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Avoir des enfants malgré la crise climatique 

Avoir des enfants malgré la crise climatique 

« C’est sûr que ça pèse dans la décision. »

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Lorsqu’elle parle de ses enfants, Maude, chargée de communication chez Mères au front, affiche un visage à la fois heureux et inquiet. « Les changements climatiques progressent, puis là, y’a mes deux enfants qui sont tout jeunes. Dans dix, vingt, trente ans, à quoi va ressembler leur vie ? », s’inquiète la mère de famille. Elle raconte que depuis toujours, elle a vécu avec deux certitudes : l’envie d’avoir des enfants et l’urgence de combattre la crise climatique.

Au moment de fonder une famille, Maude a réfléchi à l’empreinte environnementale de ses enfants, mais pas nécessairement à la viabilité de leur futur. C’est une fois devenue mère, voyant les changements climatiques s’accentuer, qu’elle s’est demandé : « Mon Dieu, qu’est-ce que je viens de faire ? Quel avenir j’offre à mes enfants ? »

Maude, Katia, Eliott, Clémence et Anick : tous vivent avec la crise climatique en toile de fond, autant par leur travail que leurs valeurs. Tous aussi ont désiré être parents, malgré la menace des changements climatiques.

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Horizon 2100

D’ici 2100, Montréal risque de se réchauffer de 4,3 °C. Le nord du Québec, lui, de 6,1 °C. C’est le scénario envisagé par le Groupe d’experts en adaptation aux changements climatiques (GEA), dans le cas où tous les États respectent leurs engagements actuels de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Une telle hausse de température mènerait à la multiplication des canicules et des feux de forêt, ainsi qu’à la montée des eaux, à des pénuries d’eau potable, et à des problèmes de santé publique à travers la province.

Au niveau mondial, le réchauffement climatique atteindrait 2,8 °C, menaçant la survie de plusieurs populations, et entraînant insécurité alimentaire et instabilité géopolitique.

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Renoncer à faire des enfants

Anick, 44 ans, travaille dans l’agriculture de proximité. Avec son conjoint, ils ont décidé depuis leur vingtaine qu’ils n’auraient pas d’enfants, « principalement pour des raisons environnementales ».

« Oh, es-tu prête ? », me répond-elle lorsque je lui demande à quoi le futur de ses enfants aurait ressemblé. Elle énumère alors les sept limites planétaires sur neuf qui ont été dépassées (changement climatique, érosion de la biodiversité…), et leurs conséquences (décès, déplacements massifs), et ça, c’est sans oublier « toutes les autres crises économiques et politiques qui vont s’accentuer ».

La résidente de Québec avait envie de devenir mère, mais ses « valeurs » et la « rationalité » ont vite pris le dessus.

Eliott, 22 ans, a lui aussi fait le choix de ne pas avoir d’enfants. L’étudiant en science politique estime qu’être parent, c’est « mettre au monde des individus à qui on doit assurer de bonnes conditions de vie ». Or, il se dit pessimiste quant à celles qui attendraient ses potentiels enfants.

Même si « on ne peut pas prédire le futur », le vingtenaire constate l’inaction climatique des gouvernements, qui repoussent sans cesse leurs responsabilités aux années suivantes. « La COP30 est un autre exemple de niaisage », tranche-t-il.

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Se préserver soi-même

« Je ne veux pas mettre au monde quelqu’un qui va devoir vivre avec les conséquences de mon inaction, de celle de mes parents et de mes grands-parents », défend Eliott.

Renoncer à la parentalité devient aussi une façon de s’éviter une certaine culpabilité à l’égard de sa descendance.

Anick, elle, veut se préserver de la charge mentale, alors qu’elle ne s’estimait pas capable d’accompagner ses enfants dans la crise climatique. « Ça prend des outils émotionnels pour le faire. J’ai déjà de la misère à gérer personnellement tout ce qui se passe », confie-t-elle.

Sensibiliser la prochaine génération

Clémence, autrice et comédienne montréalaise, hésite depuis plusieurs années à renoncer à son désir d’enfants en raison de la crise climatique. Elle s’interroge tout de même : « Est-ce qu’avoir des enfants ça ne peut pas aussi être une manière d’agir, de transmettre des valeurs différentes ? »

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Maude partage cette idée : « Ça prend des personnes engagées pour prendre le relais ». La mère de famille sensibilise tranquillement ses enfants à la cause environnementale, espérant qu’ils feront partie d’une nouvelle génération plus engagée.

« Selon les scientifiques, il y a encore une atténuation possible », rappelle Maude, qui espère que l’éducation des futures générations y contribue. Le GIEC estime en effet qu’il est encore possible d’éviter les pires scénarios, à condition d’accélérer fortement les réductions d’émissions d’ici 2050.

L’efficacité de cette éducation à l’écologie ne convainc pas tout à fait Anick : « Tu as beau faire de ton mieux pour transmettre les meilleures valeurs et les meilleurs outils possibles à ton enfant, le résultat n’est jamais garanti. »

Elle estime aussi que de s’accrocher à cette éducation « équivaut à tout le temps mettre la responsabilité sur leur dos ».

Chacun son terrain de lutte

Adolescente, Katia ne voulait pas avoir d’enfants à cause des changements environnementaux et de leurs conséquences. À 21 ans, son anxiété vis-à-vis de la crise n’a pas diminué, mais elle ne voit plus la parentalité comme étant incompatible avec la crise.

« Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de modèle à suivre », dit l’étudiante en environnement. L’essentiel, selon elle, c’est de trouver le rôle qui nous motive. « Puis, si avoir des enfants me donne envie de m’impliquer, tant mieux ».

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« D’avoir eu des enfants m’a encore plus donné envie de passer à l’action, parce que là, il était question de leur vie ». Maude a elle aussi trouvé dans la maternité une nouvelle motivation à lutter à sa manière, en se mobilisant avec Mères au front ou en rendant son mode de vie plus écoresponsable.

Katia estime qu’il serait fataliste de renoncer à avoir des enfants en raison de la crise climatique. « Je trouve que c’est un peu comme si on avouait notre défaite. »

Pour Anick, c’est au contraire le fait de ne pas avoir eu d’enfants qui lui a permis de trouver ce « sentiment d’accomplissement et de cohérence ». Ce choix, même si elle l’a vécu comme un « sacrifice », lui a permis de consacrer plus de son temps à la lutte contre les changements climatiques.

Eliott ne voit pas non plus son choix comme défaitiste ; il refuse simplement de compromettre le bien-être d’enfants qu’il ferait naître. Et peut-être que, s’il parvient à développer un mode de vie « acceptable et résilient », il reconsidérera un jour la question.

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