le cas?
Des fois oui, mais très souvent non!

Premier arrêt : Pornhub, ou “baiser avec son suit de chez Party Expert”

Le site dédie une catégorie entière au cosplay. Qu’est-ce qu’on y retrouve? Une chaîne thématique “Cosplay babes” et des centaines de vidéos avec des titres éloquents tels que :

  • Darth Vader is such a slut
  • Sailor moon playing dirty
  • Spiderman likes big boobs

La catégorie présente aussi des scénarios pornos mettant en scène des “cosplayers” (féminines) qui font des fellations pour avoir des éditions rares de BD ou qui baisent en échange de billets de ciné pour aller voir Star Wars. “Cette personne est passionnée? Servons-nous de ce prétexte pour l’asservir sexuellement! MOUHAHAHA.”

Oh. Porno, porno, porno…
Bien souvent, une fois que le costume est enlevé et que le scénario de “Allô je suis Sailor Moon” a fichu le camp du concept, il ne reste du cosplay ni le cos, ni le play.

À mon grand désarroi, ça reste majoritairement des scénarios de jeunes dames qui se font pénétrer froidement par des messieurs déguisés, dans un setting d’appartement pas propre. Conclusion? Regarder des versions cheap de Wonder woman et de Superman qui baisent mécaniquement sur futon, ça peut manquer de magie.

Deuxième arrêt : les parodies XXX

Selon les statistiques d’écoute de Pornhub, la vidéo cumulant à ce jour le plus grand nombre de visionnements est la deuxième partie (oui, seulement la deuxième partie) de la version XXX de Batman : The Dark Knight repaptisée pour la cause BatfXXX : The Dark Night Parody. On y compte 1 142 365 visionnements, rien de moins!

Ce franc succès m’a amenée à me tourner vers ce genre de productions et ceci menant à cela, ce sont imposés des films dérivés de Family Guy, des Tortues Ninja et même de Bob l’éponge (dites au revoir à votre enfance!). N’ayant qu’une vie devant moi, j’ai arrêté mon choix sur un film ayant cumulé plus de 3 millions de clics sur le site WoodRocket et j’ai nommé Strokémon, la version kinky de Pokémon.

Ici, Misty s’appelle désormais Fisty, Pikachu est une femme rebaptisée Dikachu et le slogan “Gotta catch em all!” a été remplacé par “Gotta bang em all!”. A + pour l’inventivité!
Mais, il y a un mais…

Si l’univers du cosplay est souvent caractérisé par un souci esthétique pour les costumes, on peut dire que la production aurait gagné à s’en inspirer pour représenter Pikachu. Peut-être aurez-vous de la difficulté à trouver sommeil ce soir après avoir vu ce déguisement (sincères excuses), mais voici à quoi on peut s’attendre.

Notons le fait qu’il y a quand même le terme “parodie” et que non, on ne s’y prend pas au sérieux (fiou?!). Le même procédé humoristico-porn est employé dans le film gai thaïlandais Jurassic Porn, mettant entre autres en vedette les incontournables dinosaures.

Oui, sexualiser de la fiction peut amener ce genre de mélange improbable.

Alors finalement, la porno cosplay, ça dit quoi?

Bien qu’on puisse y trouver de charmantes initiatives, dans la plupart des cas, l’intention n’est pas de faire un hommage au cosplay, mais plus de récupérer le concept quitte à le dénaturer pour alimenter la fantasmatique. Même dans un contexte éclaté, on a la porn paresseuse. Et ça nous ramène à une des premières définitions de la pornographie, publiée au 19e siècle, voulant qu’elle soit une “représentation de choses obscènes, sans préoccupation artistique et avec l’intention délibérée de provoquer l’excitation sexuelle du public”.

Deux siècles plus tard, pouvons-nous nous attendre à plus?
Je suis de celles qui croient que oui!

Après tout, Batman n’a pas nécessairement à clore sa relation sexuelle en éjaculant au visage de Catwoman. Il y a moyen de faire des productions explicites en variant les scénarios, en misant sur la diversité, en impliquant plus de sensualité et qui sait, en représentant même des rapports plus égalitaires (allô Erika Lust!).

Le cosplay est un univers esthétique, créatif, incarné par gens passionnés et s’en inspirer aurait pu insuffler un p’tit vent d’humanité au portrait. Mais ça demeure du pareil au même et force est de constater que de la porno ça reste hélas bien souvent de la porno…

Pour lire une autre chronique de Julie Lemay : “La surenchère émotive”

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