Josée Lecompte et Inès Steinmetzer

Babes Ride Out

Instagram et l’art de se créer des besoins

La première fois que j’ai entendu parler de Babes Ride Out, c’est en browsant les comptes Instagram de filles qui font de la moto aux États-Unis. Le “BRO”, c’est un rassemblement de biker chicks en plein milieu du désert de la Californie. C’est un week-end de camping, de rides de moto, de party et d’aventure.

Il y avait déjà un moment que je suivais les aventures de ces lady riders-là et j’avais le goût de passer mon permis de moto.

Ce qui m’a vraiment donné le kick et l’impulsion de le faire, c’est sans aucun doute quand j’ai découvert qu’il existait des événements aux States comme ça, organisés par des filles de mon âge qui auraient pu être mes best friends si j’avais grandi dans un environnement propice à faire des folies du genre rider des dirt bikes ou partir en road trip dans le désert un vendredi soir. Mais j’ai grandi en banlieue, j’avais juste fait de la moto avec mon père 2-3 fois vers l’âge de 10 ans et la moto était depuis parkée dans le garage, endormie.

J’ai donc convaincu mon chum de faire nos cours en 2015 et de pas attendre une année de plus. C’était LÀ qu’il fallait que ça se passe. J’avais vraiment un feeling de devoir le faire, de me lancer ce défi-là. On a finalement réussi l’examen en circuit fermé en octobre et on a passé l’hiver à ruminer en attendant le printemps pour enfin pouvoir enfourcher nos motos.

Le seul problème c’est qu’en mars, j’avais toujours pas trouvé un bike pour mon budget, après des semaines à éplucher Kijiji. Mon chum, lui, avait passé tout l’hiver à pimper sa ride dans le garage. J’étais découragée.

L’appel de la Côte Est
Puis, out of nowhere, les organisatrices du BRO ont annoncé qu’il y aurait une version East Coast de l’événement dans l’état de New York. Là j’ai vraiment capoté. Je me souviens que j’étais au travail et que j’ai arrêté de respirer un bon 30 secondes.

Pendant ce bref moment d’apnée, j’ai machinalement sorti ma carte de crédit de mon porte-feuille et j’ai acheté un billet. Je sautillais sur ma chaise. Je savais pas comment faire pour avoir l’air normale. Je sentais que je venais de me donner le plus beau cadeau de toute ma vie, que je venais de me laisser partir sur un trip qui allait changer mon existence. J’étais surtout loin de m’imaginer que ce que je vivrais m’apporterait autant.

GRL PWR
C’est qu’un autre événement a précédé le Babes Ride Out East Coast et est venu en améliorer l’expérience x 1000 : l’arrivée d’une branche des Litas à Montréal. Les Litas, c’est une communauté de femmes motocyclistes créée l’an dernier par une fille de Salt Lake City, Jessica Hagget, et qui s’est mise à regrouper des centaines de femmes à moto un peu partout dans le monde.

Les branches se sont multipliées dans plein de villes sur à peu près tous les continents. J’avais tellement le goût qu’il y en ait une à Montréal, mais j’avais pas de moto et pas d’amies bikers avec qui la créer. J’étais triste et pas crédible.

Mais quand 3 filles de la région ont décidé de fonder les Litas Montréal, tout s’est passé en une journée. Les filles ont accouru de partout et sont sorties de l’ombre : une page Facebook, un groupe et un compte Instagram ont été créés et soudainement, on avait une communauté, ici, chez nous. Un premier meeting était déjà organisé.

C’est d’ailleurs à ce fameux meeting que j’ai rencontré la gang de filles qui allaient être mes partners de roadtrip. Chose surprenante, on a réalisé en jasant ce soir-là qu’on était plusieurs à s’est littéralement ga-ro-chées sur les billets du Babes Ride Out East Coast, chacune sans même savoir avec qui y aller. Et pour ma part, sans même savoir si j’allais avoir une moto rendue là! C’était électrisant.

On s’est toutes échangé nos contacts, on a commencé à s’énerver et à rêver. C’était début avril. J’avais acheté ma maudite belle Harley Davidson environ 2 jours avant. Tout ça était tellement nouveau pour moi.

La suite allait être excitante.

La préparation
Avec les filles, on a commencé à prendre ça vraiment au sérieux. Je pense que tout le monde avait la ferme intention de pas faire les choses à moitié et c’était vraiment motivant. On a organisé des rencontres dans des bars pour parler logistique, stock à emporter, moto camping, routes, stations d’essence, etc.

Dans le fond, c’était pas à négliger comme c’était notre premier road trip de moto pour la plupart d’entre nous, qui plus est en groupe, et on avait 1500 km à parcourir aller-retour. Fait intéressant à noter : en avril, il neigeait. J’attendais donc avec impatience de pouvoir me pratiquer à rider!

La dernière fois que j’avais roulé en moto, c’était à mon examen dans un parking de St-Jean-sur-Richelieu en octobre. Pis là je venais de m’embarquer dans un 6 jours de moto dans les Adirondacks et les Catskills! Allô l’angoisse! Mais la gang de filles m’a donné confiance et au fil des week-ends, j’ai pu rouler un peu et je me suis convaincue d’être capable de faire la ride.

On a d’ailleurs fait un road test en groupe quelques semaines avant le départ pour se rendre compte que la majorité des bikes avaient des problèmes mécaniques… Heureusement on a toutes eu le temps de préparer nos motos.

Ready, set, go! Ou… pas tout à fait.
La veille du départ, on s’est réunies une dernière fois pour se primer et régler les dernières questions de logistique. On était enfin prêtes!

Mais le matin du jour J, ça ne s’est pas passé comme prévu au point de rendez-vous.

Deux des filles ont dû prendre le bike de leur chum à la dernière minute à cause de problèmes inattendus. Puis, une fille manquait à l’appel… On a su plus tard que sa batterie était kaput et qu’il faudrait attendre l’ouverture des magasins pour qu’elle s’en procure une nouvelle. On allait partir trois heures en retard sur notre planning. Mais on n’allait pas en laisser une derrière. On était huit filles à moto et deux nous suivraient en Bronco. Cet esprit de solidarité allait teinter tout le voyage et on ne le savait pas encore.

On the road
Les routes étaient magnifiques. J’étais loin de me douter à quel point c’était enivrant d’avoir la face au vent comme ça pendant des heures.

J’ai un souvenir vraiment marquant où, après une grosse pluie, on était au beau milieu des Adirondacks et tout d’un coup, ça s’est mis à sentir le paradis. Un mélange de terre, de plantes, de sol recouvert de mousse et d’épines de pin, tout ça rehaussé par l’humidité ambiante… wow. Si j’avais pu embouteiller cette odeur-là et me réveiller chaque matin avec une petit puff, j’aurais plus besoin de café de toute ma vie.

Bien sûr, il y a eu des imprévus.

La pluie, qui nous a forcées à plusieurs reprises à nous arrêter pour nous habiller et pour nous mettre à l’abri; les problèmes de moto qui réapparaissaient de temps en temps; les temps d’arrêt pour les régler, etc.

Par chance, deux des filles étaient mécanos de moto! On avait vraiment la meilleure gang, je vous le dis. Aussi, on n’avait pas calculé que nos pit stops seraient aussi longs. Une gang de filles qui doivent tinquer, pisser, boire de l’eau, manger une barre tendre… ça se transforme vite en demi-heures. Ça fait qu’on s’est rendues à destination en pleine noirceur, la visière croûtée de bibittes; on voyait plus rien et on baignait dans notre jus de pluie depuis des heures.

Mais on a RÉUSSI! Et quand on est arrivées, deux des filles qui avaient pris de l’avance, avec les deux chicks dans le Bronco, avaient monté les tentes et nous attendaient avec des bières frettes et des high five.

Il y a rien dans le monde qui définit aussi bien le mot “allégresse”.

J’ai pleuré de joie dans mon full face en voyant la bannière Babes Ride Out en arrivant et ma première gorgée de Coors Light a instantanément effacé la douleur atroce dans mon coccyx meurtri. C’était le meilleur sentiment d’accomplissement. Et on avait hâte de se féliciter.

No boys allowed
Tsé, quand un des premiers règlements de l’événement c’est “no dudes”, tu le sais que tu vas passer une belle fin de semaine. Anya, Ashmore et Virginia, les trois organisatrices, ont vraiment mis le paquet. Suggestions de routes pour découvrir les Catskills, soirées commanditées par des super marques, open-bar, concours, band hommage de filles à Guns N’ Roses….

En plus de ça, on a eu droit à l’encan le plus impressionnant que j’ai jamais vu de ma vie. J’ai misé 40 tickets sur ma paire de bottes de rêve. J’ai rien gagné, mais deux filles de ma gang ont remporté deux des prix les plus convoités. On se sentait tellement chanceuses, tout était magique.

En résumé, on a ridé toute la fin de semaine ensemble, on a fait le party avec 200 babes de partout sur la Côte Est, on s’est fait des amies et on en garde des souvenirs inoubliables.

Je recommande à toutes les filles de se lancer ce défi-là, parce qu’on est toutes capables pis on est fucking bonnes à part de ça. Du 8 octobre où j’ai obtenu mon permis d’apprentie, au 28 mars où j’ai fébrilement acheté ma moto, au 28 mai où je me suis retrouvée avec 200 filles en camping à faire le party entre les bikes pis les tentes… je sais pas trop ce qui s’est passé, mais je suis devenue une autre personne.

Je suis extrêmement fière de cette personne-là et je me sens plus que jamais en contrôle de ma vie. Je sais que je suis capable de me dépasser et j’ai juste le goût d’en faire plus. Je me suis fait des chums de filles, j’ai découvert un mode de vie super libérateur et je conseille vraiment à tout le monde de l’essayer. Gars comme filles. Vous aurez la piqûre aussi.

Pour votre information, d’autres rendez-vous de moto organisés par des femmes pour des femmes auront lieu un peu partout au Canada et aux États-Unis cette année. Je pense au Backroad Ball au Nouveau-Brunswick, qui vient tout juste de se terminer, au Dream Roll dans l’état de Washington au mois d’août, au Babes Ride N Rage en Ontario en septembre et au Babes Ride Out 4 dans le désert de la Californie en octobre. J’ai d’ailleurs acheté mon billet pour le BROil y a deux semaines… au McDo sur la route de retour du Laconia Bike Week au New Hampshire, ma première bike week!

GO L’AVENTURE.

Ce texte est dédié à Edith, Manon, Julia, Dana, Catherine, Vénus, Manue, Manue et Josée.

Pour lire un autre texte d’Inès Steinmetzer : “Ma première fois au bal en blanc”

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