Aux femmes en science : Marie Curie et… les autres !

Quand on pense aux femmes en science, on pense tout de suite à Marie Curie.
Puis on pense à … Julie Payette!?
Puis on pense à … Ben coudonc, c’est pas mal ça.

L’ONU n’a sans doute pas fait exactement le même trajet mental que moi, mais notre conclusion est similaire: il y a sous-représentation des femmes en science, d’où cette journée internationale des femmes et des filles de science tenues pour une deuxième année en ce 11 février. L’objectif? «Favoriser la participation pleine et égale des femmes et des filles à l’éducation, à la formation, au marché de l’emploi et aux processus décisionnels dans les domaines scientifiques, d’éliminer toute discrimination à l’égard des femmes, surtout dans les secteurs de l’enseignement et de l’emploi, et de lever les obstacles juridiques, économiques, sociaux et culturels dans le domaine des sciences.»

Selon le dernier rapport de l’UNESCO sur la science, les femmes ne représentent que 28% des chercheurs dans le monde. Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, précise que plus les niveaux de décisions sont élevés, plus l’écart se creuse. Symptômes de cette iniquité: les femmes ont moins facilement accès au financement, aux réseaux, aux postes à responsabilité et publient moins dans les revues scientifiques reconnues, un aspect essentiel à l’avancement professionnel dans le domaine.

Personnellement, j’ai pris ma retraite du monde des sciences après le fameux combo Chimie-Physique en secondaire 5. On disait que ça ouvrait toutes les portes. Oui, mais non, suis-je en train d’apprendre. Ça dépend pour qui en fait.

Et du côté des prix Nobel?
En creusant davantage sur les femmes en science, je réalise qu’il n’y  pas de quoi se réjouir le becher: depuis sa création en 1901 sur 583 prix Nobel scientifiques, 17 Nobel ont été remis à des femmes. Marie Curie est d’ailleurs à ce jour la seule personnalité (homme et femme) à avoir reçu deux Nobel de science dans deux disciplines distinctes: on parle du Nobel de physique en 1903 et du Nobel de Chimie en 1911. Elles sont peu nombreuses, mais elles furent importantes alors parlons-en! C’est ce que nous propose l’auteure (et médecin) Hélène Merle-Béral dans son ouvrage 17 femmes prix Nobel de sciences paru cet automne.

PONY, ton sweater y rock!

Ça se passe aussi au Québec (et en Allemagne)
Plus près de nous, également publié cet automne, l’ouvrage Les Superbes de Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras nous aura permis de découvrir Pauline Gagnon. Originaire du Saguenay, maintenant établie en Allemagne, Pauline Gagnon est une féministe et physicienne des particules qui a contribué à la découverte du boson de Higgs avec l’équipe du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire). Pour l’avoir elle-même vécu, elle dénonce dans les milieux scientifiques un climat défavorable envers les femmes. Les femmes de science doivent être doublement qualifiées à défaut de quoi elles seront tassées ou décrédibilisées. En science, nous résume-t-elle, on accepte des hommes qu’ils soient dans la moyenne alors qu’on attend des femmes qu’elles soient excellentes. Les résultats d’une étude menée à l’Université de Washington en 2016 lui donnent malheureusement raison. Les étudiants devaient évaluer chez leurs pairs la compréhension de la matière en classe. Résultat: aux yeux des hommes, une femme avait besoin d’obtenir la note A pour se mériter le même prestige qu’un homme ayant reçu un B.

Scalpel à la main, après avoir survécu à la dissection de l’oeil de boeuf, on se dit que le pire est passé. Et bien non: il reste le désagrément d’être ramenée à son genre et décrédibiliser par ce dernier.

Quand il y a trop d’amour dans le laboratoire…
Des histoires d’horreur machistes, la science en a vu passer. On se rappelle (amèrement) des propos du nobélisé biologiste Tim Hunt pour qui la présence des femmes dans les laboratoires était compliquée, car les hommes tombent en amour et les femmes pleurent lorsque critiquée. *grincement de dents* Pauline Gagnon mentionne également sur son blogue le cas du professeur Geoff Marcy de l’Université de Californie qui a impunément effacé le nom de sa collègue sur une demande de subvention qui devait être conjointe. Après avoir dénoncé la situation, c’est la collègue en question qui a été renvoyée de l’Université. *double grincement de dents*

L’effet Matilda
Je m’identifie beaucoup à Matilda (j’attends toujours mes pouvoirs magiques d’ailleurs), mais on parle ici d’une autre Matilda. Dans les années 1960, le sociologue Robert King Merton élabore une théorie: «l’effet Mathieu», référence à la parole biblique de Mathieu: «Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a.». Selon cette théorie, les réputations scientifiques se construisent sur une distribution inéquitable de la gloire, ce qui fait que pour un travail similaire, un scientifique prestigieux obtiendra plus de crédit qu’un homologue moins connu. L’effet Matilda (en l’honneur de la militante Matilda Joslyn Gage) est une manifestation particulière de l’effet Mathieu élaborée par l’historienne Margaret W. Rossiter dans les années 1990. L’effet Matilda correspond dans le domaine de la recherche au déni ou à la minimisation systématique de la contribution des femmes scientifiques dont les travaux seront trop souvent attribués à leurs homologues masculins. *grincement de dents s’il vous en reste.* À titre d’exemple, en 1903, c’est à Pierre Curie seul que le jury voulait remettre le Nobel de Physique. Lui (contrairement à bien d’autres) a toutefois eu l’honnêteté intellectuelle de défendre l’apport évident de sa femme et ils ont finalement reçu le prix Nobel à deux.

Les grandes oubliées
En terminant, pour avoir soudainement envie de fracasser des Erlenmeyers sur les murs, gracieuseté de l’effet Matilda, je vous invite à lire sur ces scientifiques que l’Histoire a “oublié”:

  • Rosalind Franklin: Biologiste britannique, sa contribution dans la découverte de la structure de l’ADN ne sera reconnue qu’à titre posthume. James Watson et Francis Crick (à qui l’on attribue généralement la découverture) ont volé dans un rapport confidentiel de Franklin la solution permettant d’élucider la structure finale.
  • Marthe Gauthier: Médecin française, elle découvre le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21 en collaboration avec deux chercheurs, dont Jérôme Lejeune qui s’en attribue l’entière paternité.
  • Lise Meitner: Physicienne autrichienne devenue suédoise, elle joue un rôle clé dans la découverture de la fission nucléaire, mais ne sera pas citée dans l’article qui fait état de la découverte.
  • Mileva Maric Einstein: Première épouse de Einstein, sa contribution aux travaux de son époux est évidente, mais difficilement quantifiable en raison du manque de sources.
  • Jocelyn Bell: Astrophysicienne britannique, elle découvre le premier pulsar lors de son doctorat, mais c’est finalement son directeur de thèse qui obtient le prix Nobel lié à cette découverte.

D’ici le 11 février 2018, je vous invite à jouer régulièrement à «Nommez par coeur 10 femmes scientifiques», un jeu gratuit qui possède plusieurs extensions telles que «Nommez par coeur 10 femmes chefs d’entreprise», «Nommez par coeur 10 politiciennes» ou «Nommez par coeur 10 réalisatrices». Du plaisir sans fin!

Pour lire un autre texte de Jade Fraser: «Rock, art et filles tannées d’attendre».

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